LIVRE XII
Outre ces quatre poleaUto s
GoudlNeo d'étret de tou» états
Se font une guerre éternelle !
Aulrelois uh logU plein de chiens et de chats , Par cent arrêts rendus en forme solennelle ,
Vit terminer tous leurs débats.
Le maître ayant réglé leurs emplois , leurs repas , Et menacé du fouet quiconque anroit querelle , Ces animaux vivoient entre eux comme cousins. Cette union si douce, et presque fraternelle,
Edifioit tous les voisins.
Enfin elle cessa. Quelque plat de potage , Quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné. Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
Représenter un tel outrage.
J*ai vu des chroniqueurs attribuer le cas .Aux passe-droits qn'avoil une chienne en gésine*.
Quoi qu'il en soit, cet altercas' JMit en combustion la salle et la cuisine : d^hacun se déclara pour son chat, pour son chien.
fit un règlement dont les chats se plaignirenl.
Et tout le quartier étourdirent.
avocat disoit qu'il falloit bel et bien lecourir aux arrêts. En vain ils les cherdièrent 'Suis un coin où d'abord leurs agents les cachèrent:
Les souris enfin les mangèrent.
^\Qtre procès nouveau. Le peuple souriquois £b pâtit : mauit vieux cliat , fin , subtil , et narquois , Et d'aiUeurs en voulant à toute cette race.
Les guetta, les prit, fit mam basse.
Le maître du logis ne s'en trouva que mieux.
Ten reviens à mon dire. On ne voit sous les cieux Nul animal, nul être, aucune créature.
Qui n'ait son opposé : c'est la loi de nature. D'en chercher la raison , ce sont soins superflus. Dien fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus.
Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles Onen vient, sur unrien,plusdestroisquartsdutemps. Humains, il vous faudroit encore à soixante ans Renvoyer chez les barbacoles^
• L'eao , l'air, la terre, et le ku.
> Yieuz mot, encore usité an palais : U signifie l'état d'une lame en oouclie . et U s'aptriiqooit aossi anx animaux. Rabe- UsadU: c Les truies, en /«4i*g^<ne, ne sont nourries que de « levn d'orangers. ■ Pantagruel, liv. IV, cb. vu.
• Vfen mot, pour altercation.
4 Cotte explique œ mot de la manière suivante :« Teime plai-
■ sat et burlesque emprunté des lUliens , qui l'ont inventé
■ pour désigner un maître d'éoole, qui , pour se rendre plus • vénérable à ses écollen. porte une longue barbe, barham
■ ctNt > CeUe expNcatkm a été répétée par Ions les commenliteurs de notre poète. On peut douter qu'elle soit exacte. Le mot barhaeéle, ou aucun autre semblable, ne se trouve point dms le grand dioUoimaire de la langue italienne d'Alberti. On trouve dans un opéra intitulé Carnaval Mascarade , seconde
FABLE IX
L$ Untp H le Rmmré.
D'où vient que personne en la vie N'ert satisfait de son état?
Td Toodroit bien être soldat A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on.
Se faire loup. Eh ! qui peut dire Que poiur le métier de mouton Jamais aucun loup ne soupure?
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince ' en fable ait mis la chose , Pendant que sous mes cheveux blancs Je fabrique à force de temps Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés Ne sont en l'ouvrage du poète Ni tous ni si bien exprhnés :
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette, C'est mon talent; mais je m'attends Que mon héros, dans peu de temps.
Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas cm grand prophète , Cependant je lis dans les cieux Que bientôt ses faits glorieux Demanderont plusieurs Homères :
Et ce temps-ci n'en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères.
Essayons de conter la fable avec succès.
Le renard dit au loup : Notre cher, pour tout mets J'ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets:
C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard : J'approche des maisons; tu te tiens à l'écart. Apprends^moi ton métier, camarade , de grâce;
Rends-moi le premier de ma race Qui fournisse son croc de quelque mouton gras: Tn ne me mettras point au nombre des ingrats. Je le veux, dit le loup: il m'est mort un mien frère; Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras. Il vmt; et le loup dit : Voici comme il fiiut ftdre,
entrée, un maître d'école italienne, nommé Barfaacole. Le carnaval Mascarade parut pour la première fois en IS75 ; c'est un ballet à neuf entrées. Voyex Anecdotes dramatiques, 1775, tome I, p. 176.
