AUX NOTES DU CHANT VIL
les hauts faits d'armes , pour particulariser toutes les actions d'éclat, il fautait composer des volumes. Parmi les étrangers y le. prince de Ligne se distingua de manière à mériter l'estime générale. De yraîs chevaliers français, attirés par' l'amour de la gloire,, se montrèrent dignes .d^elle. Les. plus, marquans étaient le jeune duc de Richelieu ^ les comtes deliangeron et de Damas. (^Ibid, )
si&opHji 35,
L'amiral de Ribas déclara en plein conseil que cé^ n'était qu'en donnant l'assaut qu'on obtiendrait la place. Cet avis parut hardi ; on lui opposa mille raisons auxquelles il répondit par de meilleures. (Ibid.\
sTROPBBa. 36». $7 Bi 38; n ne s'agissait que de déterminer le prince Potemkin ; Ribas y réussit. Tandis qu'il se démenait pour l'exécution du projet agréé , on construisait de nouvelles batteries. On comptait, le 12 décembre, quatre-vingts pièces dé canon sur le bord du Danube, et cette journée se ps^sa en vives canon-/ nades. (Ww/.)
ft9fti>pa£ 39.
Le i3, une partie des troupes était embarquée; on allait lever le siège. Un courrier arrive; il est témoin des cris de, joie du Turc , qui se croyait à la fin de ses maux. Ce courrier annonce , de la part du prince , que le maréchal Suwarow va prendre le commandement des forces réunies sous IsmsiÛ. {Ibld,)
8TR0PHB 4o« La^ lettre du prince Potemkin à Suwarow est très-courte ; la voici dans, toute sa teneur : « Vous prendrez Ismaïl à quel » prix que ce soit. » ( Ibid. )
438 , SUPPLÉMENt
»T1lOPBS8 43> 'T 44*
lie i6^ on voit vaiîr de loin dôiix homides coturânt à loicrte brider on les^ prit {K)tir ded Gosaqnes^; Tun était StiwardfW et l'autre son gvidè, pcnrtânt un paipiet gros ccMùme le poing et renferinant le bagftgé du générâfld. {lèid. )
STAOPBB 4^.
Les succès multipliés de SuwàroW) sa bravoure , etc. , produisirent un endiousiasme général. ( tbid, }
STftOPBB 47*
Les choses prennent , le même jotir , tttte autre tournure f le camp se rapproche et s'établit à une portée de canon de la place ; on prépare des fascines , on construit des échelles , on établit des batteries nouvelles. (/^£i.)
L'ame de Suwaniir s'est commtHiiquée à l'armée; il n'est pas jusqu'au dernier^DUJat qui ne désiré d'obtenir riiôniieur de monter à l'assaut. {Ibid,)
8TBOPHB 5o.
La première attaque était composée de trois colonnes commandées par les lieulenans-généraux Paul Potemkin , Serge Lwow ; les généraux-majors Maurice Lascy , Théodore Mek— nop. Trois autres colonnes, destinées à la seconde attaque , avaient pour chefs le comte de Samoïlow , les généraux Elie de Bezborodko , Michel Kutusow ; les brigadiers Orlow , Platow, Ribeaupière. La troisième attaque, par eau,- n'avait que deux colonnes sous les ordres desr généraux-mojors Ribas et Arseniew, des brigadiers Markoff et Tchepega. (Histoire de la Nouvelle Russie, )
AUX NOTES pu CHANT VIL 439
8T&0PBBS 5i , 5a BT 53.
On constnxisU de oquVçUei battieiies Iç 1% On tint un conseil de guerre ; ôti j «caipma les plan9 pour l'assaut de M. de Ribas : Os réunirent tous les suffrages. Le 19 et le 20^ Suwarow exerça les soldats ; il leur montra comment il fallait s'y prendre pour escalader; il enseigna aux recrues la manière de donner le coup de baïonnette. Pour cet exercice d'un nouveau genre, il se servit de fascines disposées de matiièreà représenter un Twrc* ( Ihid^ }
Cl)ant J^uitUnu.
1. Ok! sang et tonnerre! Blesaures et sang ' ! Voilà des jurons bien vulgaires et des mots bien grossiej^, allez-vous penser , aimable lecteur? Rien n'est plus vrai. Mais ils servent à interpréter le rêve de la gloire ; et comme ma candide muse se propose d'offrir un tableau de ces objets , comme ils vont devenir son thème , il est juste de leur faire une invocation. Adressez-la à Mars , à Bellone, à ce que vous voudrez, — cela signifiera toujours la guerre.
2. Tout était préparé, — le feu, Tépée et les hommes qui allaient en foire un usage terrible. Comme un lion sortant de sa tanniëre , Farmée , les nerfs et les muscles tendus, s'avançait pour le carnage, — et , véritable hydre humaine , allait soufSer partout sur ses pas la destruction. Ses têtes étaient autant de héros qui , à peine tombés , étaient remplacés par d'autres.
3. L'histoire est obligée de prendre les choses en gros,^ mais peut-être , si nous pouvions les considérer en détail et faire la balance des pertes et des gains, découvririons-nous que la guerre n'est pas
> Jurons fort à la mode dans les faTemes anglaises. ^
digne de tous les sacrifices d'or qu^ûn lui fait , pour n'en obtenir que de misérables conquêtes. Il y a plus de saine gloire à séchçr une seule larme qu'à répandre des mers de sang.
4. Et la raison ? c'est que cette gloire produit une satisfaction intérieure , tandis que Tautre , à force de pompes^ d'acclamations , de ponts et arcs de triomphe , de pensions ( fournies par une nation à qui souvent il ne reste plus rien ) , d'honneurs ou de hautes dignités, peut bien exciter Tenvie ou l'admiration des êtres corrompus; mais elle n'est > après tout» quand on ne l'ai^pas obtenue en combattant pour la liberté, que la crécelle* d'un en&nt de meurtre.
