SONNET DE DANIELLO
?st un jour bref et obscur auprès de l'Eternel, et s et de maux ; et si beaucoup plus rapides que les :s tu vois les années s'en aller et ne plus faire de âme, que fais- tu ? Ne vois-tu pas que tu es ense- ^eugle erreur au milieu des fâcheux soucis mortels ? s t'ont été données pour voler à l'éternel, au haut le-les, car il en est désormais bien temps, afin de ;lu mondaine qui est si tenace, et déploie-les vers is court chemin : — là est le souverain bien que sire ; là, le vrai repos ; là, la paix, qu'en vain tu i-bas(i).
italien :
Se*l viver nostro è brève oscuro giorno
Presi'a l'eUrno, e pien d'uffanni e mali ;
E piu veloci assai che venti o slrali
Ne vedi ir g H anni e piu non far ritorno.
DE l'olive Z2f
Eh bien ! je vous le demande, peut-on dire que Joachim a traduit purement et simplement le sonnet italien ? Évidemment non. D'abord il lui a donné des ailes. Au lieu d'une méditation verbeuse et molle, il en a fait, pour me servir d'un terme cher à Alfred de Vigny, une élévation courte et sublime. Non seulement il lui a pris tout ce qu'il avait de bon, mais il y a ajouté le vers admirable :
Si périssable est toute chose née
sur lequel tombe le premier quatrain et qui sert en quelque sorte
de tremplin au vers suivant. Il a mis du rêve là où il y avait de
Faction.
Qyie songes-tu, mon âme emprisonnée ?
a une autre valeur poétique que l'expression : « mon âme, que fais-tu? » Et le dernier tercet, tout entier de la main de Joachim, donne au sonnet, tel qu'il Ta construit, une signification, un couronnement, qui lui manquaient.
Et puisque le nom d'Alfred de Vigny s'est présenté tout à l'heure sous ma plume, ce que je viens de dire de Joachim me rappelle ce qu'il écrivait un jour à une amie au sujet d'André Chénier :
« Vous vous apercevrez que André est un traducteur presque perpétuel, ici Catulle, là Ovide, là TibuUe, ailleurs Anacréon, Virgile plus loin; c'est un corsaire véritable, et tous ses péchés ne sont pas siens, ils ont dix- huit cents ans de date, vous pouvez l'ab-
Alrna, chef ai? cbe non H miri inttmo Sepoîta in citco error ira le mortali Noiose cure? e pot H son date ait ' Da volar a Vetemo alto soggiomo^
Scuoiile^ trista, clae fcm tempo bornai, Fuor del visco mondan cVe si tenace; E le dispiega al ciel per dritta via :
Ivi è quel sommo ben cVogni buom desia ; IvTl vero riposo; ivi la pace CVindamo tu quagiu cercando vai.
soudre. — Ce qui est charmant en lui, c'est la grâce dans .Farrangement de ses biens dérobés, et la forme latine et concise de son vers (i) »
Joachim ne fit pas autre chose que d'arranger à sa façon ses précieux larcins, et il faut croire que la méthode était bonne puisqu'André Chénier s'est vanté de l'avoir suivie, dans une épître à Le Brun dont je citerai ce très beau passage :
Ami, Phœbus ainsi me verse ses largesses.
Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses. Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux. M'embrasent de leur flamme, eije crée avec eux. Un juge merveilleux, épiant mes ouvrages.
Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu*il nomme ; et, les trouvant. Il s'admire et se plaît de se voir si savant. Qpe ne vient-il vers moi ? Je lui ferai connaître Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant La couture invisible et qui va serpentant Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. Je lui montrerai l'art ignoré du vulgaire De séparer aux yeux, en suivant leur lien, Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien. Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave, Tout ce que des Toscans la voix fière et suave Tout ce que les Romains, ces rois de l'Univers, M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers. Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce ; Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux. . Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée Mais qui revêt, chez moi souvent entrelacée.
Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ; Tantôt je ne retiens que les mots seulement ; J*en détourne le sens, et l'art sait les contraindre Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre.
(i) Lettre à M"« Camilla Maunoir.
DE L'OUVB 229
La prose plus souvent vient subir d*autres lois, Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts ; De rimes couronnée et légère et dansante, En nombres mesurés elle s'agite et chante.