> Le duc de Bourgogne.
FABLES
Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.
Le renard, ayant mis la peau , Répétoit les leçons que lui donnoit son maître. D'abord il s'y prit mal , puis un peu mieux , puis bien ;
Puis enÎQn il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvoit l'être, Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court, Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
Tel , vêtu des armes d'Achille , Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville : Mères , brus , et vieillards , au temple couroient tous. L'ost' au peuple bêlant crut voir cinquante loups: Chien, berger, et troupeau, tout fuit vers le village. Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s'en saisit. A quelques pas de là II* entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla.
Jetant bas sa robe de classe , Oubliant les brebis, les leçons, le régent.
Et courant d'un pas diligent.
Que sert-il qu'on se contrefasse?
Prétendre ainsi changer est une illusion : L'on reprend sa première trace A la première occasion.
De votre esprit , que nul autre n'égale , Prince, ma muse tient tout entier ce projet: Vous m'avez donné le sujet.
Le dialogue, et la morale.
FABLE X
L'Écrevisse et sa Fille.
Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse , Marchent à reculons, tournent le dos au port. C'est l'art des matelots : c'est aussi l'artifice De ceux qui , pour couvrir quelque puissant effort, Envisagent un point directement contraire. Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire. Mon si^et est petit , cet accessoire est grand : Je pourrois l'appliquer à certain conquérant Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes. Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend, N'estd'abordqu'un8ecret,puisdevientdes conquêtes. En vain l'on a les yeux sur ce qu'il veut cacher. Ce sont arrêts du Sort qu'on ne peut empêcher: Le torrent à la fin devient insurmontable. Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter. Louis et le Destin me semblent de concert Entraîner l'univers. Venons à notre fable.
' L'armée.
Mère écrevisse un jour à sa fille disoit : Conune tu vas , bon dieu ! ne peux-tu mardier droit? Et comme vous allez vous-même ! dit la fille : Puis-je autrement marcher que ne foit ma funiQe? Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu?
Elle av(Ht raison : la vertu
De tout exemple domestique
Est universelle, et s'applique En bien, en mal , en tout; fait des sages, des sots; Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos A son but, j'y reviens; la méthode en est bonne,
Siur-tout au métier de Bellone:
Mais il faut le faire à propos.
FABLE XI
L'Aigle et la Pie,
L'aigle, reine des airs, avec Margot' la^e, Différentes d'humeur, de langage, et d'esprit, Et d'habit,
Traversoient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un corn détourné. L'agace* eut peur; mais l'aigle, ayant fort bien âné, La rassure , et lui dit : Allons de compagnie; Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie,
Lui qui gouverne l'univers.
J'en puis bien faire autant , moi qu'on sait qui le tat^ Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
Caquet-bon-bec' alors de jaser au plus dm, Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace, Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût sa Ce qu'en fait de babil y savoit notre agace. Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant, allant de place en place, Bon espion. Dieu sait. Son offre ayant déplu.
L'aigle lui dit tout en colère :
Ne quittez point votre séjour, Caquet-bon-bec , ma mie< : adieu ; je n'ai que faire
D'une babillarde à ma cour :
C'est un fort méchant caractère.
Margot ne demandoit pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux :
< Ce surnom , pour désigner la pie, est d'an usage populaîre : notre poète l'a-t-U emprunté du peupfe. ou ra-t41 introdnit parmi lui ? C'est ce que nous ne pouvons décider.
> Vieux mot , pour désigner la pie. On le trouve dans NiooL On dit encore en Picardie agachet et en provençal agaêêo. La Fontaine écrit agasse dans son édition.
3 Celte expression vraiment comique est de la créatk» de notre poète. Elle a réussi.
4 Vai. Dans les éditions modernes, m'amie: maisflue est no mot fréquemment employé par nos vieux auteurs , et qui signifie bonne, maltresse, amie.