5. Telle est la gloire militaire , — et telle la jugera-t-on un jour. Il n'en est pas ainsi deLéonidas et de Washington , dont tous les champs de bataille sont devenus autant de terres sacrées, et qui n^ont pas désolé des mondes , mais assuré Vexistence des nations. Oh f que l'écho de ces noms semble doux à l'oreille ! et tandis que ceux des guerriers vulgaires surprennent ou étourdissent les hommes.vains etser^ viles, lés leurs serviront seuls de mots d^ordre, jusqu'à ce que l'avenir ait reconquis la liberté.
6. La nuit était obscure ; un épais brouillard ne permettait de distinguer que la flamme de l'artillerie partageant l'horizon en arcades de vapeurs embrasées^ et reproduisant dans les eaux du Danube, comme dans un miroir , son image infernale. L'o-
44a DON JUAN.
reille était ëpoulrantëe par le ronflement oontiou de& ▼olées et par le kmg fracas de chaque d&opatbn^ bien antrement que par le brait du tonnerre. En ef^ fet , les foudres du ciel nous épargnent, 4xa du moifta nous frappent rarement ; -^ celles de Thomme réduisent en cendres des millîoQS d'hommes !
7. La colonne destinée à tenter ^a8^aut avait à peine ilevancé de qilelques toises les batteries russes^ que les musulmans s'éveillèrent en smrsaut et répon* dirent , sur le même ton , à la foudre des çhrétiena. Alors, un immense incendie couvrit les airs, la terre et Ueau; on ràt cm, en voyant les élémens ainsi ébranlés, qu'ils se livraient un sublime combat, et cependant les remparts d'Ismaîl flambaient comme rEjtna, quand il prend fantaisie à Tinquiet Titan d'éternuer.
8. Et dans le même instant retentit comme le fra^* oas des machines les plus homicides *— - l'énorme cari de AUàhl portant défi à Tennemi ; fleuve , ville et ri va^ répétèrent Allah ! et les nuages qui couvraient les combattans d'un dais épais vibrèrent eux-mêmes au nom de l'Éternel. Entendez-vous, au'-dessus de tous les sons, percer AUah lAUah 1 Bu ' !
9 . Les colonnes s'ébranlaient toutes en même tems ; mais déjà commençaient à tomber ceux qui, plus
■ AUak! %/ c^est propreBient le cri de guerre det nuuabjiaiis ; ils appuient loog4«ms pur la dernière syllabe , ce qui prodoit an effet étrange et terrible.
{JVote de Lord BftWi,}
CHANT HtflTIÈME. 445
nombreux que les feuilles , conduisaient Tattaque du côté de l'eati* Ils étaient conduits par Arseniet^ , meurtrier fameux ^ aussi brave que jamais guerrier à répreuvé de la bombe et du canon. iSe carnage (ainsi que Wordsworth nous l'apprend ) est la fille de Dieu'. S'il dit vrai, elle est la sœur de Christ, et oe jour4k on peut dire qu'elle se comporta comme en terre sainte.
10. Le prince de Ligne fot blessé au genou ^ le comte Chapeaù-Bràs aussi reçut une balle entre le chapeau et la tête , et la preuve que cette tête était aussi aristocratique que possible , c'est qu'elle demeura auçsi intacte que le chapeau. Dans^le foit , les balles ne peuvent vouloir aucun mal à une cervelle parfaitement légitime. Cendres contre cendres, diton 5 pourquoi pas : plomb contre ploriib ?
1 i . Et comme le général de brigade Marcow in«sistait pour qu'on séparât le prince de ces milliers de
1 » Mate tùk * pltu terrible inttnuiiietit , dans rex^oatioii de tes rats »
H est rhonùiie armé poiuc un meurtre mutuel; -— ouï,' le carnage ^est
» ta fille. »
WoRDSwoRtu , Odè d'aetion de grdoôt»
* Cest-à-dire celui de la DU>imté, Voili , pour le meurtre , une-génëaiogie préférable à toutes celles que l'on doit k notre premier héraut-d'armes. Qu'eûton dit si quelque indépendant lui avait donné une pareille famille ?
{Note de Lord Byron,)
M. A. P., seandalisë de Ces derniers mots, ajoute : ce LordByvoi» » affecte dHgnorer ici jusqu^oii remonte Torighie poétique de la gueim. » Je serais plutôt dispose è croire que M« ▲. P. cffeeie ici de coam^tie cette origme poéûque j lacpielle conaaissanee , «iprès tout, n'a pas ua rapport bien évident avec la réflexion sensée de Lord Byron.
plaintifs moriboJDids ■, ^- gens de naissance vulgaire , qui pouvaient fort bien hurler , se tramer et demander un peu d'eau à des oreilles sourdes ; — ^.le général Marco# , dis^je , en prouvant ainsi son extrême sympathie pour les hommes, de rang , eut lui-même la jambe emportée.
12. Trois cents canons jetaient leur émétique, et trente mille mousquets lançaient une grêle de pilules, afin d'obtenir U|i bon écoulement sanguin. O mortalité! tu as bien tes relevés mensuels de décès, tes pestes , tes famines , tes médecins , qui sans cesse , comme les griHots ' , bourdonnent à nos oreiUes les maux- passés , présens et futurs ; — mais rien de cela n'est encore comparable à l'image exacte d'un champ de bataille.
