‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 23 sur 78 · DE LA RYTHME ET DES VERS SANS RYTHME · texte numérisé non relu

DE LA RYTHME ET DES VERS SANS RYTHME

Quant à la rythme, je suis bien d*opinion qu'elle soit riche, pour ce qu'elle nous est ce qu'est la quantité aux Grecs et Latins. Et bien que n'ayons cet usage de pieds comme eux, si est-ce que nous avons un certain nombre de syllabes en chacun genre de poème, par lesquelles, comme par chainons, le ver françois lié et enchainé est contraint de se rendre en cete étroite prison de rythme, sous la garde, le plus souvent, d'une coupe feminime, fâcheux et rude geôlier et incogneu des autres vulgaires. Quand je dy que la rjrthme doit estre riche, je n'entends qu'elle soit contrainte et semblable à celle d'aucuns, qui pensent avoir fait un grand chef-d'œuvre en françois, quand ils ont rymé un imminent et un emineni, un misericordieusement et un mélodieusement, et autres de semblable farine, encores qu'il n'y ait sens ou raison qui vaille : mais la rythme de nostre poète sera volon- ^^"'fîi nfiP forcée : re ceue, non a ppcUé e : propre ^^pon ajie ne : natur elle, non adop- \ tive : bref, pUe g ^a telle, qu e le vers tomb ant en icelle, ne r nnt^Q^fra mnins \ •^'■

i*pi>Aîi|p q u'une bien armonieuse musique tombante e n un bon *** parfî'*^ <i/-/-/^r/4 Ces équivoques doncques et ces simples rymez avecques leurs composés, comme un baisser et abaisser, s'ils ne changent ou augmentent grandement la signification de leurs simples, me soyent chassez bien loing : autrement qui ne voudroit régler sa rythme comme j'ay dit, il vaudroit beaucoup mieux ne rymer point, mais faire des vers libres, comme a fait Pétrarque en quelque endroit, et de nostre temps le seigneur Loys Aleman en sa non moins docte que plaisante Agriculture, Mais tout ainsi que les peintres et statuaires mettent plus grande industrie à faire beaux et bien proportionnez les corps qui sont nuds, que les autres : aussi faudroit-il bien que ces vers non ryme z, fussent bi e n char nus e t nerveu x, afin de compenser par ce moyen, le défaut de la rythme. Je n'ignore point que quelques uns ont fait une division de rythme, l'une en son, et l'autre en écriture, à cause de ces diphthongues ai,ei,oi, faisant conscience de rymer maistre tt prestre, fontaines et Athènes, connoitre et mitre. Mais je ne veux que nostre poète regarde si superstitieusement

à ces petites choses, et luy doit suffire que le^- deux dernières syllabes s ovent unissones, ce qui arriveroit en la plus grande part, tant en voix qu'en écriture, si roïtKographe Françoise n'eust point été dépravée par les praticiens. Et pource que Loys Megret, non moins amplement que doctement, a traité ceste partie, lecteurs, je te renvoyé à, son livre : et feray fin à ce propos, t*ayant sans plus averty de ce mot en passant, c'est que tu gardes de rythmer les nrots manifestement longs avec les brefis, aussi manifestement brefs comme un passe et trace, un maitre et mettre, une chevelure et Jmre, un hast et bat, et ainsi des autres.

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