‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 79 sur 670 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Cet honneur a souvent de mortelles angoisses. Redîseurs, espions, gens à l'air gracieux, Aim oœor tout différent, s'y rendent odieux : ^iBoiqu'ainsi que la pie il faille dans ces lieux Porter habit de deux paroisses '.

FABLE Xn.

Le Milan , le Roi, et le Chiuseur,

.J^ s. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI \

CZUMmne les dieux sont bons, ils veulent que les rois

Le soient aussi : c'est l'indulgence

Qui fiiit le plus beau de leurs droits.

Non les douceurs de la vengeance :

'rince , c'est votre avis. On sait que le courroux ^''éteint en votre cœur sitôt qu'on l'y voit naître. LchiUe, qui du siei\ ne put se rendre maître.

Fut par-là mouis héros que vous.

titre n'appartient qu'à ceux d'entre les hommes ^^, comme en l'âge d'or, font cent biens ici4Mis. 1K^ de grands sont nés tels en cet âge on nous sonunes : M^'onivers leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.

Loin que vous suiviez ces exemples, noie actes généreux vous promettent des temples. Apollon 9 citoyen de ces augustes lieux, Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre. Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux : Un siècle de séjour doit ici vous suffire. Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous*.

Puissent ses plaisirs les plus doux

Vous composer des destinées

Par ce temps à peine bornées!

Et la princesse et vous n'en méritez pas moins.

J'en prends ses charmes pour témoins;

Pour témoins j'en prends les merveilles Pir qui le ciel , pour vous prodigue en ses présents. De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles

Voulut orner vos jeunes ans.

Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne :

Le ciel joignit en sa personne

Ce qui sait se faire estimer

A ce qui sait se faire aimer :

U ne m'appartient pas d'étaler votre joie ;

La pie est de oouicar noire» et a U poiuine et les cùté«

•FrançoU-Louis, prince de La Roclie«ir-ToD et de Coirri . aé à Paris en 1G64 , et mort le tï léfrier 1709, Ton des amis et éeiprolecteurs de notre poète, yajet l'Histoire de la vie et des mÊÊragesdôJeandeLa FomUtime,

*Ces Tcrs et ceux qui suivent prouvent que cette fable fut composée lors du marlase du prince de Cooti avec Marie Thértm de Bourbon . célébré le 29 Juin I6SS. Vnyn Y Histoire de l9tieet des ouvrages de Jean de Im Fontaine.

Je me tais donc, et vais rimer Ce que fit un oiseau de proie.

Un nûlan , de son nid antique poMeaseur,'

Etant pris vif par un chasseur, D'en faire au prince un don cet homme se propose. La rareté du fait donnoit prix à la chose. L'oiseau, par le chasseur humblement présenté,

Si ce conte n'est apocryphe,

Va tout droit imprimer sa griffe

Sur le nez de sa majesté. — Quoi ! sur le nez du roi ?— Du roi mémeen personne.— Il n'avoit donc alors ni sceptre ni couronne? — Quand il en auroit eu , c'auroit été tout im : Le nez royal fut pris comme im nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Seroit se consumer en efforts impuissants. Le roi n'éclata point : les cris sont indécents

A la nugesté souveraine.

L'oiseau garda son poste : on ne put seulement

Hâter son départ d'un moment.

Son maître le rappelle, et crie, et se tourmente. Lui présente le leurre ', et le poing% mais en vain.

On crut que jusqu'au lendemain Le maudit animal à la serre insolente

Nicheroit là malgré le bruit, Et sur' le nez sacré voudroit passer la nuit. Tâcher de l'en tirer irritoit son caprice. Il quitte enfin le roi , qui dit : Laissez aller Ce milan , et celui qui m'a cru régaler. Us se sont acquittés tous deux de leur office , L'un en milan , et l'autre en citoyen des Iwis : Pour moi , qui sais comment doivent agir les rois ,

Je les affranchis du supplice.

Et la cour d'admirer. Les courtisans ravis Elèvent de tels faits, par eux si mal suivis: Bien peu , même des rois , prendroient un tel modèle ;

Et le veneur l'échappa belle; Coupables seulement , tant lui que l'animal , D'ignorer le danger d'approcher trop du maître :

Ils n'avoient appris à connoltre Que les hôtes des bois : étoit-ce un si grand mal ?

Pilpay fait près du Gange arriver l'aventure.

Là , nulle humaine créature Ne touche aux animaux pour leur sang épancher : Jjb roi même feroit scrupule d'y toucher. Savons-nous, disent-ils, si cet oiseau de proie

N'étoit point au siège de Troie?

> Termede buoonnerie. Le leurre est un morceau de cuir rouge foçonné en forme d'oiseau, auquel on attache de qnoi manger , et dont les fMioonniers se serrent pour rappeler les oiseaux de fauconnerie lorsqu'ils ne viennent pas à la réclame.

* Pour qu'il vienne se placer dessus. C'est ce qui s'appelle réclamer en terme de fnoooMrie. •

lâo

Peul-étre y tiut-il lieu d'un prince ou d'un héros

Des plus huppés et des plus liants:

Ce qu'il fut autrefois il pourra l'être encore.