Des antiques vergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés ; Aux trous de mon verger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. De ce mélange heureux la sensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Dévot adorateur de ces maîtres antiques, Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques. Dans leur triomphe admis, je veux le partager. Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger.
Le critique imprudent, qui se croit très habile. Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile ; Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi), Montaigne, il t*en souvient, l'avait dit avant moi(i).
Et je crie avec eux ! retenons ce mot d'André Chénicr : il n'est pas de définition plus heureuse et plus exacte de la méthode employée par J. du Bellay pour enrichir notre idiome national des dépouilles des Italiens et des Anciens, car si c'çst imiter quelqu'un que de planter des choux, comme Ta dit spirituellement Alfred de Musset, c*est être original et créer que d'imiter comme Ta fait Joachim.
André Chénier, qui avait lu Rabelais et Montaigne, connaissait également la Pléiade. Il aimait trop la Grèce, sa mère-nourrice, pour n'avoir pas eu la curiosité de voir quel parti l'école de Dorât avait tiré de ses lectures grecques, et le vers fameux d'André
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques n'est en somme qu'une variante de ceux de Joachim :
Renouvelons aussi Toute vieille pensée.
(1) Épftre à Le Brun, IV, éd. Becq de Fouquières, 1872.
M. Reînhold Dezeimeris nous dira tout à Theure en quels endroits le poète d'Hertnis s*est rencontré avec celui de ÏOlive (i).
(i) Après la publication de sa notice sur P. de Brach (1857-1858), Sainte-Beuve avait engagé M. Reinhold Dezeimeris — c'est de lui que je tiens ces détails — à publier un choix de poésies de J. du Bellay. Pour répondre à cette pensée bienveillante du maître, M. Dezeimeris lui envoya un échantillon de ce que pourrait être son travail d'annotateur et de critique. Mais comme M. Firmin Didot, qui venait d'éditer le Ronsard de M. Noël et le Rabelais de M. Ratery, hésitait à faire entrer dans sa petite collection in- 12 le du Bellay que lui proposait M. Dezeimeris, le Commentaire de ce dernier resta dans ses cartons . J'aurais voulu l'en tirer aujourd'hui pour mon profit et celui de mes lecteurs, mais il a été impossible à M. Dezeimeris de le retrouver ; heureusement que ses lettres à Sainie-Beuve ont été conservées. M. le Vicomte Spoelberch de Lovenjoul, entre les mains duquel elles sont aujourd'hui, a eu l'obligeance de mêles communiquer. J'en extrais avec l'agrément de leur auteur les passages qui se rapportent à VOlive ; on verra quel cas Sainte-Beuve faisait des remarques de son distingué correspondant :
Bordeaux, le 23 juillet 1867.
J'arrive à l'instant, Monsieur, et mon premier soin est d'ouvrir mon poudreux carton sur du Bellay. J'y trouve un affreux désordre, beaucoup de renvois muets que je ne puis si rapidement vérifier ; enfin je m'aperçois que l'exemplaire sur lequel j'ai noté diverses imitations est à la campagne. Si j'avais été prévenu plus tôt, pjut être aurais-je pu fournir quelque chose (Sainte-Beuve préparait à ce moment son dernier article sur Joachim) mais si le désordre ne vous fait pas peur, voici quelques notules prises au hasard et que je choisis parmi celles qui sont de nature à donner lieu à quelques rapprochements ou parallèles.
Comparer du Bellay et Lamartine et rapprocher de V Isolement le cent treizième sonnet de VOlive, (On ne savait pas encore que Joachim l'avait emprunté et imité d'un poète italien.)
Lamartine
Là je m'enivrerais à la source où j*aspire, Là je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour.
ou Bellay
Là est le bien que tout esprit désire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l'amour et le plaisir encore.
Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras reconnaistre Tldée
De la beauté qu'en ce monde j'adore.
DE L*OLIVB 251
Disons tout de suite que, sans avoir jamais cité le nom de Joachim, il s'est évidemment souvenu du PoiU Courtisan dans la page éloquente
Malgré cette fidélité à l'hiatus, il y a dans ce sonnet, qui n*est pourtant pas un de$ meilleurs, une note à constater. Que songes-tu^ mon âme emprisonnée ? C'est un commencement de médiution (i).
