ODE VI
Voici le Père au double front Le bon Janus, qui renouvelle Le cours de Tan, qui en un rond Amène la saison nouvelle.
DU PREMIER JOUR DE l'aX 189
Renouvelions aussi
Toute vieille pensée
Et tuons le souci
De fortune insensée.
Sus doncq, que tardons-nous encore ?
Avant que \neillars devenir, Chassons le soin qui nous dévore, Trop curieux de Tadvenir.
Ce qui viendra demain
Jà pensif ne te tienne :
Les Dieux ont en leur main
Ta fortune et la mienne. Tu vois de neige tous couverts Les sommets de la forest nue, Qpi quasi envoie à l'envers Le fais de sa teste chenue.
La froide bise ferme
Le gosier des oiseaux.
Et les poissons enferme
Sous le cristal des eaux.
Veux-tu attendre les frimas De Thyver, qui desjà s'appreste Pour faire de neige un amas Sur ton menton et sur ta teste ?
Que tes membres transis
Privez de leur verdeur.
Et les nerfs endurcis
Tremblent tous de froideur?
Qpand la saison amollira Tes bras autrefois durs et roides, Adoncq* malgré toi périra Le feu de tes mouelles froides.
Que toute herbe ou estuve,
Tout génial repas,
Mais tout TiEthne et Vésuve
Ne rechaufferoyent pas.
Mon fils, c'est assez combatu, (Disoit la mère au fort Grégeois) Pourquoy ne te resjouîs-tu Avecq' ces filles quelquefois ?
Les vins, l'amour, consolent
Le triste cœur de l'homme :
190 ŒUVRES COKPttrnS DE J. DU BELLAY
Les ans légers s'emrolem.
Et la mort nous assomme.
Je te souhaite pour t*esbatre Durant ceste morte saison.
Un plaisir, voire trois ou quatre, QjLie donne Famte jnaison :
Bon \in en ton celier.
Beau feu, nuict sans soud.
Un ami familier Et belle amie aussi, QjLii de son lut, qui de sa N'oix Endorme souvent tes ennuis.
Qui de son babil quelquefois Te face moins durer les nuicts.
Au lict follastre autant Que ces chè\Tes lascives.
Lorsqu'elles vont broutant Sur les herbeuses rives.