‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 20 sur 78 · QUELS GENRES DE POÈMES DOIT ELIRE LE POÈTE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

QUELS GENRES DE POÈMES DOIT ELIRE LE POÈTE FRANÇOIS

Ly doncques, et rely premièrement, ô poète futur, fueillette de main nocturne et journelle les exemplaires grecs et latins, puis me laisse toutes ces vieilles

poésies françoises aux Floraux de Toulouse et au Puy de Rouen : comme ron- ^ ^eaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons et autres te llese spiceries. qui corrompent le goust de nostrc langue et ne servent sinon à porter t esmoigna^e ^ de notre ignorance j Jette- toy à ces plaisans epigrammes^ non point comme font aujourd'huy un tas de faiseurs de comtes nouveaux, qui en un dizain sont contents n'avoir rien dit qui vaille aux neuf premiers vers, pourveu qu'au dixième il y ait le petit mot pour rire : mais > l'imitation d'un Martiale ou de quelqu'autre bien approuvé, si la lascivité ne te plaist, mAcU |a pfpfi^ flt^ie avecques le doux. Distile, avecques un stile coulant et non scabreux, ces pitoyables elegies, à l'exemple d'un Ovi de, d'un Tibule et d'un Properce^ y entremeslant quelquefois de ces fables anciennes, non petit ornement de poésie. Chante- moy ces odes, incogneues encore de la Muse françoise, d'un lue bien accordé au son de la lyre grecque et romaine, et qu'il n'y ait vers ou n'apparoisse quelque vestige de rare et authentique érudition . Et quant à ce, te fourniront de matière les louanges des dieux et des hommes vertueux, le discours fatal des choses mondaines, la sollicitude des jeunes hommes, comme l'amour, les vins libres, et route bonne chère. Sur toutes choses, prends garde que ce genre de poënriïéjMt eloingn^^^ujmlgaire, eoriéhy et illustré de mnh prnjinpg et epithetes non-^v^^M^, . laés de graves sentences, et varié de toutes manières de couleurs et onicments poétiques : non comme un Laisse;;^ la verde couleur, Amour avecques Psyché, combien est heureuse, et autres tels ouvrages, mieux dignes d'estre nommez chansons vulgaires, qu'odes ou vers lyriques. Quant aux çfiiatmêy ce n'est un poème qui puisse enrichir grandement nostre vulgaire, pource qu'elles sont volontiers de choses familières et domestiques, si tu ne les voulois faire à l'imitation d'elegies, comme Ovide, ou senteniieuses et graves comme Horace, Autant te dy-je des satyres, que les François, je ne sçay comment, ont appellées c oqs à l'asne, esquels je te conseille aussi peu t'exercer, comme je te veux estre aliène de mal dire : si tu ne voulois, à l'exemple des anciens, en vers héroïques (c'est à dire de dix à on ze, et non seulement de huit à neuf) sous le nom de satyre, et non de cette inepte appellation de coq à l'asne, taxer modestement les vices de ton temps, et pardonner au nom des personnes vicieuses. Tu as pour cecy Horace, qui selon Quintilian, tient le premier lieu entre les satyriques. ^nne-mov ces beaux sonnets, non moins docte que plaisante invention italienn e, conforme de nom à l'ode, et différente d'elle seulement, pource que le sonnet a certains vers reiglez et limitez : et l'ode peut courir par toutes ^lanieres de vers librement, voîre en m venter à plaisir à l'exemple d'Horace, qui a chanté en dix-neuf sortes de vers, comme disent les grammairiens. Pour le sonnet doncqucs tu as Pétrarque et quelques modernes Italiens. Chante-moy d'une musette bien résonante et d'une fluste bien

jointe ces plaisantes eglQgufi&jHtti^ues, à Texemple de T héocri tc et de Virgile, marines à Texemple de Sennazar gentilhomme Néapolitain. Que Pleust aux Muses, qu*en toutes les espèces de poésies que j'ay nommées nous eussions beaucoup de telles imitations, qu'est ceste eglogue sur la naissance du ûls de monseigneur le Dauphin, à mon gré un des meilleurs petits ouvrages que fit oncques Marot. Adopte-moy aussi en la famille Françoise ces coulaps et mignars hende- ^lUgtiy^s à l'exemple d'un Catule, d'un Pontan et d'un Second, ce que tu pourras faire, sinon en quantité pour le moins en nombre de syllabes. Quant aux comédies et tragédies, si les roys et les republiques les vouloient restituer en leur ancienne dignité, qu'ont usurpée les farces et moralités, je seroy' bien d'opinion que tu t'y employasses, et si tu le veux faire pour l'ornement de ta langue, tu sçais ou tu en dois trouver les archétypes.

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