13. Là se succèdent sans cesse de nouvelles angoisses, jusqu'à ce que là multiplicit^^des agonies endurcisse le cœur de quiconque vient à les contempler. — Hurler , se traîner dans la poussière , rouler dans leur orbite, des yeux entièrement blancs , telle est la récompense de plusieurs milliers d'hommes de toutes les rangées et de toutes les files. Quant aux autres, il se peut faire qu'ils obtiennent le
' MortatUy , en anglais , se dit pour V ensemble des mortels et pour Tnaladie contagieuse : c'est ce qu^il ne Êiut pas oublier en lisant ce passage. — Les griUots sont appelés' en anglais deathwatck (annonce^ mort) , parce <pie le peuple regarde leur cri comme an présage de mort. Dans nos provinces , un oiseau est chargé de la même mission; c'est , je croîs , la chouette , que pour cette raison on surnomme oiseau de la mort.
droit de porter, dans la suite, un ruban sur leur poitrine,
1 4. Cependant , j'aime la gloire : — la gloire est une grande chose ^ — songez à l'avantage d'être , dans sa vieillesse , entretenu aux frais de ^otre bon roi 5 une légère pension ébranle la philosophie de plus d'un sage , et , de plus, les héros sont seuls destinés à fournir aux poètes des inspirations, ce qui vaut encore mieux. Ainsi donc , l'espérance de Voir la poésie redire éternellement vos campagnes, et celle «d'obtenir une demi-solde viagère , font que le
^^enre humain vaut bien la peine d'être détruit.
15. Les troupes déjà débarquées s'avancèrent pour prendre une batterie sur la droite , et les autres, qui avaient pris terre plus bas un instant après eux , firent aussitôt leurs efforts pour lutter d'activité avec leurs camarades ; ils étaient grenadiers. Ils grimpé- ^ rent un à up (et aussi gaiement que les enSains sur le sein de leur mère ) sur les palissades et les retranchemens , conservant toujours autant d'ordre dans leurs rangs qu'au moment d'une parade.
1 6. Et rien de plus admirable ^ car le feu était si vif, que si le rouge Vésuve eût avec ses laves renfermé toutes sortes de machines, de fers ou d'enfers, il n'aurait pu cependant déployer plus de furie. Un tiers des officiers fut terrassé ; cet incident n'était pas un présage de victoire pour ceux qui combattaient en avant. Quand les chasseurs sont renversés, les chiens sont bientôt en défaut.
1 7 • Mais ici je laieserai le mouvem^iit général pour m'attacher aux pas glorieux de notre héros. Il dok cueillir des lauriers séparés ^ et, pour ce qui est de metttionner par leurs noms cinquante ipilie béros , tons également dignes , il est vrai , d'inspirer un couplet ou de réclamer une élégie , ee détail formerait un assommant lexicon de gloine , et^ ce qu'il y a de pis ^ une histoire beaucoup trop longue.
18, Nous en abandonnerons donc le plus grand nombre à la gazette , -^ qui sans doute en a bien agi avec ceux qui reposent d'un glorieux sommeil dans les fossés , les champs ^ partout enfin où leurs âmes ont , pour la dernière fois , senti le poids de leur enveloppe matérielle. — * Trois fois hem;eu:i^ celui dont le nom a été correctement éç^it dans la dépêche. le sais up homme dont on a rappelé la mort sous le nom de Grove , et qui réellement s^appelait Grose ' .
i 9 . Juan et Johwon joignirent un certain corps eC combattirent de ioules leujrs liorces » sans savoir quel était Tendroît ou ils se trouvaient pour la première fois , ignorant encore mieux le point vers leqjuel ib se dirigeaienit. Cependant, tout en manobant, ils foulaient aux pieds des cadavres ] ils faisaient feu, tétouf-
* C'est un fait : voyez les gazettes de Waterloo. Je me sonviens de Ta^noir fait remarquer, dans le tems, à un de mes ainis: — «. Voilà la » ^oire , lui dis-je : un homme est tué y sopi nom est Grose , on Pimprime » GroTe. » J^avais ëte' au coUëge avec le défunt ; c'était un homme spirituel et fort aimable , dont on recherchait la société à causç de sa finesse , de son enjouetnent et de ses chansons à boire,
( JVote de Lord Byron, )
feient et donnaient asoez de preuves de valeor poiur méritet* k eux deux »eul8 le» frak d'ua entier buU
20» Côfttaîiisi qu iU ae vautraient dans cette fangse Bangttifmtre de milliers d'hommes morts ou mourans : -^ taniât gagnasut qûelqui^ pi<eds de terrain plus rap^ proches d'uû idrîl angle que toute TariDée «'efforçait d'étnpok'ter ; lantôt reoulatnt devant le feu aon în-^ terrompu qyi tombait sur eux comme si tout l'enfer., an lieu du ciel , se lut ëcoulé en pluie : à chaque in- «tant ils trébuchaient sur un compagnon blessé , qui «e débattait au milieu de son sang.
21 . C'était pour Don Juan le premier des com^bats , et bien que le tableau nocturne et la marche silencteusedes troupes dans la froide obscurité, alors que le oœnr ne s'enflamme pas comme sous les vouf ee d'un arc triomphal , fussent bien csqiafales de le iaàre frémir , pâlir , ou contempler , en soupirant «tprës le joiir , ies lourds nuages épasîssis comme un empois sur l'immensité des^oieux^ cependant âl eut le courage de ne pas prendre la fuite*
22. Il est vrai qu'il ne le pouvait pas^ mais quand il l'eût fait ? On a vu et l'on voit encore des héros qui n'ont guère commencé mieux , ou moins mal. Fré(léiûc-le-<j:rand. da^na «e sauver de .Molwitz pour la première et la dernière fois ' . La plupart des mor-
I En 1 74i • La bataille de Molwitz fut cependant gagnée par leâ Prossiens, mais Frédërîc ne fut pas tëmoin de sa TÎctoire; il s'était (Hoigné dès les premiers conps de canon.
