LIVRE L
De k cbape à révéqoe *, bêlas! bs se battoient . Les bonnes gens qu'ils étoient!
Quoi qu'il en soit , Joconde eut l'avantage Bu prétendu pucelage.
La belle étant venue en leur chambre le soir
Pour quelque petite affaire, Nos deux aventuriers près d'eux la Grent seoir^ LoQ^«nt sa beauté, tâchèrent de lui plaire , Firent briller une bague à ses yeux.
A cet objet si précieux Son cœur fit peu de résistance :
Le marché fut conclu; et dès la même nuit , Tonte l'hôtellerie étant dans le silence , Elle les vient trouver sans bruit.
Au milieu d'eux ils lui font prendre place , Tant qu'enfin la chose se passe An grand plaisir des trois, et sur-tout du Romain, Qni crut avoir rompu la glace.
Je lui pardonne', et c'est en vain.
Que de ce point on s'embarrasse.
Car U n'est si sotte, après tout, Qui ne puisse venir à bout De tromper à ce jeu le plus sage du monde : Salomon , qui grand clerc étoit , Le reoonnolt en quelque endroit, Dont il ne souvint pas au bon homme Joconde. n se tint content pour le coup, Crut qu'Astolphe y perdoit beaucoup.
Tout alla bien, et maître pucelage Joua des mieux son personnage.
Un jeune gars pourtant en avoit essayé. Le temps, à cela près, fut fort bien employé ,. Et si bien que la fille en demeura contente.
Faisons que l'anneau vous demeure,
Reprit le garçon tont^-llieure.
Dites-moi seulement, dorment-ils fbrt tous deux?
Oui, reprit-elle, mais entre eux • U faut que toute nuit je demeure coudiée; Et tandis que je suis avec l'un empêchée, L'autre attend sans mot dire, ets'endôrt bien souvent,
Tant que le siège soit vacant; C'est là leur mot. Le gars dit à l'instant: Je vous irai trouver pendant leur premier somme. Elle reprit : Ah ! ^urdez-vous-en bien;
Vous seriez un mauvais homme.
Non, non, dit-il, ne craignez rien,
Et laissez ouverte la porte.
Le lend^nain elle le fut encor,
Et même encor la nuit suivante.
Le jeune gars s'étonna fort Da refroidissement qu'il remarquoit en elle :. Il se douta du fait, la guetta, la surprit,
Et lui fit fort grosse querelle.
A6n de l'apaiser la belle lui promit.
Foi de fille de bien, que, sans aucune faute. Leurs hôtes délogés, elle lui donneroit Autant de rendez-vous qu'il exi demânderoit. Je n'ai souci , dit-il, ni d'hôtesse ni d'hôte; Je veux cette nuit même, ou bien je dirai tout.
Comment en viendrons-nous à bout?
Dit la fille fort affligée:
De tes aller trouver je me suis engagée;
Si j'y manque, adieu l'anneau
Que j'ai gagné bien et beau.
• Dispater de la chape k rérèque, se dit proTcrbialement pour oontetter une dioêe qui ne peut appartenir à ancon de cetix qni ae la dispatrnt.
La porte ouverte elle laissa :
Le galant vint, et s'approcha ' Des pieds du lit , puis fit en sorte
Qu'entre les draps il se gUssa;
Et Dieu sait comme il se plaça ^
Et comme enfin tout se passa.
Et de ceci ni de cela
Ne se douta le moins du monde
Ni le roi lombard, ni Joconde.
Chacun d'eux pourtant s'éveilla..
Bien étonné de telle aubade.
Le roi lombard dit à part soi:
Qu'a donc mangé mon camarade?
II en prend trop; et, sur ma foi,
C'est bien fait s'il devient malade.
Autant en dit de sa part le Romain.
Et le garçon, ayant repris haleine, S'en donna pour le jour, et pour le lendemain,.
Enfin pour toute la semaine:
Puis, les voyant tous deux rendormis à la fin,.
Il s'en alla de grand matin.
Toujours par le même chemin ,
Et fut suivi de la donzelle,
Qui craignait fatigue nouvelle.
