‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 77 sur 670 · LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LE DUC DE BOURGOGNE

Qui a? oit demandé à M. de La Footaine une Ikbie qui fût nommée le Chat et la Souris.

Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée

Destine un temple en mes écrits, Gommait composeraî-je une fable nommée Le chat et la souris ?

Daii-je représenter dans ces vers une belle. Qui, dooce en apparence , et toutefois cruelle , Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris Gomme le chat de la souris?

PKndrai-je pour sujet les jeux de la Fortune? Bien ne lui convient mieux : et c'est chose commune Qoe de lui voir traiter ceux qu'on croit ses amis Gonmie le chat fait la souris.

lotrodnirai-je un roi qu'entre ses favoris

EUe respecte seul, roi qui fixe sa roue.

Qui n'est point empêché d'un monde d'ennemis,

■Ceit Vtie des Faisans , tormét par larirtère Bidavos . qui ilfÊn b France de rEspagne , entre Fontarabie et Andaye. Cot là que se tinrent les conférences pour la paix des Pyrénées «C le aiiriage de Louis XIV ; et on donna . par cette raison , à cène Hé le nom à'ile de la Conférence. En 1732 on y fit anssi rechange de Marie- Anne-Victoire, infante d'Espagne, accordée à Louis XV, et de mademoiselle de Montpensier, accw'dée au prince des Asturies. Le roi de France aroit fait bdllr dans cette lie. sur pilotis, nn cbiteao de bois. fêtait en dehors , et magnifiquement meublé. Voyei le Journal ^tm 90fage en Espagne , avec le plan de V<le de la Confé- 1722 . in-12 . p. 79.

Et qui des plus puissants, quand il Ini plaît, se joue Gomme le chat de la souris?

Mais insensiblement, dans le tour que j'ai pris, Mon dessein se rencontre; et, si je ne m'abose, Je pourrais tout gâter par de plus longs récits : Le jeune prince alors se jouerait da ma muse Gomme le chat de la souris.

FABLE V

Le viewc Chai et la jeune Souris,

Une jeune souris, de peu d'expérience,

Grut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence.

Et payant de raisons le Raminagrabis.

Laissez-moi vivre : une souris

De ma taille et de ma dépense

Est-elle à charge en ce logis?

AfTamerais-je, à votre avis.

L'hôte et l'hôtesse, et tout leur monde?

D'un grain de blé je me nourris:

Une noix me rend toute rande.

A présent je suis maigre; attendez quelque temps: Bi!^ervez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parioit au chat la souris attrapée.

L'autre lui dit : Tu t'es trompée :

Est-ce à moi que l'on Uent de semblables discours ? Tu gagnerais autant de parler à des sourds. Ghat , et vieux, pardonner! cela n'arrive guères.

Selon ces lois, descends là-bas.

Meurs, et va-t'en, tout de ce pas.

Haranguer les sœurs filandières :

Mes enfants trauveront assez d'autres repas.

Il tint parole. Et pour ma fable Voici le sens moral qui peut y convenir :

La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir: La vieillesse est impitoyable.

FABLE VL

Le Cerf malade.

En pays plein de cerfe, nn cerf tomba malade.

Incontinent maint camarade Accourt à son grabat le voir, le secourir, Le consoler du moins : multitude importune.

£h! messieurs, laissez-moi mourir:

Permettez qu'en forme commone La parque m'expédie; et finissez vos pleurs.

Point du tout : les consolateurs De ce triste devoir tout au long s'acquittèreot.

Quand il plut à Dieu s'en allèrent :

Ce ne fut pas sans boire nn coup,

FABLES

C«st-è-dnre sans prendre on droit de pàlorage. Tout se mit à brouter les bois da voisinage. La pitance du cerf en déchut de beaucoup.

n ne trouva [dus rien à frire' :

D'an mal il tomba dans un pire ,

Et se vit réduit à la fin

A jeAner et mourir de faim.

n en coûte à qui vous réclame, Médecins du corps et de Tame !

O temps! ô mœurs! j'ai beau crier, Tout le monde se fait payer.

FABLE VIL

La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard.

Le buisson, le canard, et la chauve-souris,

Voyant tous trois qu'en leur pays

Ils faisoienl petite fortune , Vont trafiquer au loin, et font bourse commune. Us avoient des comptoirs , des facteurs , des agents

Non moins soigneux qu'intelligents.

Des registres exacts de mise et de recette.

Tout aDoit bien; quand leur emplette,

En passant par certains endroits

Remplis d'^udls et fort étroits.

