‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 15 sur 72 · ROYER-COLLARD* A A. DE TOCQUEVILLE · texte numérisé non relu

ROYER-COLLARD* A A. DE TOCQUEVILLE

Châteauvicux, 21 juillet 1857.

Votre lettre, monsieur, m'est arrivée presque à la veille de mon départ. J'aurais voulu vous répondre sui le-champ; je ne l'ai pas pu, embarrassé de Uiille soins.

'On voilpar la lellre qui précède, que M. Roycr-Collard s'appliquait à modérer le désir qu'éprouvait Tocqueville d'cnlrer à la Chambre des députés. Les trois lettres qu'on donne ici de Royer-CoUard à Tocqueville, écrites à l'occasion des élections de 1837, font voir dans quels termes remarquables ces conseils étaient donnés.

La publicalion do lettres de l'un des correspondants de Tocqueville est une exception à la rè*;lc que nous nous sommes prescrite, et dont nous ne nous sommes écarti s qu'une seule fois en publiant quelques lettres de M. le comte Mole. Le nom de M Royer-GoU.ird, qui, comme M. Mole du resle, n'est plus, justifiera sans doute, aux yeux du lecteur, celle «lérogntion à notre principe. Les fragments que M. de Barante a publics de celle correspondance (Vie et Œuvre* de Royer-Collardj^ vol. in- 8) ont suffi drjà pour en uiontrer tout rintéiét. Nous aurions voulu pouvoir

M. HOYER-COLLARD A A. DE TOCQIJEYILLE. 155 HUoique ma roule ne soit pas longue, cinquante et quelques lieues, elle m'a fatigué, parce que j'étais mal disposé. Il y a quinze jours que je suis .ici, libre de soins d'affaires et presque de pensées. Je goûte le repos, le loisir, le silence après le tumulte des derniers jours de Paris. Je prends votre lettre, je la lis et la relis. Elle achève l'idée que j'avais de vous...

Quand j'ai quitté Paris, la dissolution était certaine, malgi'é les apparences contraires, ou tout à l'heure, ou au mois d'octobre. Il est donc à propos que vous pensiez sérieusement aux élections. Il n'y a rien de plus sage qiie ce que vous écrivez là-dessus et ce que vous pratiquez; laissez faire. Agir serait une imprudence à tous égards ; c'est beaucoup et peut-être trop de désirer même faiblement.

Dans un temps d'instabilité, il n'est pas bon d'entrer * très-jeune dans les affaires publiques ; si j'avais eu ce malheur, j'aurais été incapable de la conduite que j'ai eue sous la Restauration, et tout ce que j'ai de vie publique est là^ La grande réputation que vous eslimez le plm précieux bien de ce monde est plus assurée aujour-

dunner ici, en même temps que toutes les autres lettres de Royer-ColkirU que nous avons. ceUes de Tocqueville que nous ne possédons pas, et qui

rL..- .,... ...,,i. ' Celle-ci, bien digne dépositaire de l.i m^-iiioire Av î^iiti illustre père, aurait sans doute €<e*» tt!lir i& il li^i ilip^posilion de u:adaine de lc»cque- ^ *i:h yuhUit, ^j de irisles cifconsiauc s, dont s'afijt'h atnih, ti'^ îui eussent jus^juà présent inleri d (fi^suii^ai iiui serait nécessaire pour préparer ilioii^ \yote de l Éditeur.) ■

i5d GORRESrONDANCR.

d'hui par des livres tels que les vôtres, qu'elle ne peut l'être par la tribune. Vous vous êtes éprouvé comme penseur et comme écrivain; vous vous ignorez comme orateur, et il faut à l'orateur bien autre chose que du talenU

Il a besoin de circonstances favorables, d'un certain élat du gouvernement et d'une certaine disposition des esprits. Le succès a toutes sortes de conditions qui lui sont en quelque sorte étrangères. Non, je ne vous crois pas un orgveilleux^ un ambitieux; je mets, il est vrai, moins.de prix que vous à l'opinion, c'est-à-dire à Topi* nion du grand nombre; car l'opinion du petit nombre, c'est-à-dire des juges cdaircs, est ce qu'il y a de plus digne d'être ambitionné ; c'est la vraie gloire. Mais je ne parle que pour moi à qui dans mes rêves d'amour-propre la distinction et la considération suffisent. 11 y a, je le sais, de plus hautes vocations, et la vôtre est de ce nombre ; je 1^8 reconnais, je les honore, je les admire, eii leur adressant toutefois ce conseil dont Bossuel fait honneur au grand Çondé : qu'il faut songer d'abord à bien faire, et laisser venir la gloire après.

Vous m'écrirez quelquefois, n'est-ce pas? J'aime à vous lire, et je prends plaisir aussi à causer librement avec vous.

J'ai repris mes habitudes studieuses et solitaires. Valencay est mon seul voisinage, à six lieues. M. de Talleyrand est venu le premier, tant il a besoin de changer de place, J'ai rendu cette visite. Madame la duchesse de Dino ne se porte pas bien. Elle a été sensible à votre sou*

M. ROYER-COLLAHD A A. DE TOCQUEVILLF. 157

venir. Elle espère vous acquérir. Nous remercions cordialement madame de Tocqueville du souvenir, qu'elle veut bien garder de nous. Je vous prie de lui faire agréer mon hommage spécial. Adieu, monsieur, vous savez ce que vous m'éles.

ROYEII-COLLARD.

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