DE MARC-ANTOINE DE MURET SUR SES COMMENTAIRES A MONSEIGNEUR ADAM FUMÉE
Conseiller du Roi en [son]: Parlement à Paris.
La perversité de nôtre siecle est si grande, Monseigneur, que ceus, qui pour le jour d’hui emploient leurs esprits à porter au public quelque plaisir ou quelque utilité, ne reçoivent communement pour toute recompense de leurs labeurs, que le mépris des uns, & l'envie des autres. Ce qui 2 me venant en pensée, lors que premierement je me mis à écrire ces Commentaires, à peu prés me detourna de poursuivre mon entreprise. Car outre les autres exemples, qui me venoient au devant, singulierement m’emouvoit celui de l’auteur mesme, que j’entreprenois à commenter, lequel pour avoir premier enrichi nôtre langue des Greques & Latines dépouilles, quel autre grand loier en a il encores raporté ? N’avons nous veu l’indocte arrogance de quelques acrestés mignons, s’'émouvoir tellement au premier son de ses écris, qu’il sembloit, que sa gloire encore naissante, deust estre étainte par leurs effors ? L’un le reprenoit de se trop loüer, lautre d’ecrire trop oscurement, l’autre d’estre trop audacieus à faire nouveaus mots : ne sachans pas, que cette coutume de se loüer lui est commune aveques tous les excellans poëtes qui jamais furent : que l’oscurité qu’ils pretendent, n’est qu’une confession de leur ignorance : & que sans l’invention des nouveaus mots, les autres langues sentissent encores une toute telle pauvreté, que nous la sentons en la nôtre. Maïs le tans est venu, que presque tous les bons espris conoïssent la source de ces complaintes : & d’un commun accord se rangent à soutenir le parti de ceus, qui tachent à dessiller les yeus du peuple François, ja par trop long tans bandés du voile d’ignorance. Parquoi il ne