Les imitations d'Horace sont très nombreuses, sans parler des odes dont plusieurs ne sont que paraphrases d*Horace. Voyez les sonnets loi derO/tw(Horat., II, I, 3, 9 et suiv., etc.) et 102 (Horat., Oi., III, 16).
Quelques vers d*Horace (II, 5) sont imités à la fin de la pièce de du Bellay intitulée Description de la corne (Tabondance^ etc. André Chénier dans Arcas et PaUmon a insisté sur les mêmes traits, et puisque j'ai parlé de Chénier je noterai quelques passages qui pourraient entrer dans un parallèle. Après avoir lu le sonnet 67 de V Olive et ces vers de Pontanus {Armorum^ lib. I).
O jucunda mti suspiria nunlia cordis
O oculif nunc jam fiumina, non oculi, Hec mandata mea constanter ferle puella /
Lire le joli fragment d'André, p. 241, XIII, éd. Becq de Fouquières.
Rapprocher de Tode IX de du Bellay (des Conditions du vrai poète) — réminiscence du Quemtu Melpomene, semel — la belle élégie d'André, p. 147, éd. Becq : museSy accourex,^ etc.
Mais les rapprochements les plus intéressants parce qu'ils seraient les plus vrais et les plus utiles seraient ceux que l'on pourrait faire entre V Illustration, VÈpitre au lecteur de du Bellay et le poème de VInvention de Chénier, ainsi que son épftreà Le Brun, p. 316. Mais il est évident que cela vous a sauté aux yeux d'emblée.
Qpant à des rapprochements pris à droite et à gauche, à des rencontres de hasard, j'en aurais bon nombre à vous ofïirir^ mais comment savoir celles qui pourraient convenir à votre dessein ? Vous plairait-il, à propos de l'ode XII, De porter les misères et la calomniey où l'on trouve ces vers :
Bien que vertu ne dompte la fortune ; Comme le roc, quand la mer importune En çà et là contre lui se courrouce Rompt ses gros flots et de soi Us repousse.
(i) Au-dessous de cette ligne, Sainte-Beuve a écrit la phrase connue : « Jamais le flageolet de Marot n*eut de ces accents. »
2 NOTES ET COMMENTAmE
vigoureuse que voici : a La seule différence essentielle, conune bserve judicieusement M. Emile Faguet, est qu'au xvi* siècle, poète courtise à la cour et qu'au xviii«, peut-être même au xix* au xx*9 il courtise dans les salons et auprès des grands de ce onde. La différence est essentielle, en effet, mais elle est petite (i). » oici donc la page de Chénier :
«... Q^e de fois n*a-t-on pas vu tel ou tel auteur célèbre qui, dans ses preiers écrits, avait déployé toutes les forces de son génie à terrasser les grands us d'éloquentes invectives, pour peu qu'il voie le jour à se mêler parmi eux, ['ils rinvitent à souper, qu'ib le pressent de lire devant de grandes assemblées, anger tout à coup de drapeaux et devenir courtisan lui-même ! Qpe dis-je ? Il les prend pour modèles. Il imite leurs phrases, il les cite familièrement ; il com- >se son visage ; il mesure ses paroles ; il représente ; il va même jusqu'i protétr, et tout cela avec une maladresse grotesque, une gêne gauche et risible qui npéche qu'on ne s'offense de cette vanité mesquine et puérile et qui rappelle le bon lurdain embarrassé s'il mettra ou ne mettra pas sa robe de chambre. Passe encore il savait prenare cette facilité, cette aisance qu'au moins une longue habitude donne IX gens de cour et qui chez eux fait de toutes ces fadaises une espèce d'exercice sez amusant à voir une fois. Car, remarquez bien, je vous prie, les divers ïgrés de cette généalogie de bassesse. L'altier courtisan emprunte tout son gueil des regards du maître qui ont daigné tomber sur lui ; mais à son dîner,
ous plairait-il de vous souvenir que Paul le Silentiaire a dit tout à fait la même lose en une épigramme {AntJwl, Palat., X, 74) qui finit ainsi :
'H a'apett) oraôepbv ti xal atpoiiov, rj; ïtzi iaouvt); xû|AaTa 6apaaXé(i>c TrovTOTropet êitfTOU.
'est une belle devise faite pour vous.
