‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 90 sur 670 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

/on d» |>lii8 grands suppôts de Tempire amoureux 'jmnmaif en regrets la fleur de sa jeunesse. Jt Rooiain se yU donc à la fin soulagé te le inteie pouvoir qui l'aToit afiQlgé. ]ar on jour^ étant seul en une galerie, Lien solitaire et tenu fort secret , Il entendit en certain cabinet, )ont la cloison n'étoit que de menuiserie ,

Le propre discours que voici :

« Mon cher Gurtade, mon souci, J'ai beau t'aimer, tu n'es pour moi que glace :

Je ne vois pourtant, Dieu merci ,

Pas une brâuté qui m'effiioe :

Cent oonquérants voudroient avoir ta place;

Et tu semblés la mépriser.

Aimant beaucoup nrieux t'amuser

A jouer avec quelque page Au lansquenet , *ue me venir trouver seule en ce cabinet, «orîmène tantôt t'en a (ait le message;

Ta t'es mis contre elle à jurer,

A la mandûre, à murmurer, It n'as quitté le jeu que ta main étant faite ,

te mettre en souci de ce que je souhaite! »

mi fbt bien étonné? ce fut notre Romain.

Je donnerois jusqu'à demain Pour deviner qui tenoit ce langage ,

Et quel étoit le personnage

Qui gardoit tant son quant à moi.

Ce bel Adon étoit le nain du roi.

Et son amante étoit la reine.

Le Romain, sans beaucoup de peine,

Les vit, en approchant les yeux les fentes que le bois laissoit en divers lieux, les amants se fioîent au soin de Dorimène; eule elle avoit toujours la clef de ce lieu-là : lau la laissant tomber, Joconde la trouva,

Puis s'en servit, puis en tira

Consolation non petite ;

Car voici comme U raisonna :

e ne suis pas le seul ; et puisque même on quitte Jn prince si charmant pour un nain contrefait,

U ne faut pas que je m'irrite

D'être quitté pour un valet.

> penser le console; il reprend tous ses charmer;

U devient plus beau que jamais :

Tdle pour lui verse des larmes

Qol se moqnoit de ses attraits.

Test à qui l'aimera ; la plus prude s'en pique :

Astolphe y perd mainte pratique.

^ n'en fut que mieux; il en avoit assez. \etoumons aux amants que nous avons laissés.

Après avoir tout vu, le Romain se retire,

Bien empêcha de ce secret.

Il ne ikut à la cour ni trop voir, ni trop dire ; Et peu se sont vantés du don qu'on leur a fidt

Pour une semblable nouvelle.

Mais quoi ! Joconde aimoit avecque trop de zèle Un prince libéral qui le (avorisoit , Pour ne pas l'avertir du tort qu'on lui faisoit. Or, comme avec les rois U &ut plus de mystère Qu'avecque d'autres gens sans doute il n'en fiiudroii Et que de but en blanc leur parler d'une affaire

Dont le discours leur doit déplaire.

Ce seroit être maladroit; Pour adoucir la chose, il fallut que Joconde

Depuis l'origine du monde Fit un dénombrement des rois et des césars Qui, siqets comme nous à ces communs hasards , Malgré les soins dont leur grandeur se pique ,

Avoient vu leurs Ibnmes tomber

En telle ou semblable pratique.

Et l'avoient vu sans succomber A la douleur, sans se mettre en colère.

Et sans en fohre pue chère.

Moi qui vous parle, sire, ajouta le Romain, Le jour que pour vous vohr je me mis en chemin , Je fos forcé , par mon destin , De reconnoltre oocuage Pour un des dieux du mariage, Et, comme tel , de lui sacrifier.

Là-dessus il conta, sans en rien oublier, Toute sa déconvenue; Puis vint à celle du roi.

Je vous tiens, dit Astolphe , homme digne de foi ; Mais la chose, pour être crue, Mérite bien d'être vue :

Menez-moi donc sur les lieux.

Cela fut fait; et de ses propres yeux Astolphe vit des merveilles, Comme il en entendit de ses propres oreilles. L'énormité du ftdt le rendit si confus Que d'abord tous ses sens demeurèrent perclus ; U fut comme accablé de ce cruel outrage : Mais bientôt U le prit en homme de courage. En galant honmie , et, pour le (kire court , En véritable homme de cour.

Nos femmes , ce dit-il , nous en ont donné d'une ;

Nous voici lâchemenl trahis :

Vengeons-nou»-en , et eonrans le pays;

Cherchons parfont notre fortone.