448 DON JUàN.
tels sont comme uii cheval , un faucon ou -bien une jeune mariée ; après une affiiire chaude , ils s'habituent à leur nouvel état et combattent ensuite comme des diables pour leur solde ou pour les politiques.
23. Juan était ce qvLErin appelle, dans son vieil et sublime idiome Erse , Irlandais ou peut-être Punique ' ( car les antiquaires , en fixant le niveau du tems luiHQiéme qui nivelle toutes choses , les Romaines, les Runiques et les Grecques , jurent que le langage de Pat ^ sent le climat d'Ânnibal et conserve encore la tunique tyrîenne de Falphabet de Didon : or cette supposition en vaut bien une autre, mais elle n'a rien de national ^ ) ,
24. Juan 5 dis-je , était un consommé de jeunesse ^ une créature incapable de résister à ses premières impulsions , un enfant de poésie. Aujourd'hui il nageait dans le sentiment ou (si vous l'aimez mieux) la sensation de la volupté , et demain , s'il s'agissait de détruire , on le voyait occuper ses loisirs avec la même activité, dans la bonne compagnie de ceux qui ne se livrent qu'à des batailles , des sièges et autres semblables parties de plaisir.
• * Erin est le nom que les Irlandais donnent à leur île. On connaît les nombreuses hypothèses des Irlandais pour expliquer Torigine de leur langue : ils la font remonter au;^ Grecs, aux Carthaginois, aux Celtes, etc. Us ont même été jusqu^à prétendre que le latin n'était qu^nne corruption du TÎeU irlandais.
^ Diminutif de Patrick , surnom des Irlandais.
^ Voyez le major Vallencey et sir Lawrens Parson^.
{JVbte de Lord Byron. )
25. Mais il n'y mettait jamais de malice^ Qu'il com* .bat4t ou qa'il. aimât, c'était dans ce (jué nous appe^. l<àùs:les meilleures intentions y espèce de carte que se propose bien de retourner tout le genre humain, quand il s'agira pour lui de rendre ses derniers comptes. Ainsi nous entendons l'homme d'état, le héros, la prostituée et l'homme de robe , quand le peuple s'inquiète de leurs projets, opposera toutes les attaques leurs intentions pures ; quel malheur que l'enfer soit pavé, da ces intentions M
26. Il m'est venu dernièrement en pensée que le pavé de l'enfer-— ( si toutefois il est ainsi fdît).— devait être aujourd'hui bien usé> non parce qu'un grand nombre des porteurs de bonnes intentioris aurait été sauvé ; mais plutôt par la multitude de ceux qui, l'ayant traversé sans pouvoir en alléguer de semblables, ont balayé et emporté Iç ciment sulfurique de cette rue de l'enfer., dont nous retrouvons parfaitement l'image dans Pall-Mall *.
27*; Juan, par l'un de ces étranges hasards qui souvent séparent, dans leur hideuse carrière, le guerrier du guerrier, et comme les plus chastes épouses, quand, à là fin de la première année conjugale, elles quittent les plus constans maris du monde, Juan,
' Les Portugais disent en. proverbe ": L'enfer est pavé de bonnet
intentions,
{JYote de Lord Bjrron, )
^ La plus grande et la mieux éclairée^ des rues de Londres ; ce&e .dont les larges pav^ sont le plus continuellement fatigues.
450 DÔW JUAN.
'dÎ8-f e , par Tun dé ces bizarres tours de la fortune , ft'ëtaittrop imprudemment avancé^ et après ayoïrv pendant un certain tems^ chargé et déchargé son fusil y il s'aperçut qu'il était seul et que ses compagnons avaient disparu. ; ^
28. Je ne saise|àmment était arrivée la chose. — Peut-être le plus grand nombre avait-il été tué ou blessé^ tahdis que les autres avaient rétrogradé à droite. César luî-mémé fut jadis confondu par un pareil mouvement^ quand , à ki vue de toute son armée^ pourtant si intrépide , il ramassa uu bouclier et ânit par ramener au combat ses fiers Romains.-
29. Juan > n'ayant pas de bouclier à ramasser et d ailleurs n'étant pas un César ^ mais un beau jeune homme qui se battait sans savoir pour qui , eut à peine remarqué son isolement qu'il s'arrêta une mî*nute , et peut-être aurait-il du s'artfêter plus longtems. Ensuite , tel qu'un âne ( ici no voua scandalisez pas, benoît lecteur, puisque le grand Homère lui-même n'a pas jugé cette similitude indigne d'Ajax , Juan la pr^érera peut-4tre à quelque autre plus nouvelle),
30. Ensuite, comme un âue^ il poursuivit son chemin y et, ce qu'il y a de singulier, $ans regarder derrière lui. Mais, voyant flamber, tel que le jour sur les montagnes, un feu assez éclatant pour aveugler ceux qui tremblent à la vue d'un combat , il s'égara en. cherchant un sentier qui lui permît de . réunir son bras et ses efforts à ceux du corps d'armée
...1 I .■■■■■I T I mil I II II I .1 I I II I r , ^. I, ,
dont la majeure /partie n'était déjà plus que cadavres.
3^ . Mais it ne retrouvait toujours pas le commandant de son corps , ni le corps lui-inéme qui avait absolument dispalni, -^- les dieux savent comment I (Je 'ne puis expliquer clairement tout ce qui semble louche dans mon histoire^ il me suffit de persuader qu'il n'est, pas incroyable qu'un jeune garçon avjde de gloire si^obstine à marcher en avant, et fasse de sa vie aussi peu de cas que d'une prise de tabac. )
32. N'afpercevant ni commandant ni conimandés^ et laissé, comme uif jeune héritier, libre d^aller-* il ne savait où y •<- sans lisières^^ de même que les voyageurs suivent à travers marais et fougères un ignisfatuus \ ou que les naufragés se réfugient sous la première hutte qui se présente à leurs regards ^ Juan, suivant les inspirations de l'honneur et de son nez, se précipita vers l'endroit où le plus violent feu annonçait des ennemis plus nombreux.
