‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 605 sur 670 · DIVERSES · texte numérisé non relu

DIVERSES

excuse justifiera je ne sais combien defakssora qu'il se seroit épargnées s*il avoit voulu. Qk justifiera encore l'envie qu'il a eue de pasKr une rivière sur son écu , foule de savoir nager. Les héros se laissent emporter ù la chaleur di combat. Cela n'est-il |>as arrivé quelqurf» à monsieur le prince? Quapd la témérité m heureuse, elle met les hommes au nombre ds dieux. On me répondra que celui de quid^ (tend le salut de toute une armée ne doit jai» devoir le sien propre à un bienfait du hasarl Toutes ces choses-la ont deux faces, aussi bia que la plupart de celles que nous louons ou qr nous blâmons tous les jours. On peut dispiter de part et d'autre tant qu'on voudra.

Pour en revenir au jugement que j'ai résoh de faire, ce que César exécuta dans les Gails n'étoit peut-être pas d'un si grand éclat qoeb défaite de Darius , et peut-être aussi étoit-il pb difficile, et par oons(k]uent plus glorieux; ■■ dans la bataille de Pharsale on rencontre toi ce qui peut mettre un homme au suprême d^ gré de la gloire. Les guerres d'Afrique qui toâ suivie ne sont guère moins fameuses, et Déméritent pas moins de louanges. Que si on considdr le fruit de ces entreprises, se rendre maîtrei Rome étoit encore un plus grand événenot que de détruire les Perses; mais c'étoitaiMi une chose plus odieuse. Je m'arrête trop deiiv a un scrupule que les conquérants n'ont guèff. Ainsi je donnerois volontiers Favantage à Jds César, en ce qui regarde ce second temps; et. si monsieur le prince vouloit le lui contester.je m'y trouverois si embarrassé que je jetteroisM sort, ou aurois recours à quelque oracle. .V pourriez-vous point m'en ser\ir? Je \t>n$3i toute ma vie entendu appeler ainsi , et loi^ même que vous n'étiez qu'un enfant: ti. comme on s'en rapporla à celui de Delphes sir le diff(ir(^nd du trépied qui Revoit être doonë au plus sage, je suis d'avis que vous prononcirt entre ces héi-os sur la préféi^ence qui doit eut donnée au plus grand.

Puisque je vous ai constitué juge du diflëraid, vous considérerez, s'il vous plaît , en faveur <t monsieur le prince, comme je l'ai déjà dit icar on ne peut trop le répéter), que la fortune a toujours mené ses deux rivaux par la main.rt lui a été souvent opposée; qu'il n a été maître

OPUSCULES EN PROSE

atïï

ni de rar{j[cnt ni des trou|)es dont il s'est seni; i davantage Persé|X)li8. Quel<|ije8 uns de nos dt>qu'il a eu ù combattre d'habiles {jens et de vail- bauchës en ont fait autant à 1* Échelle du Tem*

bnts hommes, au lieu que les Perses étoient imbéciles, ks Gaulois coura{;i^ux et forts à la vérité, mais sans ex|Mfncnce à la {guerre; que César a eu les meilleures troupes du monde et les plus affectionnées ù leur capitaine. Véritablement il a eu aussi des Uomains en tête, et leur a fait voir qu'il étoit le plus vaillant et le plus liabile de tous les Komains. Il y a encore une chose en quoi Alexandi-e Fempoile sur les deux autres; c'est qu'il a acquis en moins de temps qu'eux œtte gloire si éclatante.

Je ne m'arrêterai |)as davantage sur ce second temps de leur vie : il faut |Kisser au troisième , et re{j;ai*der quel usage ils ont fait de leur gloiit; et de leur grandeur; il faut, dis-je, regarder connue leur carrière s'est achevée.

Alexandre a soutenu jusqu'au bout ce surnaturel et ce divin qui le distingue des autre» hommes. Notre monde est à la fin trop petit pour le contenir. On lui dit qu'il y en a d'au-

ple. l^s provinces entières sont ses présents. i)'un jardinier il en fait un roi. Il tâche ù se persuader à lui-même qu'il est fils de Jupiter; et, contraint par ses soldats de retourner en arrière et d'abandonner certains |>ays, il fait laisser des brides et des mangeoires pour les chevaux beaucoup plus {grandes qu'à lordinaiie , afin de passer |)our quelque dieu qui commandoit à des géants, lui qui étoit d'une taille au-dessous de la médiocre : tout cela par une vanité aussi ridicule (|u'ctoit celle de Néron, qui se fit tailler en colosse , et se crut bien grand quand il eut fait faire de lui une statue de ceut pieds de haut. Voilà de l'ostentation et i(p faux que je |)ai*donne à Néron, qui n'avoit |>oint de véritable mérite; mais, dans Alexandre, cela m'étonne. Il étoit assez terrible d'ailleurs, sans qu'il eût besoin de recourir a ces artifices. Sa simple statue fit frémir après sa mort Cassander, qui à cet aspect se souvint de quelle

