‹ Œuvres completes. avec introduction et commentaire (volume 2)Chapitre 11 sur 203 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

m'eut pas été mal aisé de mépriser les abboïs de l’ignorance populaire, si autres empéchemens ne se fussent d’abondant presentés. Mais étant journellement solicité de me retirer de cette vile, par le commandement de ceus, ausquelz, apres Dieu, je doi le plus d’obeissance, & telement pressé qu’il me faloit presque à toute heure penser de mon depart, je ne pouvoi rien entreprendre, que d'un esprit troublé, & mal apte à produire fruits, qui fussent dignes de venir en lumiere. Si est-ce qu’à la fin, je me suis hazardé, esperant que mon labeur trouvera quelque excuse envers ceus, qui sauront que j'en ai esté reduit à tel point qu'il me faloit autant composer par chacun jour, comme les imprimeurs en pouvoient metre en œuvre. Je pense qu'il ne m'est ja besoin de repondre à ceus, qui pourroient trouver étrange que je me suis inis à commenter un livre François, & composé par un homme qui est encores en vie. Car s’il n’i avoit dans ce livre aucune erudition qui ne se peust prendre dans les livres écris en nôtre langue, j'estimeroi bien ma peine asses maigrement emploiée. Mais veu qu’il ia beaucoup de choses non jamais traitées mesmes des Latins, qui me pourra reprendre de les avoir communiquées aus François ? Lise hardiment mes Commentaires qui voudra : j'ose bien sans arrogance asseurer, que peu de gens les liront sans i aprendre. Et tel de ces Messieurs, avec un branlement de teste, fera semblant de n’en tenir pas grand compte, lequel toutefois en soi-mesme sentira bien, que sans l’aide d’iceus, qui lui eut demandé le sens de quelque Sonet, il n’en fut pas sorti fort à son aise. Et pleust à dieu, que du tans d’Homere, de Vergile, &autres anciens, quelqu'un de leurs plus familiers eut emploié quelques heures à nous eclarcir leurs conceptions. Nous ne serions pas aus troubles ausquels nous sommes, pour les entendre. Car il n’y a point de doute, qu'un chacun auteur ne mette quelques choses en ses écris, lesquelles lui seul entend parfaittement. Comme je puis bien dire, qu’il i avoit quelques Sonets dans ce livre qui d'homme n’eussent jamais esté bien entendus, si l’auteur ne les eut, ou à moi, ou à quelque autre familierement declairés. Et comme en ceus là je confesse avoir usé de son aide, aussi veus-je bien qu’on sache, qu’aus choses qui pou-

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