‹ Œuvres completes. avec introduction et commentaire (volume 2)Chapitre 83 sur 203 · JAN ANTOINE DE BAIF · texte numérisé non relu

JAN ANTOINE DE BAIF

Quand deus unis suivent une entreprise, Moindre est l’ennui, le courage plus grand :

Et toujours mieus le proffit aparant D'un fait empris, l’un devant l’autre avise.

Mais quand un seul (sans qu’un autre autorise De son conseil l’œuvre qu’il entreprend) Prend un avis, l’œuvre & la fin qu’il prend A chef par lui bien plus tard se voit mise.

Ceci disoit, celle nuit qu’epiant Le camp vainqueur du Troien endormi Tydide Grec s’acompagna d'Ulysse :.

Ainsi, Ronsard, de Muret t’alliant,

Fausse le camp 5 du vulgaire ennemi, Quoiïqu’une nuit ton chemin obscurcisse 4.

plus vraisemblable que le différend eut lieu en 1550, un an après la mort de la première Marguerite ». Blanchemain me semble avoir vu juste, et je ne puis penser qu’il s'agisse de Cassandre, malgré l'opinion de Ménage, empruntée à G. Colletet et reprise par Marty-Laveaux dans sa Noficesur Ronsard et par H. Longnon dans son Pierre de Ronsard. Pourtant il me reste un doute : le sonnet de Ronsard Pour celebrer des astres devestuz contenait en 1552, au 12° vers, le nom de « Desautelz » ; or ce nom fut remplacé en 1553 par celui de « Saingelais » (v. le tome IV, p.74 et 75), et, si l'on rapproche ce sonnet de Ronsard du sonnet liminairede Saint-Gelais, celui-ci semble répondre à celui-là, modifié comme il l'est dans la 2° édition. En tout cas, on doit y voir aussi une réponse à l’ode de réconciliation qu'on trouvera ci-après. Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, p. 137, et Molinier, thèse de Toulouse, 1910, p. 272:

1. C’est le 3° sonnet écrit par Baïf à l’occasion des publications de son ami; voir les deux autres aux tomes II, p. 212, et IV, p. 180. — Il disparut comme eux des Œuvres de Ronsard dës 1560.

2. Tydide, c’est le nom patronymique de Diomède, fils de Tydée, dont l’entreprise nocturne contre les Troyens, de concert avec Ulysse, fait le sujet du chant X de l'Jliade. C'est aux vers 224-226 que Diomède prononce les paroles alléguées par Baïf.

3. C.-à-d. : traversele camp. V. ci-après la Harangue de Mor le duc de Guise, vers 226.

4. Allusion à la querelle littéraire de Ronsard et des survivants de l’école Marotique ; peut-être aussi Baïf désigne-t-il par la « nuit », dans le dernier vers, l'obscurité dont parfois Ronsard enveloppe sa pensée (cf: la préface des Commentaires de Muret, ci-dessus, Introduction, p. xxXIv):

ESTIENE JODELLE :.

Sur le patron de tous les dieus ensemble Nature avoit ton esprit façoné, Et d’un tel cors l’avoit environé, Que rien en toi de mortel ne nous semble.

De chacun d’eus les puissances elle emble, Qu'’à toi, son seul miracle, elle a doné, Tant que le ciel restant tout etoné Contre ces dons jalousement s’assemble.

Qui contre toi va l’envie enflamant, Qui contre toi va l’Ignorance armant,

Mais de ces deus ont peu valu les forces :

L’Amour en fin s’oposant à ton cueur Pour tous les dieus s’étoit rendu vainqueur,

Quant l'Amour mesme en tes amours tu forces?.

: 1. La première mention de Jodelle parmi les membres de la Brigade ne remonte pas au delà de février 1553, n. st. (au Livret de folastries, dans les Dithyrambes, ci-dessus, p. 53, 62 et 76). — Ce sonnet disparut des Œuvres de Ronsard dès 1560.

2. Ce sonnet et le précédent étaient imprimés au feuillet vrrx de l’édition princeps. Comme ce feuillet manque à l’exemplaire du deuxième tirage que possède la Bibl. Nat., je les ai reproduits d’après celui du premier tirage (v. ci-dessus l’Introduction, p. xxvIn et suiv.).

