DE JEAN DORAT
sur la mort de la Royne de Navarre
Comme en un char qui brusloit, Ravy parmi Tair liquide Le grand Prophète voloit Ht commandoit à la bride Des chevaux audacieux.
D'une main estincellante Guidoit leur trace bruslante Par la carrière des cieux.
Quand du vieil sein foudroyant. Au bras du jeune Prophète La robbe en Tair ondoyant Tomba d'une longue traitte, Qui sembloit aux regardans Estinceller par derrière Une brillante lumière A pointes de traits ardents.
Comme au serein d'une nuict vPt mille feux couronnée De loin quelquefois reluit Une estoille espoinçonnée, Qui coule ou semble couler En traînant après sa fuite De sillons une grand'suite Court par la vague de Tair.
^ Ainsi ayant despouillé vP^ sa forme corporelle Le manteau jadis souillé D'une tache naturelle, Marguerite délaissa Ce vieil fardeau tant moleste, Et au rond du feu céleste Plus alaigre se haussa.
L'esprit du corps dévoilé.
Et net des terrestres boues Jusques au ciel estoille ; Vola dessus quatre roues :
La foi, l'espérance aussi, La charité tant prisée, Et celle que n'a brisée L'effort du cruel souci.
Sur ces couples bien appris Parmi la céleste trace Au ranc des heureux esprits Elle alla prendre sa place, Là où Royne elle se void D'un monde plus grand et ferme Que n'estoit le petit terme Que son Navarrois avoit.
GoQg^
A P. de Ronsard
L'or n*est point si précieux, Si ferme n*est point encore Le métal audacieux Qui tous les frères dévore.
Comme un vers, qui nous honore.
Les vers sont plus doux que miel, Les vers sont enfans du ciel.
Heureux qui par un Homère A donté la mort amere :
Heureux qui pour guide ont eu La louange qui est mère Et fille de la Vertu.
Mais ceste louange encor' Fille des Dieux avouable, Passe rindique thresor.
Venant d'nn loueur louable, Cest un breuvage amiable, Plus doux que celuy des deux, Pour mettre du rang des Dieux L'ame digne de le boire :
Et pour graver une gloire Au marbre du Firmament, Ferrement de la mémoire, Plus dur que le diamant.
Heureux vous estes mes vers, Heureuse tu es ma Lyre, Qî-e deux poètes divers Daignent pour subject eslire.
Pour tes louanges escrire Soucelle d'un arc di\nn Tire par Tair Angevin Un traict françois et patriere En courant, laisse derrière Les mieux empennez esprits
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Q}ii volent par là carrière Des vieux Romains bien appris.
. . Par leurs vers laborieux,
Bruslans de voir la lumière, Nostre Loyre glorieux Enfle sa course première.
Sa trace non coustumiere Sous la bride de ma voix Se joint au Loir Vandomois, Qpi s'égale au Roy des fleuves, L'Olive et ses branches neuves Puissent ainsi désormais Marier aux forests veuves Mon renom pour tout jamais.
La Nature et les Dieux font Les architectes des hommes :
Ces deux (ô Ronsard) nous ont Bastis de mesnies atomes, Or, cessent donques les Mômes De mordre les escrits miens.
Puisqu'ils sont frères des tiens, Que les plus hauts Dieux admirent.
Si deux bons archers aspirent Ficher leurs traits au milieu Du blanc, bien souvent ils tirent Tous deux en un mesme lieu.
Peletier me fit premier Voir rOde, dont tu es Prince, Ou\Tage non coustumier Aux mains de nostre province.
Le ciel voulut que j'apprinse A le raboter ainsi, A toi me joignant aussi, Qpi cheminois par la trace De nostre commun Horace»
Dont un Démon bien appris Les traits, la douceur, la grâce Grava dedans tes esprits.
/ La France n'avoit qui peust, Que toy, remonter de cordes De la Lyre le vieil fust.
Où bravement tu accordes
Les douces Thebaines Odes, Et humblement je chamay L*Olive, dont je plantay Les immortelles racines, Par moy les Grâces divines, Ont fait sonner assez bien Sur les rives Angevines Le sonnet italien. >
Dont le branle industrieux, Et la pesante mesure De ses pieds laborieux Qui ne vont à l'avanture Par les champs, dont la peinture Diapré ces belles fleurs.
N'entendent point les valeurs, Que la Lyre babillarde Te fredonne plus gaillarde Ores haut et ores bas, Sur la corde fretillarde A la cadence des pas.
