‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 67 sur 78 · LOUANGE DE LA FRAXXE ET DU ROY TR#.S CHRESTIEN HENRI M · texte numérisé non relu

LOUANGE DE LA FRAXXE ET DU ROY TR#.S CHRESTIEN HENRI M

Comme une grand* coquille creuse

Qui s'csleve devers ses bords,

D*une double mer faît ses ports

Une province plantureuse.

Ses flancs superbement bornez

Sont doublement enxnronnez

Des Alpes et des Pyrénées,

D'Europe, et de ce monde encor

En autels, en peuples, en or,

Surmontant les plus fortunées.

Geste terre, mère féconde

D'armes, d'amour et de sçavoir,

Parmi les autres se fait voir

Comme une Cybele seconde.

Aussi la grand'mere des Dieux,

QjLii la void d'oeil non envieux,

Son char et ses lyons luy donne.

De ses tours la couronne aussi.

Et semble qu'avec c'este-cy

L'Italie elle environne.

Et à bon droit elle honore

Ces deux-c\', puisqu'elles ont Leurs prestres, prestres qui sont Vrais hommes, et qui encore Remplis de la deité Du Dieu triple en unité Réduiront sous sa puissance Les empires et les Roys, Qui vivent sous autres loix, N'ayant de Dieu cognoissance.

De ceste mère généreuse

D'autres demi -dieux nos seigneurs.

De Jupiter enfans et sœurs.

Règne aujourd'huy la troupe heureuse :

Trouppe vrayement méritant mieux D'estre mise au nombre des Dieux Et que des temples on luy face, Que ceux-lA, qui du tige tien, O père Saturne ancien, Planteront la céleste race.

Mais les Dieux de nostre province Rejettans telles vanitez.

Soumettent leurs divinitcz Au Dieu, qui des Dieux est le Prince.

Et qu'ainsi soit, voyez la fo\' De ce Henry nostre bon Roy, Vainqueur de T invincible Auguste, Ce très Chrestien^ ce Prince humain, Q^i par la force de sa main Se nacAStre pito\*able et juste.

Voyez comme sa justice

Qpi d*un magnanime effort

Soustient le droit du moins fort.

Et punit le maléfice,

Mieux qu'en marbre ou qu'en airain

Se consacre de sa main

Plus d'un temple et d'une image :

Voyez., sa grave douceur.

Et comment est possesseur

Paisible de son courage.

Voyez comnie Iris et Bellonne

Ses traces vont toujours suyvant Et comme Themis va devant.

Et comme point ne l'abandonne Le beau scadron de Téquité, Du sens et de la vérité.

Oyez le bruit de ses tempestes.

Et voyez ces foudres cheans Qjiii des Lycaons et Geans Accables les superbes testes.

Voyez combien de ceste bande Jà par sa main sont renversez, Et combien en sont menacez, Et avec quelle force grande.

Brisant l'orgueil audacieux Qui voulloit escheller les cieux.

Son bras indomptable repousse La fureur de tous ces combats, Ruant Osse et Olympe à bas Avec une horrible secousse.

O combien du grand Typhée La cheute resjouira Tout le monde, qui voyra Telle iV.rcur ostoiifTce !

LOUANGE DE LA FRANCE ET DU ROY TRÈS CHRESTIEK HEN'RI II lOJ

Et de queli^ paix unis

Après ces combar» finis

Seront peuples et provinces,

Quand on n'orra plus tonner

Pour ces Tirans estonner

Le grand Jupiter des Princes.

Dont la grand^unon, sa compagne,

Et soeur de sa divinité,

Sa matronale gravité

D'une humble douceur accompagne

De son cœur rejettam bien loin

Tout le soupçon et tout le soin

Dont r autre Junon est touchée :

Et qui, pour repeupler les deux,

D*un plus heureux nombre de Dieux

Est heureusement accouchée.

O d'ame et de nom toute pure,

Ce fust bien nostre grand honneur

Quand le souverain gouverneur

PHnt de nous si grand soin et cure,

Q^e d'une inviolable foy

Tunir avec un si grand Roy

D'un tel Royaume que la France ;

Pour autant que de ta grandeur

Renaist Tespoir, et la splendeur

Qui doit luire sur ta Florence, Voire sur toute l'Italie.

Que si ta belle clarté

D'un ray sur elle escarté

La rend jamais embellie,

Bien qu'ayant perdu ses droits,

Et serve sous autres loix»

Luy esclairant ta lumière,

Elle espère encor' un jour

Voir son antique séjour

En sa liberté pretaière.

O NTayement Minerve nouvelle.

De Jupiter Tenikitement,

Fille de son entendement,

De son sens et de sa cervelle.

Puisque le ciel te fit ainsi

D'un grand Roy fille et sœur aussi :

208 ŒUVRES dOMPLÉTES DE J. DU BELLAY

Le ciel, ô vierge bien-heureuse, Le ciel te face quelquefois D'autres Princes, et d'autres Rois Espouse et mère plantureuse.

Vierge de gloire couronnée,

Ardant Tobscur de nostre nuict, Comme loin du Soleil reluit Une estoille bien fortunée :

Astre des astres le plus beau, Des flambeaux le plus chit flambeau Perle des perles la plus claire.

Des thresors le plus beau thresor.

Quelle chose a Phcebus encor' Plus que toi précieuse et chère ?

De toy naist, en toy prend vie.

Par toy règne sa grandeur Et tu luis en son ardeur.

Par qui toute ame est ravie :

Ardeur qui m'ard tellement, De son sainct embrazement, Qu'en leur trouppe blanchissante Tes cignes m'ont advoué.

Bien que mon chant enroué Vole d'aile languissante :

Voici la jeune Cynthienne, Veufve de son Endimion :

Belle couple, hc^ureuse union.

Si sa fleur hyacinthienne N'eust vu coupper devant le temps Le verd honneur de son printemps.

Mais quoy, puisqu'elle estoit mortelle, Et que l'amour'est immortel, Qui toujours luy demeure tel.

Pour toujours vivre avecques elle ?

O combien de Cyprines belles,

Qui vont reluire dans leurs yeux Un cœur allègrement joyeux !

Combien d'autres Déesses telles :

Et combien, qui d'un cœur vaillant Montent au ciel en bataillant ?

Que s'ils n'y ont encores place Avec tiltre de deité,

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