Pour finir en renversant mon petit panier, je vous dirai qu'au cinquante-septième )nnet de VOUve on pourrait avantageusement citer Catulle, VII ; Ronsard 4mours^ II, chanson après le sonnet 27) ; MaruUe, qui a imité Ronsard ; Desartes, p. 134, éd. Michiels ; Bertin, III, 6, et André Chénier, p. 279. Le malheur »t que le sonnet de du Bellay ne vaut pas tout çà.
Hoc pauca e tnuUis. — Si je trouve quelque chose de plus saillant, je vous l'enerrai. Aujourd'hui j'ai voulu surtout vous montrer que si je ne sais vous être bon quelque chose, ce n'est ni l'empressement, ni le désir qui me font défaut. . .
Reinhold Dezeimeris.
(i) André Chénier, p. 34.
DE l'OUVE 233
il est maître à son tour et ses regards en tombant sur le ridicule front de son poète, lui transmettent une partie de cet orgueil emprunté. C*est la lune qu emprunte sa lumière du soleil et qui vient sur la terre se réfléchir dans un bourbier. Mais, outre le ridicule qu'entraîne un pareil changement de conduite, combien Thomme, qui en est coupable et qui est ainsi la dupe de son orgueilleuse politesse, a de quoi rougir â ses propres yeux ! Confus, inquiet, tourmenté par sa mémoire, pressé entre ce qu'il fait et ce qu'il a dit, il voit bien qu'il faudrait effacer ou sa vie d'aujourd'hui ou ses ouvrages d'autrefois. Il craint que chacun ne soupçonne que ceux-ci ne venaient que d'un dépit amer de chagrin, d'une impatience colère de se voir ignoré ou négligé. Il sent que ses complaisances nouvelles rendent sa fierté passée ridicule et que sa fierté rend ses complaisances d'à présent plus honteuses. »
Et ceci m'amène tout naturellement à parler de la date vraie ou vraisemblable de la composition du Poète courtisan, je ne dis pas de sa publication, puisque nous savons que Joachim ou plutôt Aubert, son éditeur posthume, la fit paraître en 1559, P^" ^^ temps avant sa mort, sous la même couverture que la traduction de Tépître deTurnèbe sur la Nouvelle maniire de faire son profit des lettres.
J'ai soutenu dans la Vie de Joachim (i) que le Poète courtisan ne pouvait pas avoir été composé plus tard que 1550, l'auteur n'ayant aucune raison, neuf ans après, de partir en guerre contre Mellin de Saint-Gelays, tandis qu'en 1550 il avait tout intérêt à le ridiculiser et à le démolir. A cela M. Louis Clément, que cette question préoccupe tout particulièrement, m'a répondu qu'il n'était pas prouvé que le Poète courtisent ait été dirigé contre Mellin de Saint- Gelays. Contre qui, alors ? M. Bourciez, dont on connaît le bel ouvrage sur les Mœurs polies et la littérature sous Henri II y et qui avait cru d'abord que cette satire avait été écrite par du Bellay entre 1350 et 1352, M. Bourciez m'écrivait au mois de juillet 1901 qu'il aurait dû mettre 1531 au lieu de ISS^^ ^^^^^ dernière année étant celle où Joachim partit pour Tltalie. « Qpoi qu'il en soit, disait-il, je persiste à croire que la date approximative de 1549 ou
(i) Revue de la Renaissance, 1. 1, p. 147 et suiv.
|ue celle de 1559. La pièce a fort bien pu rester Il une dizaine d'années; on s'expliquerait mal t composée au lendemain de la mort de Saintlent où le succès de la Pléiade était définitif, et bs la pièce latine à laquelle je fais allusion : il y de duplicité qui me le gâterait un peu. La satire qui se rapporte bien mieux à 1550, alors que t que la nouvelle école cherchait à s'affirmer. » >ont à peu près les mêmes que celles que j'avais n de ma thèse. Depuis, il m'est venu un autre lonne, je le crois du moins, plus de poids encore. : courtisan parut le même jour et sous la même pître traduite en vers de Turnèbe, M. Chamard ette satire fut écrite à la même époque. Tel n'est :nt. Le Discours au roi sur la Poésie parut égalées la mort de Joachim. Est-ce une raison pour 5 fait M. Chamard, qu'il fut composé en 1558 le époque par conséquent que le Poète courtisan lèbePSi cela était, comment expliquer que, dans ur la Poésie^ Joachim ait fait l'éloge de Paschal, 5 dans l'Épître de Turnèbe ? Il avait beau être er à se contredire, il y a tout de même des controp fortes et celle-là est du nombre, jue la satire du Poète courtisan doit remonter à qu'elle soit écrite en vers hexamètres et que mencé de faire publiquement usage de l'alexan-
iSS3(0s donner la parole à M. Reinhold Dezeimeris.