Pour réussir dans ce dessein y Nous changerons dm nomt^ je laiiserai mou train ;

lÂI

CONTES ET NOUVELLES

J« me «lirai voire cousin , El iwt» ne me rendrez aucune déférence : ?Ma$ en leroos l'amour avec plus d'assurance,

Pttts de plaisir, plus de commodité , Qoe si j*éUiis suivi selon ma qualité.

Joconde approuva fort le dessein du voyage.

U nous feut dans notre équipage , Continua le prince , avoir un livre blanc , Pour mettre les noms de celles Qui ne seront pas rebelles , Chacune selon son rang.

Je consens de perdre la vie, Si , devant que sortir des confins d'Italie ,

Tout notre livre ne s'emplit, Et si la plus sévère à nos vœux ne se range. Nous sommes beaux ; nous avons de l'esprit : Avec cela bonnes lettres de change :

Il faudroit être bien étrange Pour résister à tant d'appas , Et ne pas tomber dans les lacs De gens qui sèmeront l'argent et la fleurette, Et dont la personne est bien faite.

Leur bagage étant prêt , et le livre sur-tout ,

Nos galants se mettent en voie.

Je ne viendrois jamais à bout De nombrer les faveurs que l'amour leur envoie -*

Nouveaux objets, nouvelle proie :

Heureuses les beautés qui s'offrent à leurs yeux ! Et plus heureuse encor celle qui peut leur plaire !

Il n'est, en la plupart des lieux.

Femme d'échevin, ni de maire.

De podestat, de gouverneur.

Qui ne tienne à fort grand honneur

D'avoir en leur registre place.

Les cœurs que l'on croyoit déglace

Se fondent tous à leur abord.

J'entends déjà maint esprit fort

M'objecter que la vraisemblance

N'est pas en ceci tout-à-fait.

Car, dira-t-on , quelque parfait Que puisse être un galant dedans cette science, Encor faut-il du temps pour mettre un cœur à bien.

S'il en faut , je n'en sais rien; Ce n'est pas mon métier de cajoler personne :

Je le rends comme on me le donne;

Et l'Arioste ne ment pas.

Si l'on vouloit à chaque pas

Arrêter un conteur d'histoire , Il n'auroit jamais feit : suffit qu'en pareil cas Je promets à ces gens quelque jour de les croire.

Quand nos aventuriers eurent goûté de tout ,

(De tout un peu, c'est comme il ftoiraiiaidR Nous mettrons, dit Astolphe, autant deooeonàko Que nous voudrons en entreprendre; Mais je tiens qu'il vaut mieox attendre. Arrêtons-nous pour un temps quelque put, Et cela plus tM que pftis tard; Car en amour, comme à la taMe, Si l'on en croit la Faculté, Diversité de mets peut nuire à la santé. Le trop d'affaires nous accable.

Ayons quelque objet en commun; Pour tous les deux c'est assez d'un.

J'y consens , dit Joconde ; et je sais une dame Près de qui nous aurons toute commodité. Elle a beaucoup d'esprit , elle est belle , elle est fem

D'un des premiers de la dté.

Rien moins , reprit le roi; laissons la qualité :

Sous les cotillons des grisettes

Peut loger autant de beauté

Que sous les jupes des coquettes.

D'ailleurs il n'y faut point fisdre tant defiiçon.

Être en continuel soupçon.

Dépendre d'une humeur fière , brusque j on vola

Ciiez les dames de haut parage Ces choses sont à craindre , et bien d'autres enc

Une grisette est un trésor;

Car, sans se donner de la peine ,

Et sans qu'aux bals on la promène,

On en vient aisément à bout; On lui dit ce qu'on veut , bien souvent rien du l< Le point est d'en trouver une qui soit fidèle :

Choisissons-la toute nouvelle, Qui ne connoisse encor ni le mal ni le bien.

Prenons , dit le Romain , la fille de notre hÔte ; Je la tiens pucelle sans faute, Et si pucelle, qu'il n'est rien De plus puceau que cette belle :

Sa poupée en sait autant qu'elle.

J'y songeois , dit le roi ; parlons-lui dès ce soir. Il ne s'agit que de savoir

Qui de nous doit donner à cette jouvencelle , Si son cœur se rend à nos vœux,

La première leçon du plaisir amoureux.

Je sais que cet honneur est pure fantaisie ;

Toutefois , étant roi , l'on me le doit céder :

Du reste il est aisé de s'en accommoder.

Si c'étoit , dit Joconde , une cérémonie , Vous auriez droit de prétendre le pas ; Mais il s'agit d'un autre cas :

Tirons au sort ; c'est la justice ; Deux pailles en feront l'office.

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