Et de trajet très difficile, Alla tout emballée au fond des magasins

Qui du Tartare sont voisins.

Notre trio poussa maint regret inutile;

Ou plutôt il n'en poussa point:

Le plus petit marchand est savant sur ce point : Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. Celle que , par malheur, nos gens avoient soufferte Ne put se réparer : le cas fut découvert. Les voilà sans crédit, sans ai^nt, sans ressource,

Prêts à porter le bonnet vert».

Aucun ne leur ouvrit sa bourse.

Et le sort principal , et les gros intérêts ,

Et les sergents , et les procès.

Et le créancier à la porte

< Phrase proreiiiiale , poor dire : n n'eut plut rien à manger. • C'est-à-dire pr6ts à se laisser revêtir du bonnet vert pour éviter la prison. Boileau a dit :

Oa qae (i*DO bonnel vert le Mlntatre affroBt FlitrÎMC le« lauricn qui lui cooTreot le front.

Satire t, ▼• i5.

Sur quoi Boileau a lui-mfime fiiit cette remarque : < Du temps t que cette satire fut lirite . un débiteur Insolvable pouvoil sortir « de prison en faisant cession , c'est-à-dire en souffrant qu'on lui « mit en pleine rue un bonnet vert sur le front > Cette coutume, si peu conforme à nos mœurs, d'échapper an châtiment par la lionte , nous étoit venue d'Italie dans le seizième siècle. Voyez Pasquier» necherehes,}lkf,TV,tA.x,

Dès devant la pointe da jour, N'occupoient le trio qu'à chercher maint détour

Pour contenter cette cohorte.

Le buisson accrochoit les passants à tons conps. Messieurs, leur disoit-il, de graoe, apprenez-nous

En quel lieu sont les marchandises

Que certains gouffres nous ont prises.

Le plongeon sous les eaux s'en alloit les chercher. L'oiseau chauve-souris n'osoit plus approcher

Pendant le jour nulle demeure:

Suivi de sergents à toute heure,

En des trous il s'alloit cacher.

Je connoLs maint detteur ', qui n'est ni sonris-dnofe, Ni buisson , ni canard , ni dans tel cas tombé. Mais simple grand seigneur, qui tous les joarssesaore Par un escalier dérobé.

FABLE Vra».

£« Querelle des Chiens et des Chats , et celle des Chats et des Souris ^

La discorde a toujours rc^né dans l'univers; Notre monde en fournit mille exemples divers: Chez nous cette déesse a plus d'un tributaire.

Commençons par les éléments:

Vous serez étonnés de voir qu'à tous moments

Ils seront appointés contrq^re^.

> On disoit autrefois debteur ou detteur, au lien de dAUeur. Un commentateur de notre poète a eu tort d'avancer que ce aot étoit de l'invention de Rabelais: Jusqu'au conunencemeat ài dix-septième siècle on n'en connoissoit pas d'autre poor ei|rimer le mot debitor des Latins. Dans Moot (.Thrésor delalm^ gue françoyse , 1606 , in-folio , p. 178) . on trouve debiemir, et on ne trouve pas ef^6t(«t(r; mais ce dernier mot ftit peade temps après substitué à l'autre . qui se trouva en quelque Mrte proscrit par une décision de Vaugelas. ( Voyei Remar^imsPKr la langue française, t. I, p. 939, édit. 1687. in^, au noi ciefteur.) Ce changement a été une perte pour la langue, pniS' qu'on n'a phis eu qu'un seul et même mot pour exprimer deni choses différentes , et qui n'ont point de rapport entre dks. On . dit dettier en Normandie.

3 Cette fable a depuis été publiée , sur une antre oopie . dan les OEuvres posthumes de La Fontaine, p. 225.

3Guill. Haudent, trois cent soixante et six Apoiogues d*Ésofpe, etc., traduits nouvellement en Hthmeframeofie, 1547, in-16, fable lxi; réimprimées dans Robcârt, FtMis inédites, p. cLXXXix de l'introduction, de la Guerre des Chiens, des Chats , et des Souris. Cette bble n'eti pas dm Ésope, et parolt être de l'invention de GuiH. Bandent

4 Vil. Dans les Œuvres posthusnes, cette ftdMe eonuneBoe ainsi:

Lu DUcordc , aax jeux de traver», Reine da monde tublanaira.

Rit de voir que notre univers Est devenu ion tribaiaire.

Commençons par les éléments :

Vous trouvères qn^à tous moments Ils H>nt appointés contraire.

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