‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 64 sur 78 · DE PORTER LES MISERES ET LA CALOMNIE 20I · texte numérisé non relu

DE PORTER LES MISERES ET LA CALOMNIE 20I

Cest homme là pour vray jamais ne tremble,

Bien que le ciel à la terre s'assemble,

Et ont les Dieux sa fortresse munie

Contre fortune et contre calomnie.

Le ciel vangeur, protecteur d'innocence,

Donne aux pervers souvent longue licence

De nuire aux bon$ : lors la cause plus forte

Devient soudain la plus faible, de sorte

Que la grandeur de la peine compense

La tardité de la juste vengence.

Espère, amy, espère, dure, attens

Geste faveur et du ciel et du temps.

Et quand le ciel n'auroit aucun soucy

De tout cela que nous faisons icy,

Mais bien seroyent toutes humaines choses

Sous le pouvoir de la fortune encloses.

Ne vaut-il mieux (veu qu'elle fait son tour)

Avoir espoir de son heureux retour,

Qu'estre tousjours en peur de la ruine ?

Cest air couvert d'une obscure bruine

S'esclaircira, ces ondes courroussées

Jusques au ciel par l'Aquilon poussées

S'appaiseront, et par l'ancre jettée.

Au port sera la navire arrestée,

O combien doux sera le souvenir

Des maux passez ! pour doncq' là parvenir,

Endure, amy, ces peines douloureuses.

Et te reserve aux choses plus heureuses.

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