ît remarques qu'il envoyait à Sainte-Beuve sur
s de septembre 1858 :
la f^û de Joachim dans la Revtu de la Renaissanu^ 1. 1, p. 148 .
LE POÈTE COURTISAN
Comparez à cette pièce celle qui se trouve plus loin, intitulée : Traduction d'une Epistre latine sur un moyen nouveau de faire son proufit de VEstude des Lettres,
Vers I . Du maître d'Alexandre], Aristote, le fameux philosophe, auteur d'une Poétique fameuse.
— .3. Comment jouer il faut]. Qpo scribi possint numéro. Horace, Art
Poét.y 74.
— 4. Dessus un eschafaut], Horace, Art Poét.y 279. Sur les tréteaux, sur le
planches, représentations tragiques.
— 5 . L'humble comédie], c'est-à-dire la comédie dont le style est bourgeois,
familier (privatis carminibus. Ars Poet., 90) comparé à celui de la tragédie et de l'épopée et qui est obligée, pour s'élever parfois^ jusqu'à elles, d'élever le ton (tollere vocem. A. P., 93).
— 6. Le Méonien], Homère. — Tout ce commencement fait allusion à divers
passages de VArt poétique d'Horace ; v. 89 à 1 52.
— 9. Le poète du Vide], c'est-à-dire je ne dépeins pas le poète tel que le
désire Vida. — Jérôme Vida, savant italien, né vers 1490 à Crémone, évéque d'Albe en Piémont, est auteur d'un Art poétique bien connu, écrit en vers latins. — Du Bellay dit le Vide ou le Vida comme on dit le Tasse, le Dante.
— 10. Mon autheur]. La cour est la seule autorité à laquelle je me conforme.
— II. Artisan]. Artiste, artifex.
— 12. L'Apollon courtisan]. Le modèle des poètes courtisans.
— 13. Où], sujet où...
— 15. Celui donc qui est né]. Comparez le commencement de VArt poétique
de Boileau. — se tenter], s'essayer.
— 16. Premier que], avant que.
— 18. Commun], banal.
— 20. Je ne veux, etc.). Perse (Sat,^ V, 62) :
Ât te noctarnis juvat impallescere chartis.
— 21. Feuilletant, eic.J. Horace (Ars Poei,^ 368) :
Vos exemplaria graeca Nocturna versate manu, versate diuraa.
Vers 27. Ses ongles il ne ronge]. Horace (Sat.y IX, 70) :
Ei in venu fasciendo Sape caput scaheret, vives et roderet ungues.
et Perse (Sai.^ I, 106) :
Nec pluteum ccedit^ detnorsos nec sapit ungues.
Voyez plus loin la pièce intitulée Y Adieu aux Muses traduit du latin de Buchanan, v. 28 et suiv.
— 34. Est plus authorisée], est plus en honneur. — Régnier semble s'être
inspiré de ce passage dans ces vers de la 3* satire (v. 5 1 et suiv.) :
Puis, que peut-il servir aux mortels icy bas.
Marquis, d'estre sçavant ou de ne Testre pas.
Si la science pauvre, affreuse et mesprisée
Sert au peuple de Cable et aux grands de risée.
Si les gens de latin des sots sont dénigrez.
Et si Ton est docteur sans prendre ses degrez?
Pourveu qu'on soit morgant, qu'on bride sa moustache,
Qji*on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache,
Qji'on parle baragouin et qu'on suive le vent.
Eu ce temps du jourd'hui l'on est que trop sçavant.
— 37. Mascher le laurier] . D'après quelques poètes anciens ceux qui mangeaient
du laurier étaient pris de transports poétiques. Voy. Le Scholiaste d'Hésiode (r^o^., 30).
— 38. Songer en Parnasse]. Comparez ces deux vers à ceux-ci d'André Ché-
nier :
Je rêve assis au bord de cette onde sonore Qp'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois, Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois.
Chénier y a traduit littéralement deux vers d'Asclépiade {Anth, Palat,,