DE BIEN PRONONCER LES VERS
Ce lieu ne me semble mal à propos, dire un mot de la prononciation, que les Grecs appellent : vTrox^eo-iç : afin que s'il t' advient de reciter quelquefois tes vers, tu les prononces d'un son distinct, non confus, viril, non efféminé, avecques une voix accommodée à toutes les affections que tu voudras exprimer en tes vers. Et certes comme icelle prononciation, et geste approprié à la matière que l'on traite, voire par le jugement de Demosthene, et le principal de l'orateur : aussi n'est-ce peu de chose que de prononcer ses vers de bonne grâce. Veu que la poésie (comme dit Ciceron) a été inventée par observation de prudence
et mesure des oreilles, dont le jugement est très superbe, comme de celles qui répudient toutes choses après et rudes, non seulement en composition et structure de mots, mais aussi en modulation de voix. Nous lisons cete grâce de prononcer avoir été fort excellente en Virgile, et telle qu'un poète de son temps disoit, que les vers de luy, par luy pronuncez, etoyent sonoreux et graves : par autres, flacques et effeminez.