‹ Œuvres completes. avec introduction et commentaire (volume 2)Chapitre 82 sur 203 · SONET DE M. DES. G · texte numérisé non relu

SONET DE M. DES. G

en faveur de P. de Ronsard :,

D'un seul malheur se peut lamenter celle, En qui tout l’heur des astres est compris, C’est, Ô Ronsard, que tu ne fus espris Premier que moi de sa vive étincelle.

Son nom connu par ta vene immortelle, Qui les vieus passe, & les nouveaus espris, Apres mille ans seroit en plus grand pris, Et la rendroit le tans toujours plus belle.

Peusse-je aumoins mettre en toi de ma flame, Ou toi en moi de ton entendement,

Tant qu’il souffist à louer telle dame.

Car estants tels nous faillons grandement, Toi, de pouvoir un autre suject prendre, Moi, d’oser tant sans forces entreprendre ?.

1. Ce sonnet de Mellin de Saint-Gelais disparut des Œuvres de Ronsard dès 1560, non pas par mépris pour la mémoire de Saint-Gelais, mort en 1558, mais simplement parce qu'il n'avait plus aucun à-propos. V. ci-après l’ode À Melin de Saint-Gelais, note du vers 153.

2. Comme l’atteste un recueil manuscrit de la Bibl. Nat. (Ms.fr. 842), ce sonnet fut écritprimitivement pour CI. Marot. On y trouve une seule variante : au sixième vers on lit « meilleurs » au lieu de « nouveaus ». Blanchemain, qui avait d’abord pensé que «la réconciliation ne fut pas bien sincère », en se fondant sur ce fait illusoire que « dans les Œuvres de Saint-Gelais ce même sonnet ne s'adresse plus à Ronsard, mais à CI. Marot » (Œuvres de Ronsard, tome VIII, p. 24), a corrigé ainsi son erreur en 1873 dans son édition des Œuvres de Saint-Gelais, t. I, p- 263 : « Adressé primitivement à CI. Marot, ce sonnet ne fut que prêté par Saint-Gelais à son jeune rival. Quant à savoir quelle est celle en qui tout l’heur des astres est compris, ce n’est certes point Cassandre, comme le dit Ménage en son commentaire sur Malherbe (1666, p. 553). M. Phelippes-Beaulieux pense avec raison qu'il s’agit d’une grande dame, probablement Marguerite de Navarre, sœur de François [*, Je partage cet avis en tant que le sonnet s’adresse à Marot ; mais en le transportant à Ronsard, Saint-Gelais a du même coup transporté les éloges de la tante à la nièce, à Marguerite de France, sœur de Henri II, la protectrice de Ronsard dans sa querelle avec Saint-Gelais. Et cela est d'autant

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