33. Il né savais où il allait , et s'en souciait fort peu ^ il était éperdu , exaspéré -, la foudre coulait , pour ainsi dire^ dans ses veines , — en un mot, son esprit était à la hauteur du moment y comme pela arrive aux têtes ardentes. Il courut où Ton voyait et entendait le feu lé plus vif, où les plus énormes canons formaient les plus longues détonnations , tandis que la terre et les airs étaient également
» Feu folkl.
452 DOZ«r JUAN.
ébranlés, à frète Bacon , par ta décourerte philanthropique \
34. Tout en s'aTançant , il viùt à «e retrouver au milieu de ce qui avait été la seconde colonne, com«mandée par le général Lascy, et maintenant réduite, comme un lourd volume (mais avec moins d'exten*sion), en un extrait agréable de héros. Il prit gra- . vement sa place parmi les survivans qui tenaient encore leurs yeux hardis et leurs armes redoutables braqués contre le glacis.
, 35. Justement à ce moment de crise. parut Johnson, qui avait fait retraite^ cbîmne on le dit de ceux qui font en annère quelques pas au lieu de s'élancer par la gueule de la mort dans le fond des diaboliques cavernes. Johnson était, d'ailleurs, un garçon plein d expérience; il savait quand, et comment il était à propos de fuir et d'avancer, et jamais il ne s'éloignait que pour revenir à la charge avec plus d'a-^ vantage.
. 36» Ainsi, quand il vit morts, ou près de rétre> tous les hommes de son peloton, tous, excepté Don Juan, — franc novice, dont la valeur vierge encore ne pouvait pas se démentir, attendu son ignorance du danger, (cette vertu, semblable à la tranquille in-» nocence, inspire toujours une fermeté calme et in-*trépide) , — Johnson recula un peu , afin de mieux
' C'est ^ ce moine cpi^on attrîlme la déconyerte de la poadre k canon.
{JYote de Lord Byron.)
CHANT HUITtËME. 453
rallier ceux dont le courage pouvait se refroidir au milieu de& ombres de Cette, valîée de mort ".
37. Là^ un peu à Fabri des balles qui pieu vaient des bastions^ batteries^ parapets, remparts^ murailles , fenêtres y ipaisons ;' — car^ dans cette vaste ville ^ pressée pai; une chrétienne soldatesquô; il n était pas un pouce de terrain sur lequel on ne combattit- commç le diable, — Johnson rencontra, un certain nombre de .chasseurs, épuisés complèteçnent par des obstacles qu!ils avaient rencontrés dans leur battue.
38; Il les appela., et, ce quUl y: a de singulier, ils airivè^rent à son appel ; bien différent en cela des esprits du vaste abîme, a que vous pourriez, dit » Hotspur, invoquer long-tems avant de les obliger » à quitter leur séjour ^. « Leur motif était l'incertitude dans laqujsUe ils se trouvaient , ou la honte de reculer devant les boulets ou les bombes. lis obéis* saient encore à cette impulsion singulière , qu'en fait de guerre ou de religion tous les hommes. reçoivent, comme ui) troupeau- de moutons, dé celui qur se trouve à la tête.
39. Par Jupiter ! c'était un bon compagnon que Johnson, et bien que son nom ne soit pas aussi harmonieux que celui d'Ajax ou d'Achille, cependant nous ne sommes pas près de revoir, sous le soleil,^
* Ces derniers motf sont une citation de Shakspeare. '.. Shak^are , Henri IV y première partie.
un homme qui lui soit comparable. Il, pouvait rester^ en expédiant son homme, inébranlable comme la conètanté mousson ' quand elle sôiifftç dans la même direction pendant plusieurs mois de suite. Il était bien rare qu'il changeât de traits, de couleur ou de monvemens, ou qu'il fît le moindre embarras en terminant les affiûrès les plus critiques.
40« Ainsi, il ne s'était éloigné que par réflexion. Il savait qu'il allait trouver d'autres guerriers sur ses pas, disposés à repousser ces mi^rables appréhensions qui, comme le vent, troublent les estomacs les plus héroïques. Leâhiçros, il est vrai > ferment souvent trop tdt leurs paupières; mais totis cependant ne sont pas aveugles, et quand ils considèrent la mort sans intermédiaire, ils se retirent ûu peu , uniquement pour reprendre haleine.
41 . Pour Johnson , il ne se retira , comme nous l'avons dit, que pour revenir avec lin plus grand nombre de guerriers sur ces nVe5 tant soit peu brumeuses dont Hamlet i\ous dit que le passage est si terrible ^.. Mais ce mot ne fit sur notre ami qu'une impression fort légère *, il agit (tel que le galvanisme sur les cadavres) sur ses compagnons encore vivans
> The monsoon; tout le monde connaît les Tents moussons penodi- 4|ue8 qui, sur les mecs de Tlndostan et de l'Asie , se partagent Tannée. Voici comment H. A. P. a rendu ce passage : « H tuait son homme aussi n tranqiiillement que le missoiuif qnand il souffle des mois entiers. » Puis en note il dit : Le nUssoun , vent de ^Arabie déserte. .