Eux éveillés, le roi dit au Romain:
Frère, dormez jusqu'à demain; Vous en devez avoir envie , Et n'avez à présent besoin que de repos. Comment ! dit le Romain : mais vous-même ^ à pnn Vous avez fait tantôt une terrible vie. [pos,
Moi? dit le roi , j'ai toujours attendu; Et puis, voyant que c'étoit temps perdu, Que sans pitié ni conscience Vous vouliez jusqu'au bout tourmenter ce tendron^ Sans en avoir d'autre raison Que d'éprouver ma patience, Je me suis , malgré moi , jusqu'au jgar nindonni. Que s'il vous eût plu, notre ami.
CONTES ET NOUVELLES
J'aurois oourn volontiers quelque poste; Ceût été tout y n'ayant pas la riposte Ainsi qne vous : qu'y feroit-on?
Pour Dieu 9 reprit son compagnon, Cessez de vous railler, et changeons de matière. Je suis votre vassal ; vous l'avez bien fait voir. Cest assez que tantôt il vous ait plu d'avoir La fillette tout entière:
Disposez-en ainsi qu'il vous plaira; Nous verrons si ce feu toujours vous durera. Il pourra , dit le roi , durer toute ma vie , Si j'ai beaucoup de nuits telles que celle-ci. Sire y dit le Romain, trêve de raillerie; Donnez-moi mon'oongé , puisqu'il vous plaît ainsi. Astolphe se piqua de cette repartie; £t leurs propos s'alloient de plus en plus aigrir, Si le roi n'eût fût venir Tout incontinent la belle.
Ils lui dirent : Jogez-nous , En lui cx)ntant leur querelle.
Elle rougit, et se mit à genoux; Leur confessa tout le mystère.
Loin de lui faire pire chère.
Ils en rirent tous deux : l'anneau lui fût donné ,
Et maint bel écu couronné, Dont peu de temps après on la vit mariée , Et pour pucelle employée.
Ce fut par-là que nos aventuriers
Mirent fm à leurs aventures,
Se voyant chargés de lauriers Qui les rendront fameux chez les races futures; Lauriers d'autant plus beaux qu'il ne leur en coûta - Qu'un peu d'adresse et quelques feintes larmes, Et que, loin des dangers et du bruit des alarmes ,
L'un et l'autre les remporta.
Tout fîers d'avoir conquis les cœurs de tant de belles ,
Et leur li\Te étant plus que plein,
Le roi lombard dit au Romain :
Retournons au logis par le plus court chemin.
Si nos femmes sont infidèles.
Consolons-nous: bien d'autres le sont qu'elles. I^ constellation changera quelque jour;
Un temps viendra que le flambeau d'Amour Ne bn\la» les cœurs que de pudiques flammes: A présent on diroit que quelque astre malin Prend plaisir aux bons tours des maris et des femmes.
D'ailleurs tout l'univers est plein De maudits enchanteurs, qui des corps et des anies Font tout ce qu'il leur plaît : savons-nous si ces gens ,
(Comme ils sont tr^tres et méchants, Et toujours eiuiemis, soit de l'un soit de l'autre, ) N'ont point ensorcelé mon épouse et la vôtre;
Va si par quelque étrange cas
Nous n'avons point cru voir chose qui n'étoit pv? Ainsi que bons bourgeois adievons notre vie, Chacun près de sa femme, et demeurons-en là. Peut-être que l'absence, ou bien la jalousie, Nous ont rendu leurs cœurs, que l'hymen nous ta. Astolphe rencontra ' dans cette prophétie.
Nos deux aventuriers, au logis retournés, Furent très bien reçus, pourtant un pea grondés,
Mais seulement par bienséance. L'un et Fautre se vit de baisers régalé; On se récompensa des pertes de l'absence, n fut dansé , sauté , balle , Et du nain nullement parlé.
Ni du valet, comme je pense.
Chaque époux, s'attachant auprès de sa moitié, Vécut en grand soûlas *, en paix, en amitié,
Le plus heureux , le plus content du monde. La reine à son devoir ne manqua d'un seul point Autant en fît la femme de Joconde :
Autant en font d'autres qu'on ne sait point.
IL RICHARD MNUTOLO.