AUX DAMES ANGEVINES I7J
Mon nom aussi, par la France loué
Ne quiert le bruit du palais enroué,
Ne le sourcil trop superbe et severe
Qui le pouvoir des Muses ne révère.
Le docte Dieu qui inspire en mon cœur
Du sainct ruisseau la féconde liqueur,
Mon sort fatal et mon Dieu domestique,
Qui m*a voué au labeur poétique,
Sçachant combien j'y prenois de saveur,
M*ont destiné à plus douce faveur.
Va, plume, donc voir les trouppes divines
Des demi-dieux et nymphes angevines,
Où je seray (peut-estre) bien receu,
Par ton moyen quand la France aura sceu,
Que leur haut bruit je fay sdnner à Loyre,
Qpi ay chanté des grands Princes, Xat gloire. Des envieux les plumes de corbeau
Ont mis Thonneur des dames au tombeau.
Sentant combien lee grâces féminines
Seroyent êfi pris, si It^ plumes bénignes
Les opposoyent au tiltre' ambitieux
Dont nostre nom s'esleve jusqu'aux cieux.
De cygne donc la mienne blanchissante
Sott à leur los ses ailes fléchissante :
Mienne je dis, qui au dedans du corps
Suis aussi blanc que le cygne dehors :
Aussi le Dieu qui ma fureur allume,
Me fist jadis présent de ceste plume.
Les docteurs sœurs qui parmi l'univers
Feront voler vostre nom par mes vers.
Tant que vivray, Dames bien fortunées.
Seront par moy pour vous importunées :
Qui feray bien si j'en veux prendre esmoy
Vivre deux fois ensemble vous et moy.
Si vous eussiez de l'onde oblivieuse
Tiré vos noms, que la parque envieuse,
Et nos escrits y ont fait devaller.
Quel bruit pourroit aux vostres égaler ?
Toute vertu des grâces ignorée
N'est longuement entre vous honorée.
Mais maintenant je voy le temps changer
Qui vous vouloit sous sa force ranger,