très; cela le fait soupirer de ce qu'il n'étoit |)as | manière il l'avoit auti-efois menacé, en trcm-

enœre le maître de celui-ci. 11 n'y a'|)as moins d'excès dans sa colère <pie dans les marques de son amour. Il tue son ami , et fait bâtir une ville à la mémoire de S4H) <:lieval. Il est vrai que le meurtre de cet ami se |)eut excuser. Plutar- <pie fait mention d'un incident qui doit noimr davantage la nnimoire de c*e prince : c'est un manque de parole à certaines troupes qui s'étoient accommo<ltfes av(rc lui sous certaines conditions*. I^ débauche et la flatterie de ses courtisans, ou plutôt son pi'opre tem|)érament, ne sont |)as s<Milement coupables de c*e qu'il fit

bla. Je croirais assez que celle de monsieur le prince pourroit produire de ces effets.

Enfin , selon l'idée du divin que j'ai d*abord établie, et par laquelleje considère simplement cette (|ualité comme quel(]ue chose au-dessus de l'homme, soit ù reprendre, soit à louer, Alexandre y a ré|)ondu parfaitement. Que si je veux ét(*ndre cette même idée , je trouverai aussi du divin dans la clémence de Jules César. Y a-t-il rien qui api>roche plus f)rès des dieux que de ctHisfMver les hommes? Il ne veut |)oint ôter la vie à Brutus , ({uelipie avis que l'on lui donne

pour punir Clitus; on voit en milleautres actions ; que ce Koroain conspirera contre lui. Il par- <iu*il porte tout dans l'exa's. Il fit brûler le |>a- I donne à IJgarius sur une harangue de Cicéron, lais des roLs de Pers<; sur la pro|M)sition qu'en ! cx)mme s'il n'eût pu ix^'sterà l'éloquence iïo cei avoit faite une courtisane, et prit vA'iic résolu- i orateur; car il avoit apporté, dit-il, un arréi* tion dans h chaleur d'un repas, sans œnsidéixT de mort. Quant à moi , jt* crois qu'il voulut gra- ' tifier l'avocat et le criminel, et accompagner

• Oii v<iltqiirUFnntaim> nr mî ri'woiixiiuil iiiriiii|kariiilt'. i son bi<M)fait d'imt* doubl(* {[l'ace. Pouvoit-îl S«» rat du fait niUNirit'' iiar rliitaniiit'. U' cmiiiiM^r4iit iiLicttlt»- ■ • i « i i.

m.a,»ri*avniram«x!Ha,««i.u,cuik.iii.Uiw,n:imin« i laisser Surprendre a deschamies qui lui eloient

si connus et sî familiers? Alexandre s'est montiv humain en plusieurs occasions. Il ne faut qu(^ voir connue il traita la mère et la femme de Darius. Je doute fort que (ilésareiitn'gardé <«lles-i*i <U»s mêmes yeux. Il ne man(|u<ï rien à l'honnêteté du prince de Mal^kloine. Scipion

mnit

■ikii. apn'» avoir acamif la |»au

MIT M'i |»as. riitra iLiiim crlti* viik. t>t en fit maMOiTi'r tiH» k-A

lialiitaiitH. • C'i*4t la m'iiU> ticlir , dit riulan|ur . qui loniit It.-s

• cviiloili d'Alr\-iiMln>: d'aiilnii'H U lit la inM^ire 4*11 nii vl hhi-

« ftiniiiMiif*nt aux lots. • AnitMi. plus vmdiiim'. m* di»iiuiili> \*in

Ur% im*linalii>n<' d Xiriiaiiiln' |Niur it*«r\mitiiiiLsiiuu<ileKet %-ui-

fiuiriain-M. \iiyr/ riiilaroli. , f U. .|/f.r. . |i. M; Arrion, 1. VI .

ch. wii. cl I. \ II. cil. IV : cl .saiiilc-Civi& . EjraWfCn rf<* kit-

loiiiits d' ih\V(nuh-r p. rjMi,

ŒUVRES DIVERSES

renvoya, ayant pris Carthage, une jeune et belle princesse à son fiancé. G*étoit sa captive , il en eût pu faire ce qu*il eût voulu ; mais en la rendant il évitoit une occasion continuelle de succomber, au lieu qu'Alexandre garde Statira dans son camp, et en la gardant il se fait même un scrupule de la voir et de donner à Darius le moindre soupçon. Non seulement il a eu de Thumanité , il a aussi eu de la tendresse. Antipater lui ayant écrit une lettre contre Olympias, il dit à ceux qui la lui avoient présentée : c Antipater ne sait pas qu'une seule larme de c mère efface dix mille lettres comme celle-là. > Qui ne sait que monsieur le prince est un père à adorer, et outre cela patrum patruissimus ' ? Je serois seulement curieux de savoir s'il pleure, et encore plus curieux de le voir en cet état-là : non qu'Achille n'ait pleuré abondamment, et que cela n'arrive aux héros avec bienséance. On reproche à Alexandre d'avoir fait mourir Parménion, qui ne trempoit pas dans le crime de son fils, et à qui il avoit de grandes obligations; mais il y eût eu du danger à le laisser vivre. G'étoit un homme qu'il dcvoit craindre, et pour la capacité et pour la puissance. Si monsieur de Guise n'eût point pardonné à Gcnnare Annèse^, les malheurs qui lui arrivèrent par la trahison de cet homme ne lui seroient peut-être pas arrivés. Quelques gens ont voulu justifier cette faute , et on dit qu'il y avoit de la prudence à user d*humanité et de grandeur d'amc en celte rencontre; qu'elle acheva de lui gagner les esprits; qu'elle fut suivie d'acclamations et de louanges sur l'heure même ; qu'on n'en a pas moins estimé ce prince, tout malheureux