* Les rives de la mort , allusion au monologue SHawlet , acte m , scène !'«. « Mais la seule crainte de quelque chose après la mort — - cette
coiDiHe sur un fil, et ils coururent à sa suite au milieu du feu le plus violent;. , , - ' 42). Hélas! ilà trouvèrent une seconde fois ce qui y la jpretnière^leUi: avait paru assez effrayant pour les décider à la fuite, malgré ce que le vulgaire nomme la gloire et toutes ceft chimères d'immortalité qui $timuleQt un régiment (sapîâ compter la ^olde quotidienne d un schelllûgi qui fait bouillonner leur sang). Ils obtinrent donc , à leur retour, le même bon accueil^ que les an& et les autres regardèrent comme un accui^il infernal \ . .
43 « Us tombèrent aussi .nombreux que les mois* sons sous la grêle, les. prés sous la faux et les blés sous la faucille^ se chargeant ainsi de justiBer cette vieille et triviale vérité ^ que la vie de l'homme a la frag^ilité de tous les plaisirs qui le captivient. Les batteries turques les. criblaient comme un fléaq, ou bien un bon boxeur, et les plus braves d'ent]re eux , réduits en <^apilotade , tombaient sur leur tête avant d'avoir pu lâcher un coup de fusjl.
' 44; Placés derrière les traverses ^ et les flancs
h contrée nondiîcoiiverte, des rÎTes de laquelle nul vc^ageur ne reyjent , » arrête la Tolonté. » . .
(c Sans Teffiroi qa'il inspire et la terreur sacrée
» Qui défend son passage et siégé à son entrée, etc. »
(D11CI8.) ' n y a ici un jeu de mots fe'rt plaisant sur weircomej bon accueil, et Tiallcome , infernal accueil, ^é Ton prononce à peu près de même en anglais.
^ Reiraàchemens formés entre deux ouvrages de fortifications.
456 DQN JUAN.
des bastions^ les Turcs faisaient un feu d'ienfer et balayaient des rangs entiers comme des flots d'é-. cume frappés par le vent. Cependant (Dieu sait comment!) le destin^ qui comprend les yiUes, les nations et les mondes^ dans ses capricieuses révolutions, permit quau milieu de tous ces divertissemens sulfuriques Johnson et quelques autres qui avaient tenu bon gagnasjsent le talus intérieur du rempart.
45. D'abord un, deux, puis cinq, six et une douzaine montèrent avec vivacité ; car il fallait avancer de suite ou pas du tout ^ et la flamme , semblable à la poix ou la résine, pleuvait aussi bien en haut qu'en bas. Ainsi il eût été difficile jde décider le^ quels étaient plus prudçns de ceux qui d'abord avaient bissé sur le parapet leurs figures martiales, ou de ceux qui croyaient, en atte^dant encore, faire un aussi bel acte de courage.
46. Mais ceux qui tentaient l'éscàlade s'aperçu-r rent qu'un accident où une bévue protégeait leur au^ dacci En effet, l'ignorance du Coborn grec ou turc avait disposé les palissades, comme vous seriez étonné de liss observer, dans les forts des Pays-Bas ou de la France — (bien qu'ils soient inférieurs à nôtre Gibraltar). Ces palissades étaient justement plantées au milieu du parapet ,
47 . De sorte que ^ur tous les câtés il restait neuf ou dix pas ou l'on pouvait, sans obstacle^ marcher. Ce fut pour nos gens, ceux du moins qui vivaient
encore , un précieux avantage ; ils purent former une seconde ligne et combattre 4e nouveau ; et ^ ce qui les favorisa bien mieux , ils parvinrent à rompre les palissades^ qui n'étaient guère plus hautes c[ue des épis de blé '.
48. Au nombre des premiers^ — je ne dis pas le premier, car, en pareil Cas, lés prétentions- à la primauté font souvent éclater de mortelles querelles entre amis comme entre alliés. Par exemple^ il faudrait qu'un Anglais eût bien de l'audace , et qu'il ne craignit pas de mettre à une rude épreuve la patience partiale, de John Bull , pour prétendre que Wellington s'était laissé battre à Waterloo 5 — ce^ pendant les Prussiens disent la même chose;' —
49. Çt si, ajoutent-ils, Blucher, Bulow, Gneisenau, et Dieu sait combien d'autres en au et en ou, n'étaient pas arrivés assez à temspour jeter la terreur dans le cœur de ceux qui jusqu'alors avaient combattu comme des tigres affamés, le duc de Wellington aurait cessé de faire un étalage de ses :ordres et de toucher ses pensions, les plus fortes dont fkssent mention nos annales.
50. Mais n'y pensons jamais. -;- Dieu sàu^ele roi ! et les rois! car s'i7 ne les garde, je doute que les hommes le veuillent long -tems encore. — Il me semble qu'un petit piseau vient me chanter à l'oreille
' Elles nVitaient ûertes qu^à deux pieds du talus.
(JYote de Lord Bjrroiu)
458 DON JUAPf.
que les peuples, tôt ou tatd, conseotiront à être les jplus forts» La plui. médiàiite rossé fiait par ruer contre le brutal condu<;teur qui Ta maladroitepeut attelée de manière à' la blesser,-^ et la n^uhitude se . lasse de suivre toujours Texemple de Job.
51 . D'abord elle groinèle % p'uis elle jure, puis^ comme David , elle lance de bibles cailloux contre le géant .n enfin , elle saisit lès armes auxquelles les hommes ont recours quand le désespoir ravit a leur cœur une partie de sa flexibilité^ et alors viennent les îùmllemens de la guerre^ — oui , je n'en doute pas> ils reviendront eliçore, et je leur dirais : « Fuyez » loin^ de nous y » si je n'avais pas prévu que cette révolution seule peut sauver la terre 'd'une souillure infernale ^.
' 52. Mais suivons. ^ Je né disais pas le premier, mais au lîombre des premiers s'était élancé sur les murs d'Ismall notre jeune ami Don Juan, comme s'il eât été élevé ail milieu de pareilles scènes : -— elles étaient cependant toutes nouvelles pour lui,. et je voudrais pouvoir dire pour là plupcut des autres. La soif de la gloire, quelquefois si dévorante, s'était emparée de lui, —^ bien qu'il eût Une ame gé^aéreûse, le cœur sensible et les traits féminins.