Le nourrisson abbreuvé Du laict de la douce Muse Fils des Dieux est approuvé, Et Appollon, qui s'amuse A l'enseigner, ne refuse Le marier aux neuf sœurs Dont tu goustois les douceurs Lorsque la jeunesse tendre, Qjji de soy ne peut estendre Ses foibles membres au cours.
En vain me faisant attendre Orphelin de vray secours.
Voila comment le bonheur De ceux, que la Muse estime, S'envole au palais d'honneur :
Mais l'envie qui se lime De voir la vertu sublime, Dedans son palle manoir Piastre de sang verd et noir.
Guigne de travers les oeuvres Des ingénieux manœu\Tes, Et regorge tout exprès
réS ŒCATtES CXnCFLÈTES DE J. DC BELLAY
Le ootr vaàn des couleuvres, PotM- le renuvhrr après.
Qpi k mastin vibgeoîs, A \^eu tombe sous b force Du généreux àoguc anglois.
Il A vcu comme il s^câbrce En Tain «func kngue emorce Sous le mors entrelassê.
Il a le dos hérissé.
Parmi sa dent venimeuse Gxile une ha^'e esciuneuse :
Et horrîbleroem grinçant Dégorge sa voix fumeuse D'un odl de feu rougissant.
Tek sont les chiens animez Qui loin de Parnasse abondent.
Qui d*abois em-enimez Aux sainctes pucelles grondent :
Mais comme la neige ils fondent Aux rais de ce Dieu sçavam»
Qpi a poussé bien avant Son chef sur nostre hémisphère.
Malgré la nuict, qui espère Sortant de son noir séjour Rebander (ô vitupère) Les yeux de nostre beau jour.
J'oy le combat ancien Du Gjmet contre la Lyre Du prince musicien, Qui a d'un juste martire Puni le vaincu satire, Làs qui en vain se repent, Voyant sa peau qui lui pend.
Je voy ses entrailles vives, Ses nerfs, ses vaines craintives Descouvertes tressaillir :
Je voy des herbes ses rives De l'eau de ses yeux saillir. Je voy plus de cent ruisseaux Collez de fange et de bourbe, Enfans des horribles eaux Du grand fleuve neuf fois courbe
Autour de la noire tourbe, Ils ne pavent en coulant Leur fond de sable roulant.
Des herbes est leur ceinture, Dont forcèrent la Nature Les deux filles du Soleil :
Leurs ondes font la teinture De Toblivieux sommeil.
Mais les fleuves desbordez.
Qui du sainct Parnasse sourdent.
Courent à flots desbridez Qui les compaignes essourdent.
Ores leurs fors bras dessoudent Leurs ponts, escluses, et ports.
Qui fertilisent leurs bords De mille palmes gaignées :
Ores de fleurs couronnées.
Et d*un mesme enfantement Avecques TAurorc nées Se bornent plus lentement.
Volez bienheureux oyseaux, Messagers de la victoire.
Sus les éternelles eaux Des filles de la Mémoire.
Je voy venir la gent noire Mille corbeaux envieux. Qui du bord oblivieux Et des chauds rivages Mores Ici revolans encores, Troublent d'un son éclatant Les nouveaux Cygnes, qui ores Par la France vont chantant,
Qu'on lasche l'etomisseur Qui lentement par l'air nage.
Sur ce Milan ravisseur.
Il a laissé le carnage.
Il a haussé le plumage.
Sus fauconniers, deslongez Les Sacres encouragez, Qui volent à tire d'aile.
Voyez la guerre cruelle.
Voyez l'importun assaut,
lyO ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY
Voyez rouler pesle mesle Et Sacre et Milan d*enhaut.
J'oy la babillarde voix De la Pie injurieuse, Qui s*est sauvé en ce bois :
Cest la rage furieuse, Qui jadis trop curieuse D'ega'.er ses fascheux sons, O Muses, à vos chansons, Prit cette nouvelle forme, Tesmoîn de sa faute énorme. Demeurant toujours après Et depiteuse, et difforme.
Et injure des forests.
Voirray-je point despouiller La grand*troupe desloyale, Qiii du bec osoit souiller La belle fleur liliale ?
Je voy la nymphe royale, Qui les esparpille tous.
Et d'un son heureux et doux Reclame la bande blanche.
C'est la Marguerite franche Promise aux astres luysans.
Si la Parque ne me tranche Le fil de mes jeunes ans.
D'où vient ce plumage blanc.
Qui ma forme première emble ?
Desja l'un et l'autre flanc Dessous une aile me tremble.
Nouveau Cygne, ce me semble, Je rempli l'air de mes cris.
Mes ailes sont mes escrits, Et je porte par le monde La mémoire vagabonde De mon prince non-pareil, De l'aurore jusqu'à l'onde Où se baigne le soleil.