102 LES AMOURS y”

Divin troupeau, qui sur les rives moles Du fleuve Eurote, ou sur le mont natal, , Ou sur le bord du chevalin crystal, 4 Assis, tenés vos plus saintes écoles :

Si quelque fois aus saus de vos caroles M'avés receu par un astre fatal, Plus dur qu’en fer, qu'en cuivre ou qu’en metal, 8 Dans vôtre temple engravés ces paroles :

RONSARD, AFIN QUE LE SIECLE A VENIR DE PERE EN FILS SE PUISSE SOUVENIR 11 D’UNE BEAUTÉ, QUI SAGEMENT AFFOLE, DE LA MAIN DESTRE APAND A NOSTRE AUTEL L’HUMBLE DISCOURS DE SON LIVRE IMMORTEL, 14 SON CŒUR DE L'AUTRE AUS PIÉS DE CETTE IDOLE.

1. Vu son caractère de prologue-dédicace, exceptionnellement j'ai. reproduit ici en entier ce « vœu » de Ronsard, déjà recueilli, en son texte princeps et avec ses variantes, au tome IV, p. 4. |

SONETS

Tes Qui voudra voir comme un Dieu me surmonte (Voir tome IV, p.s) | Nature ornant la dame qui devoit | (Hd, p. 6)

| Dans le serain de sa jumelle flame (Id., p. 7) Je ne suis point, ma guerriere Cassandre

1 Titre. 57 ajoute : Commentées par Marc Antoine de Muret. Cette mention se retrouve dans loutes les anciennes éditions collectivesren tête du Premier livre des Amours.

1. Les 38 premiers sonnets avaient déjà paru en 1$52. Je n’en donne donc ici que l'incipit. On trouvera leur texte princeps et leurs L variantes au tome IV de la présente édition.

Hé qu’à bon droit les Charites d’'Homere (Voir tome IV, p. 18)

Je veus darder par l’univers ma peine (Id., p. 19) Par un destin dedans mon cœur demeure (Id., p. 20) Un chaste feu qui les cœurs illumine (id., p. 21) Avant le tans tes temples fleuriront (Id., p. 22) Je voudroi bien richement jaunissant (Id., p. 23) Qu’Amour mon cœur, qu'Amour mon ame sonde (Id., p. 24) Cent & cent fois penser un penser mesme (Id., p. 25) Ce beau coral, ce marbre qui soupire

Tes yeus divins me promettent le don (Id., p. 27)

Ces deus yeus bruns, deus flambeaus de ma vie (Voir tome IV, p. 28)

Plus tôt le bal de tant d’astres divers (Id., p. 29) Bien mile fois & mile j'ai tenté (d., p- 30) Injuste Amour, fusil de toute rage (Id., p. 31) Si mile œillets, si mile lis j’embrasse (d., p. 32) Ange divin qui mes plaïes embâme” (Id, p 33) Aelés Démons qui tenés de la terre (d:, pe 34) XXXII [ Quand au premier la Dame que j'adore (ds pe 35)

D'un abusé je ne seroi la fable

Las, je me plains de mile & mile & mile | Us p.37

Puisse avenir, qu’une fois je me vange (Voir tome IV, p. 38) Pour la douleur qu'Amour veut que je sente (Id., p. 39)

\ Les petis cors, culbutans de travers (Id., p. 40) la XXXVIIT Dous fut le trait, qu'Amour hors de sa trousse

(Id., p. 41)

Pleut il à Dieu n'avoir jamais tâté Si follement le tetin de m’amie!

ü Sans lui vraiment l’autre plus grande envie,

4 Helas ! ne m’eut, ne n'eut jamais tanté.

Comme un poisson, pour s’estre trop hâté, Par un apät, suit la fin de sa vie t, [p. 46] Ainsi je vois 2 où la mort me convie,

XXXIX. — Éprrions : Les Amours 1553, 1557 (Rouen). — Œuvres, Amours, 1‘ livre, de 1560 à 1572 ; Amours diverses en 1578 et 1584. — Supprimé en 1587.

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