* Cette e^resnoin est , je le sais, familière ; mais elle est da bon rienx français : elle est bien autrement pittoresque <{ae' mummrer; enfin, elle est la traduction précise du mot anglais it grumbles,
* M. A. P. fait sur cette octave la note suivante : « Ailleurs, Ix>rd » Byron avait quelque craint^e sur cette prédiction. » Gela est méchant.
. 53. Il était donc sur la. brèche, — lui qui^ depuis êùn enfonce > avait reposé comme un enfant sur le sein dés femmes. Il pouvait bien montrer quelque chose d'homme en pareille circonstance ; mais dans la première position était son Elysée. II. aurait pu facilement supporter, la terrible épreuve à laquelle Rousseau engage les amantes inquiètes à nous soumettre. Observes votre amant quand il sqit .de vos bras. Il est vrai que Juan n'en sortait pas tant qu'elles conservaient leurs charmes ^ -
54. A moiiiis qull n'y fût contraint par la destinée^ les flots^ les vents ou la parenté, tous obstacles de la mâmé espèce. Or raainteiiant , le voilà dans un en* droit -^ où tous» les liens formés par la société cèdent au fer et à la flamme : lui dont le corps même était tout âm'e^ entraîne par ies- destins ou l'occasion /ce tyran des plus grands cœurs , exaspéré par le moment et les lieuz^ il se précipite dans la lice, comme un cheval de race* frappé de Téperon.
55. £t quand il trouve quelque résistance , son sang botdllonne comme celui du coursier devant une porte à cinq barres , une double défense ou une balustrade; alors que le jeune cavalier anglais ne doit plus compter que sur sa légèreté^ pour se garaptir d'une mort assurée. Juan^ de loin, avait en horreur la cruauté; ainsi tous les hommes, avant d'être irrités, détestent- ils le sang; — mais Juan avait cela de plus , qu'il tressaillait même aussitôt qu'il entendait un plaintif gémissement.
56. Le général I^scy^ qui, dans le même moment^ était serré de près, ayant vU' arriver le renfort d'upe^ centaine déjeunes gens réunis qui tombaient, pour ainsi dire, de la lune> adressa tous ses remerciemens à Juan qui se trouvait Je plus près de lui; il ajouta' même qu'il espérait jprendre bientôt la ville. Car il croyait s'adresser non pas à quelque pmiifre'mamud,, suivant l'expression de Pistol % mais bien à un jeune Livonien.'
57. Mais Juan, auquel il> s'adrèsêfitit en langage germanique, entendait Tallemand ni plus ni moins que le sanscrit; pour toute réponse iL fi tune incli^ nation au général qui paraissait avoir le droit- de luf commander. Or, en le voyant avec tous: ses rubans noirs et blancs, ses étoiles, ses médailles et son épée ensanglantée, lui parler d'un air de reconnaissance, il supposa facilement qu'il avait afi^ire à ua ofEciec de baut rang*
58. L'entretien ne se prolonge guère entre deux bomme^ qui n'ont pas un commun langage ; et d'ailleurs,, dans la cbaleur d'une bataille ou d'un siège, une infinité de bruits interrompent le dialogue , et plusieurs crimes sont exécutés avant qu'un mot ait frappé l'oreille* Les cris d*borreur qui , tels que le tocsin des clocbes, viennent vous saisir, les plaintes, les sanglots, les prières, les imprécations et les burv
* Pistol, personnage de Henri IF", deuxième partie. Voycx acte 5, scène 3.
lernéns^ eont d'aiUçurs autant.d'obstaçledàuDecooyersation suivie.
59, Voilà comment tout ce que nous venons de rapporter en deux longues octaves se passa en moins d'une minute *, mais il n'est pas d'exécrables crimes qui n'aient rcherché à se faire comprendre dans ce moins d'une minute* Le Qanonjuir même assourdi au milieu de cette scène d'horreur cessa de frapper l'oreille, et l'on eut aussi bien saisi le chant des linottes que les éclats de son tonnerre^ tant était effroyable la voix générale de la nature humaine à l'agonie.
60. La ville est forcée. —Oh ! éternité J — Dieu fit les champs^ et l'homme fit la ville ^ a dit Cowper, — et je commence à me ranger de son opinion^ en voyant tonlber Rome^ Babylone^ Tyr, Carthage, Niniye^ toutes les villes en un mot dont les hommes ont gardé le souvenir ou n'ont jamais entendu parler. £t quand je médite le présent et le passée je m'imagine que les bois finiront par nous servir de retraite.
^ ^4 k De tous les hommes , si Ton en excepte Sylla ( le tueur d*hommes ) dont on envie généralement la vie et la mort fortunées \ de tous les grands noms qui éblouissent nos regards, le plus heureux fut sans contredit le général Boon % devenu chasseur de Ken-
* « Boon, personnage histon<jne , gtkiéral amëricam, deyenn sauvage « par choix , «{oi a fondé le premier établissement du Kentucky. »
{NoUdeM..A.P,)
tDcky. Jamais il ne frappa que des ours et cies daims, et il jouit d'une existence longue, solitaire^ paisible^ vigoureuse^ au sein des plus profonds déserts.
