V. LE SAVETIER
Un savetier, que nous nommerons Biaise , Prit belle fenune, et fut très avisée Les bonnes gens, qui n'étoient à leur aise, S'en vont prier un marchand peu rusé Qu'il leur prêtât, dessous bonne promesse, Mi-muid de grain ; ce que le marchand fait. Le terme échu , ce créancier les presse. Dieu sait pourquoi : le galant , en effet , Crut que par-là baiseroit la conunère.
Vous avez trop de quoi me satisfaire.
Ce lui dit-il , et sans déliourser rien : Acoordez-moi ce que vous savez bien.
Je songerai , répond-elle , à la chose : Puis vient trouver Biaise tout aussitôt, L'avertissant de ce qu'on lui propose.
Biaise lui dit : Parbieu ! femme, il nous faut. Sans coup férir, rattraper notre sonune. Tout de ce pas allez dire à cet homme Qu'n peut venir, et que je n'y suis point. Je veux ici me cacher tout à point.
Avant le coup demandez la cédule ; De la donner je ne crois qu'il recule ; Puis tousserez , afin de m'avertir, Mais haut et clair, et plutôt deux fois qu'une. Lors de mon coin vous me verrez sortir Incontinent , de crainte de fortune.
Ainsi fut dit, ainsi s'exécuta; Dont le mari puis après se vanta; Si' que duMmn glosoit sur ce mystère.
Mieux edt valu tousser après l'affoire , Dit à la bdie un des plus gros bourgeois ; Vous eussiez eu votre compte tous trois. N'y manquez plus , sauf après de se taire. Mais qu'en est-il , or çà , belle , entre nous ? Elle répond : Ah ! monsieur, croyez-vous Que nous ayons tant d'esprit que vos dames ?
'LenotMfavoil. du temps de La Fontaine, une douUe sijDiication , et ëloit queiquefois le synonyme de eocu, Voyes la Tonaniaede M. Boissonade dans notre édition des poésies de >imbonUlet et de Maucroix . in-So, is25. p. 361.
«TeOenent.
Notez qu'illec • , avec deux antres femmes , Du gros bourgeois l'épouse étoit aussi.
Je pense bien , continua la belle , Qu'en pareil cas madame en use ainsi : Mais quoi î cliacun n'est pas si sage qu'elle.