■ Oncle et oncle très cher. Patruissimus est un superlatif <pii ne 8e trouve ({ue dans Plaute , Pœnulus , acte V, se. iv, ▼• 24 et 26. Le mot patruus étoit cliez les Kouiaiiis synonyme d'homme sévère ; mats ce n'est pas dans ce sens (pie La Fontiioe l'entend Ici. Le prince de Condé étoit très hon et très indul^nt pour ses deux neveux les princes de Conti ; il avoit sur-tout une atrccUon toute particuUëre pour le phis jeune , François- Louis , prince de La Roche-siir-Ton.

« Gennaro Annèse , simple armurier, fut le successeur de Mazaniello dans le commandement des révoltés de Naples , en 1647 et en 1648. n avoit lui-même déterminé les Napolitains à appeler Hcnii de Lorraine, duc de Guise : mais bientôt il ne voulut pas le rcconnoitre pour son supérieur; il le trahit, et aima mieux traiter avec les Espagnols. Ceux-ci, lorsqu'ils furent mattresde Naples, firent périr sur l'échafaud les chefs des révoltés, et Gennaro Annése fut exécuté un des premiers. Nous av(Mi8 un exemplaire des Mémoires de Guise avec la signature de La Fontaine ; ce qui prouve qu'il les avoit lus.

qu'il s'est vu depuis. Hon sentiment est qil devoit pourvoir à sa gloire de telle sorte qA pourvût aussi à sa sûreté et à celle d*un peipk qu'il aimoit tant '. j'en reviens à dire que b|ilipart des choses ont deux foces. Charles SiM a empêché de tout son pouvoir qu'on n'ait chvché les conspirations qui se fiaisoient contre hi Une vouloit point qu'on punit lesconspiraievs: par-là ilsefitaimer, etne sefit pasassezcraiodre.

Quoi qu'il en soit. César eût pu pardonner i Brutus sans mettre sa propre vie en danger. Si clémence lui nuisit moins qu'une autre bm qu'il fit. Je tiens celle-ci plus grande que u» tes celles du prince de Macédoine, el tm conséquence tout autre que de se faire appck dieu, ce qui déplut aux fifacédoniens et an Perses. C'étoit une bien plus grande sottiKl César de se faire appeler roi. Les Romain li eussent plutôt évïgé des temples qu'ils m li eussent laissé prendre le diadème. Cepenhi Cromwell estaussi tombé dans cette erreiir»toil habile qu'il étoit. Ne sufBsoit-il pas à l'un cl i l'autre d'avoir l'essentiel de la royauté, saua affecter aussi les apparences , qui ont pensé p» dre Cromwell, et qui ont été cause de h sort de Jules César? Pauvres gens ! de courir aprii le nom quand la chose leur devoit suffire! S d'ailleurs ils ont abusé de leur fortune, et qR par-là Alexandre se soit attiré les reproches è Callisthène , je dis que le philosophe eut piiisè tort que le roi. C'est à la fortune qu'il s'ente prendre, et non pas à ceux qu'elle prend pbisir a corrompre. Savons-nous ce que moosiar le prince auroit fait s'il avoit été en leur pbce! I^ modération est une vertu de particulier ei de philosophe, et non point de majesté ni (fi tesse. Mais j'ai tort de me défier de la sage» de monsieur le prince : son séjour à Chantilly a fait voir assez pour ne pas donner à croireqil fut tombé dans les fautes qu'ont faites lesaotre, s'il fût parvenu au même degré de fortune.

Avant que je parle de Chantilly, voici le js-

> Le duc de GdL^e eût succombé dans son entreprise, bn même qu'U se seroit délait de Gennaro Annèse. Li Frmitk bandonna. et Mazarln même intrigua contre luL TaaÉi^ l'Espagne envoya don Juan d'Autriche pour Tioennai , el»( laissa manquer ni d'argent ni d'hommes ; U réunit la dtmafi et l'adresse à ces puissants moyens , et ses suocte deiiiMaihfaillibles. Voyez M. le comte Pastoret s Le due de GminiSt ptes , ou Mémoires sw le* révolutions de ce roffounie . fVin-.8«. p. 226 et 274,

Page 1