Nous croyons, après Pythagore, Qu'avec les anhnaux de forme nous cliangeons;

Tantôt milans, tantôt pigeons,

Tantôt humains, puis volatilles'

Ayant dans les airs leurs familles.

Gomme l'on conte en deux façons L'accident du cliasseur, voici l'autre manière.

Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on , A la cliasse un milan (ce qui n'arrive guère).

En voulut au roi faire un don ,

Comme de chose singulière :

Ce cas n'arrive pas quelffuefois en cent ans; C'est le non plus ultra de la fauconnerie. Ce chasseur perce donc un gros de courtisans. Plein de zèle, échauffé, s'il le fut de sa vie.

Par ce parangon ' des présents

Il croyoit sa fortune faite :

Quand l'aniroal porte-sonnelte.

Sauvage encore et tout grossier,

Avec ses ongles tout d'acier.

Prend le nez dn chasseur, happe le pauvre sire.

Lui de crier; chacun de rire.

Monarque et courtisans. Qui n'eût ri ? Quant à moi , Je n'en eusse quitté ma part pour un empire.

Qu'un pape rie, en bonne foi Je ne l'ose assurer ; mais je liendroîs un roi

Bien malheureux, s'il n'osoit rire:

C'est le plaisir des dieux. Malgré son noir sourci', Jupiter et le peuple inmiortel rit aussi, n en fit des éclats*, à ce que dit l'histoire. Quand Vulcam, clopinant, lui vint donner à boire. Que le peuple immortel se montrât sage, ou non, J'ai changé mon sujet avec juste raison;

' yolaUlle K dit seulement des oiseaux bons à manger. La néocasilé de la rime a forcé La Fontaine d'employer ce mot an Ueu de celai de volatile. Ce dernier mot sert à désigner tout animal qui vole, ou les oiseaux en général. Du temps de noire poète, ces deux mots , cpioique presque semblables, avoient la mtoie signification qu'ils ont at^ourd'hui , et n'élolent nullement synonymes.

•Modèle parfoiL On disoit autrefois plus communément paragon. On trouve ce mot dans Nicot , qui le définit ainsi s

■ Cest une chose si excellemment parfiiitc, qu'elle est comme

■ une idée, un sep, un eslelon à toutes les autres de son es- « pècc . et lesiiuellcs on rapporte et compare à luy pour savoir « à quel degré de perfection elles aUeigneuL Ainsi dit-on para- • gon de chcvalmc, de pnidbomic. de iiravoir. » rhrésor de la langue françoyse , 1606. in-loUo, p. 469. Le mot de paragon est k regreUer , et encore plus le verbe parugonner, qui s'employoit fréquemment, et qui n'a plus d'équivalent.

' Sourd au lieu de sou y cil , pour la rime et par licence poétlque. Les éditions modrnuv ont à tort mis souci. i f>e« échitf <le nrc. Rllii>sc.

Car, puisqu'il s'agit de morale.

Que nous eût du chasseur l'aventure fatale Enseigné de nouveau ? L'on a vu de tout temps Plus de sots fouconniers que de rois indulgents.

FABLE XIIL

Le Renard , les Mouches , et le Uérissou.

Aux traces de son sang un vieux hôte des bois,

Renard fin , subtil , et matois , Blessé par des chasseurs, et tombé dans la fimge.^ Autrefois attira ce parasite ailé

Que nous avons mouche appelé.

Il accusoit les dieux , et trouvoit fort étrange Que le sort à tel point le voulût affliger,

£t le fit aux mouches manger.

Quoi ! se jeter sur moi , sur moi le plus liabile

De tous les hôtes des forêts î Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets ? Et que me sert ma queue? est-ce un poidjs inutile ? Va, le ciel te confonde, animal importun!

Que ne vis-tu sur le commun î

Un hérisson du voisinage ,

Dans mes vers nouveau personnage.

Voulut le délivrer de l'importunilé

Du peuple plein d'avidité :

Je les vais de mes dards enfiler par centaines. Voisin renard , dit-il , et terminer tes peines. Garde-t'en bien, dit l'autre; ami, ne le fais pas: laisse-les, je te prie, achever leur repas. Ces anhnaux sont soûls ; une troupe nouvelle Viendroit fondre sur moi , plus âpre et plus crueUe.

Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici -bas : Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats. Aristote appliquoit cet apologue aux hommes.

Les exemples en sont comnmns,

Sur-tout au pays où nous sommes.

Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.

FABLE XIV

U Amour et la Folie.

Tout est mystère dans l'Amour, Ses flèches , son can|uoi$ , son flambeau , son enfance :

Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour

Que d'épuiser cette science.

Je ne prétends donc point tout expliquer ici : Mon but est seulement de dire, à ma manière ,

Comment l'aveugle que voici (C'esl un dieu), comment , dis-je, il perdit la lumière. Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien; J*en fais juge un amant, et ne décide rien.

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