62. Le crime n'approcha pas de lui : — il n'est pas fils de la solitude. La santé ne le quitta pas ^ — * son asile est dans les déserts rarement franchis y et si , dans ces lieux , les hommes ne l'appellent pas , «i la mort ' même finit par être de leur choix plutôt que la vie , nous devons leur pardonner ; ils ne font que s'accoutumer aux scènes qui les environnent, en appelant de leurs vœux cq qu'ils avaient en horreur — dans la prison de nos villes. En ce moment , je dois me contenter dé dire que Boon vécut en chasseur jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans ,
63. Et que^ chose plusétrange , il acquit ainsi de la renommée ( pour laquelle les autres hommes se déciment vainement ), et de cette bonne renommée, sans laiquelle là gloire n'est plus qu'un refrain de ta* verpe ; -^ simple, calme /véritable antipode de l'in-*famie y et qui n'a rien à redouter des coups de la haine ou de l'envie. Ermite actif, il resta jusque dans sa vieillesse l'enfant de la nature, ou bien encore l'homme de Ross, devenu sauvage J*.
» La mort, c'est la liberté. Tout, dans les villes, respire la yicj il est donc naturel ^'on tienne , dans les Tilles , aux entraves de la vie ; mais . dam^les d^rts, où tout rappelle là mort et la liberté, lliommeperd naturellement peu à peu la crainte de la mort TeUe est ici , je pense , la pensée de Byron.
* « Voyez Pope , sur Thomme de Ross. »
(iVbre de M. A. P,)
64. II est vrai qu4l s'étoigna des hotnmeft même de sa première patrie , quand iU vinrent lAtiT sous Tobscarité de ses arbres , — qu'il alla chercher , à plusieurs centaines de milles au-delà, une. terré moins .surchargée de' maisons et beaucoup plus commode^ **^La civilisation a cet inconvénient, qu'on ne peut jamais trouver quelqu'un à qui 6n plaise on qui lui-même vous plaise ; mais toutes les fois qu'il trouva l'homme individuel, il montra toute la sympathie dont jamais homme put être susceptible.
66. Et, d'ailleurs, il n'était pas seul : autour de lut «'élevait une tribu de champêtres ' enfans de la chassé, dont lès yeux lion encore dessillés ne découvraient jamais de satiété dans le monde. Jamais Fé-^ pée ou lé chagrin n'avaient imprimé leur passage sur leurs fronts sereins , et jamais le plus léger fronce* ment ne voilait , en ces lieux , la beauté de la nature ou des hommes. *^*- Les libres forêts garantissaient leur liberté et donnaient à toutes leurs sensations une fraîcheur comparable à celle que Ton respire sous un arbre ou aux bords d'un torrent.
66. Ils étaient bien autrement grands, agiles et robustes, que les pales avortons de vos cités mesquines, parce que les soins ni les soucis n'avaient jamais flétri leurs pensées. Les arbres verts, tel était leur patrimoine. L'afîaiblissemeht des organes intel*
^ L^expression sauvage serait ici an contresens , comihe le prouve la strophe suivante.
lectuels ne leur disait pas qu ils devinssent vieux y la mode ne les réduisait pas à singer ses difformes caprices. Us étaient simples., mais non sauvages y et leur butin ( car ils en faisaient réellement ) ne servait pas à payer des bagatelles. .
67.. Le mouvement présidait a leurs journée^, le sommeil à leurs nuits , et l'enjouement à tous leurs travaux. Leur nombre n'^était encore ni trop grand ni trop feible y et la corruption ne pouvait essayer de pénétrer dans leurs cœurs.* La convoitise dévorante ^ la magnificence insatiable n'avaient' aucune. proie à saisir chez des indépendans. forestiers^, aussi les so*litudes de cet heureux peuple des bois étaient-elles toiyours sereines et paisibles.
68. Assez pour la nature. . — Maintenant » afin de varier , je reviens à tes ine&bles joies , d civilisation ! aux suaves conséquences desr grâudçs sociétés, la guerre , la peste , le désolant despotisme , les royales oppressions , la soif du scandale y les soldats massacrant des millions d'hommes pour obtenir leurs rations \ des épisodes comme le boudoir de Catherine par vingtaines , et pour embellir Fensemble, des tableaux comme la prise d'Ismaîl.
69. La ville est forcée : d'abord, une colonne parvient à se frayer une route ensanglantée 5 —puis une seconde. La fumante baïonnette et 1 epée flamboyante croisent les cimeterres \ les cris , les prières des enfans et des mères semblent , à quelque distance , de* voir monter jusqu'au ciel. — Des nuages sulfureux
plus épais étouffent le sQuffle du matia et celai des hommes-, cependant lea Turcs éperdus disputent encore pied à pied là possession de leur ville.
70. KutusoW|4e même qui plus tard refoula (avec l'aide tant soit peu efficace de la neige et des glaces ) Napoléon sur son dbemin audapiéux et ensanglanté^ Kutusow était , justement alors j obligé de reculer. Cétait un joyeux compagnon ^ qui "trouvait toujours le mot pour rire en présence de ses amie comme do ses ennemis, quand même il s'agissait de la vie^ de la mort ou de la victoire. Mais ici il parait que ses saillies ne furent pas fort bien accueillies.
7i * Il s'éitait jeté dans un fossé , dont la bourbe fut bientôt honorée par le sang de plusieurs grenadiers Bccoupis sur ses traces : ils montèrent jusqu'au bord du parapet; mais là se terminèrent leurs succès : les musulmans les rejetèrent tous dans le fossé y et pârîni le» morts on eut surtout à regretter le gé-* néral Ribâupierre. •
72. Heureusement quelques troupes perdues,: après avoit* long*-tems erré sur le fleuve, étaient de^ cendués à terre ^ dans un endroit où elles se trou-^ vaient entièrement égarées. Après avoir inarché aveuglément ça et là dans l'obsèurité , elles parvinrent, au lever du jour, devant ce parapet, qui parutà leurs yeux comme un portail. — ^ Sans ce hasard, te gai et illustre Kuiùsow se serait couché où reposent encore les trois quarts de sa colonne.