INTRODUCTION VII
* PE C’est en effet en avril 1553 (l’achevé d’imprimer est du 20) que parut chez l’éditeur des Amours un recueil de vers intitulé : Livret de folastries, A Janot Parisien. Plus quelques Epigrames grecz, et des Dithyrambes chantés au Bouc de E. Jodelle Poëte Tragiq. *. Il ne portait pas de nom d’auteur, mais en revanche, comme épigraphe, ce distique célèbre de Catulle, que Charles Fontaine, un disciple de Marot, avait allégué déjà plusieurs années auparavant ?, pour excuser l’impudeur de sa Muse, très conciliable, disait-il, avec la pureté de ses mœurs :
Nam castum esse decet pium poetam Ipsum ; versiculos nihil necesse est.
Or ce recueil anonyme est entièrement de Ronsard. En dépit d’une opinion émise par Aimé Martin 5, cette paternité n’est plus contestée, sauf pour deux ou trois pièces dont nous parlerons tout à l’heure. Précisons d’abord l’origine et le caractère de l’ensemble.
Les ÆFolastries proprement dites correspondent aux pièces légères que les poètes gréco-latins, notamment Catulle, ont écrites en hendécasyllabes. Pour moi, c’est dans l’œuvre de Catulle que Ronsard en a pris lidée, et très probablement aux conférences que fit Muret l’année précédente sur ce poète, tout ensemble lyrique, élégiaque et satirique, sur ses modèles alexandrins et ses imitateurs néo-latins, dont on trouve de multiples échos dans les Juvenilia de cet humaniste, publiés au mois de décembre 15524. Il est vrai que l’auteur des Folastries nous dit dans la dédicace qu’il « conçut » son « livret »
1. Bibl. de l’Arsenal, B.L. 6561, Rés. Anonymes. On en connait deux ou trois autres exemplaires, signalés dans les catalogues Morgand (déc. 1903) et Maggs (collection des Ronsard, 1925).