‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 69 sur 78 · SUR LA POÉSIE · texte numérisé non relu

SUR LA POÉSIE

Encores que chacun. Sire, volontiers prise La science qu'il pense avoir la mieux apprise. Si n'ay-je toutefois jamais beaucoup prisé L'art où mon naturel m'a plus favorisé.

Fors seulement d'autant que je puis vos louanges. Porter par ce moyen aux nations estranges.

Et montrer par ce peu qui peut sortir de moy, Que je ne suis du tout inutile à mon Roy.

Sire, de vos sujets qui tous à vous se doyvent, Selon que plus ou moins de grâces ils reçoyvent. Les uns sont employez en une faction; Les autres en une autre, et chacune action Selon qu'elle dessert, se doit tenir certaine De recevoir de vous son loyer ou sa peine.

Or, entre ceux qui ont tant de félicité.

Que de faire service à vostre majesté.

Ceux qui sont employez aux affaires belliques, Sont ceux, comme aussi sont tous ministres publiques. Qui méritent le plus d'estre recompensez, Et qui auprès de vous sont les plus avancez.

Mais les biens et honneurs que de vostre service Reçoyvent ceux qui font dignement leur office, Ne doyvent pas suffire à ceux qui sont bien nez, Et quiy outre les dons desquels ils sont ornez.

Outre vostre faveur et le bruît pofmlaÎFC,

Ont quelque chose en eux par dessus le vulgaire.

Ils attendent encor' pour avoir ce bonheur De vivre câpres leur mort un immortel honneur : Honneur le seul loyer qui la vertu guerdo/ine. Loyer, qu'à la Vertu la seule Muse doraie.

Car veu que la nature a d'un si petit cours A l'homme limité le terme de ses jours, Pourquoy de tant d'ennuis, de travaux, et traverses, De voyages lointains et fortunes diverses, Fol se priveroit-il de ce peu de plaisir.

S'il n'avoit en son cœur cest homieste désir D'allonger par vertu le cours de sa mémoire, Et gaigner par sa mort une immortelle gloire ?

Ce généreux désir de l'immortalité Tous l'apportent ici dès leur nativité.

Chacun ou plus ou moins, selon que de nature Il est favorisé, ou de sa nourriture :

Ce qui nous monstre bien que tout on ne meurt pas. Mais qu'il reste de nous après nostre trespas. Je ne sçay quoy plus grand et plus divin encore, Que ce que nous voyons et que la mort dévore.

Celuy vra\'ment seroit semblable à ces Geans, Qui furent foudroyez par les champs Phlegreans, Qui penseroit que l'homme, après sa sépulture. Du bruit qu'il a laissé n'eust sentiment ni cure. Car l'esprit réuni à son éternité Et voyant au miroir de la divinité Tout ce qu'on fait ici, comme au ciel il hérite Avec un heur parfait du fruict de son mérite. Aussi sent -il le fruit qu'en terre il a laissé. Pour les faits dont il est au ciel recompensé. C'est pourquoy ces grands Rois et magnanimes Princes, Apres avoir doté les barbares provinces, Fait florir la vertu, la justice et la paix, Dechassé les Tyrans, et par autres bienfaits Aidé le genre humain, pour sacrer leur mémoire A la postérité, engraverem la gloire De leurs faits généreux en marbres eslevez, En colonnes, en arcs à double front gravez, En superbes tombeaux, et semblables ouvrages Que le temps a domtez. Quelques autres phis sages

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