LIVRE I
lUii je m'amuse à des choses aoxqnelles on ne prendra peut-être pas garde , tandis cioc j'ai lieu d'appréhender des obiections bien plus importantes. On m'en jieut faire deoi principales : Tune , que ce livre est licencieaz ; Tan- Ire, qa'3 n'épargne pas assez le beau sexe. Qnant à la pranièret je dis hardiment que la nature du conte le touloit «iiisi; étant une loi indispensable , selon Horace , on pliitdt selon la raison et le sens commun , de se conformer au choses dont on écriL Or, qu'il ne m'ait été permis d'écrire de celles-ci , comme tant d'antres l'ont fait , et avec I, je ne crois pas qu'on le mette en doute; et l'on ne
t nnroit condamner que l'on ne condamne aussi l'Arioste defant moi , et les anciens devant l'Arioste. On me dira
J'eusse mieux fait de supprimer quelques circonstan-
\p oa tout au moins de les déguiser. Il n'y avoit rien de ploi fiMile ; mais cela auroit affoibli le conte , et lui auroit ùté de sa grâce. Tant de circonspection n'est nécessaire que dans les ouvrages qui promettent beaucoup de retenue dès l'abord , ou par leur sujet , ou par la manière dont on les traite. Je confesse qu'il faut garder en cela des bornes , et que les plus étroites sont les meilleures : aussi faut-il m*a vouer que trop de scrupule gàteroit tout. Qui voudroit réduire Boecaoe à la même pudeur que Virgile ne feroit aaurément rien qui vaille, et pèeheroit contre les lois de labienséaDoe, en prenante tâche de les obsencr. Car, aflnqoe l'on ne s'y trompe pas , en matière de vers et de pitM y l'extrême pudeur et la bienséance sont deux choses bien Afférentes. Océron fait consister la dernière à dire œ qu'il est à propos qu'on dise eu égard au lieu , au temps , et aux personnes qu'on entretient. Ce principe une fois posé, oe n'est pas une fente de jugement que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de contes un peu libres. Je ne pèche pas non plus en cela contre la morale. S'il y a quelque choae dans nos écrits qui puisse feire impression sur les i,oe n'est nullement la gaieté de ces contes; elle légèrement :jecraindrois plutôt nue douce mélanooUe» oti les romans les plus chastes et les plus modestes sont très capables de nous plonger, ce qui est une grande préparation pour l'amour. Quanta la seconde objection , par laquelle on me reproche que ce livre fait tort aux femmes, on auroit raison si je pariois sérieusement : mais qui ne voit qoe ceci est un jeu , et par conséquent ne peut porter coup? Il ne faut pas avoir peur que les mariages en s<^nt à l'avenir moins fréquents , et les maris plus fort sur leur garde. On me peut encore objecter que ces contes ne sont pas fondés , ou qu'ils ont par-tout un fondement aisé à détruire; enfln, qu'il y a des alKurdités, et pas la moindre teinture de vraisemblance. Je n'poiids, en peu de mois, que j'ai mes garants; et puis ce n'est ni le vrai ni le vraisemÛable qui font la beauté et la graoe de ces cboaes-ci ; c'est seulement la manière de les conter.
Voilà les principaux points sur quoi j'ai cm être obligé de me défendre. J'abandonne le reste anx censeurs : aussi bien seroit-ce une entreprise infinie que de prétendre répondre à tout. Jamais la critique ne demeure court , ni ne manque de sujets de s'exercer: quand ceux que je puis prévoir lui seroient ôtés, elle en auroit bientôt trouvé d'autres.