‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 63 sur 78 · ODE XII · texte numérisé non relu

ODE XII

Rien n'est heureux de tous points en ce monde, L'air et le feu, le ciel, la terre et l'onde Nous font la guerre, et les justes Dieux mesmes N'ont pardonné à leurs Palais supresm'es.

Ne vois- tu pas que les signes des cieux Sont mutilez de pieds, de bras ou d'yéux ? N*as-tu jamais d'éclipsé coustumiere Veu obscurcir l'une et l'autre lumière ?

O que d'ennui sans repos nous'tortoente !

Les uns par faim ont peine véhémente :

Autres on voit en la prison mourir, i*lusieurs aussi à la guerre courir, Joyeux spectacle à ce furieux dieu.

Qui maintenant obtient le premier lieu • Entre les Roys, les Empereurs et Princes Au grand dommage, helas ! de leurs provinces. Le flot, le vent, le pyrate et rocher - Sont les périls de l'avare nocher, - .

, Qix\ de son aise et repos s'ennuyant Aux Indes court, la pauvreté fuyant.

Cestuy par fer, par cordeau ou poison Cerche de mort volontaire achoison Et pour trouver de ses maux allégeance A pris de soy luy mesme la vengeance.

Et cestuy-là qui est mieux fortuné Que les premiers avant que d'estre né, Ensevely d*un sommeil étemel, Fait son tombeau du ventre maternel.

D'un égal pié la mort qui tout attrape.

Et des petits les humbles manoirs frappe, Et des plus grands les tours hautes et fortes. Une mort seule en mille et mille sortes De maux soudains, nouveaux et incurables, Va tourmentant les humains misérables.

Le cours des ans, des siècles et saisons, Les grand 's citez et superbes maisons Mises par terre et les ruines grosses Des vieux Palais, Tlieatres et Collosses, Monstrent à Tœil tout ce qui est çà bas Estre caduc et subject à trespas.

O malheureux qui bastit espérance Sur fondement d'incertaine asseurance !

De tous estats, de tout sexe, et tout âge Soiicitude est le propre héritage.

EU' fuit des Rois les palais somptueux.

Couvents sacrez, parquets tumultueux :

Le laboureur la porte en sa charrue.

Et du pasteur aux toits elle se rue :

L'homme de guerre aussi la porte en croupe.

Et le marchand avare dans la poiipe ; Rien, que vertu, ne donre la fortune Comme le roc, quand la mer importune, En çà et là contre luy se courrousse, ' Rompt les gros flots, et de soy les repousse. O bien heureux qui de rien ne s'estonne, Et ne pallist, quand le ciel iré tonne !

O bien heureux, que les torches ardentes ' Et des trois sœurs les couleuvres pendentes N'exciteht point ! qui n'entrerompt le fruit De son repos, pour quelque petit bruit

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