INTRODUCTION XI
Les Dithyrambes ne paraissent pas déplacés à la suite des Folastries, n'étant eux-mêmes qu’une parodie du genre lyrique le plus grave de l'antiquité; c'était une sorte de « folastrie », analogue, du moins pour le fond, aux Bacchanales ou folastrissime voyage d'Hercueil, pièce que Ronsard avait publiée l’année précédente. Quant aux dix-sept Epigrammes, elles sont toutes d’allure comique ou satirique et ont avec les Folastries à peu près le même rapport que les épigrammes de Catulle avec ses hendécasyllabes. Comme celles de Catulle, elles proviennent de l’Anthologie grecque. Muret, à qui elles sont dédiées, avait probablement recommandé à Ronsard l'étude de ce recueil, en lui montrant le parti qu’en avaient tiré les poètes latins et néo-latins, et lui-même pour plus de cent épigrammes de ses Juvenilia. Ronsard confessait qu'il les avait « traduites », comme un vulgaire disciple de Marot. Mais il avait soin de donner les références au texte grec pour bien se distinguer du traducteur de Martial et montrer que le chef de l’école érudite, quand il daignaït descendre de son piédestal, ne cessait pas pour cela d’helléniser. Tout l’opuscule était un badinage, mais un badinage très savant, que « les Sœurs Thespiennes » avaient elles-mêmes inspiré à Ronsard « dessus les rives Pimpléennes ».
Les deux éditeurs des Œuvres de Ronsard au xixe siècle, Blanchemain et Marty-Laveaux, lui ont enlevé la paternité des Dithyrambes. Le premier a encore inséré cette pièce dans son édition, mais comme une œuvre étrangère ; le second l’a radicalement exclue de la sienne; tous deux s'appuyant sur l’unique témoignage du biographe de Ronsard, CI. Binet, qui l’attribue positivement à « Bertrand Bergier poëte Dithyrambique ». Je pense qu'ils ont eu tort, ainsi que ceux qui les ont suivis 1.
D'abord le témoignage de Binet est très suspect. Il n’a pas dit un seul mot des Dithyrambes dans les deux premières rédactions
1. Voir notamment Mellerio, Lexique de Ronsard (Paris, Plon, 1895), p- xvir; Perdrizet, Ronsard et la Réforme(Paris, Fischbacher, 1902), p.53 ; A. van Bever, éd. du Livret de folastries (Paris, Mercure, 1907), Introd. et p. 87. La réédition de van Bever n’a d'ailleurs aucune valeur (cf. les comptes rendus de J. Madeleine et de P. Laumonier dans la Revue critique du 11 novembre 1907).