A JOHN STUART MILL, ESQ
cial, ce n'est pas à ceUe nation qu'on peut laisser prendre aiscment rhabi(ude de sacrifier ce qu'elle croit sa grau^ deur à son repos, les grandes affaires aux pelîies; ce n*est pas à une pareille nation qu'il est sain de laisser croire que sa place dans le monde est plus petite, qu'dle est déchue du rang où l'avaient mis ses pères, mais quil faut s en consoler en faisant des chemins de fer et en faisant prospérer au sein de la paix, à quelque condition que cette paix soit obtenue, le bien-être de chaque particulier. Il faut que ceux qui marchent à la télé d'une pareille nation y gardent toujours une attitude fière, s'ils ne veulent laisser tomber Irès-bas le niveau des 'mœurs nationales. Ln nation s'érait crue humiliée; elle l'était en eflel, sinon par les actes, au moins par le langage de nos ministres. Son gouvernement le lui avait dit; il avait fait en son nom des menaces ; et dès que ces menaces imprudentes et folles avaient amené le danger, ce mémo gouvernement, ce même prince, qui s'étaient montrés si susceptibles et si fiers, déclaraient qu'il fallait reculer. A ce signal, une grande pai lie de la classe moyenne donnait l'exemple de la faiblesse. ; elle demandait à grands cris qu'on pliât, qu'on évitât la guerre à tout prix. Le '^auve-qui-peut était général, parce que Texemple était parti delà tète. Croyez- vous que de pareilles circonstances puissent se renouveler sans user un peuple? Est-ce là l'hygiène qui nous convient? et n'était-il pas nécessaire que des voix fermes et indépendantes s'élevassent pour protester au nom de la masse de la nation contre cette faiblesse; que des hommes qu'aucun lien de parti n'en-
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c'Iiaine encore, qui bien évidemment nont ni tendances napcJéoniennes ni goûts révolutionnaires, que de pareih hommes vinssent tenir un langage qui relevait et soutint le cœur de la nation et cherchassent à la retenir dans cette pente énervante qui Tentraine chaque jour davantage vers les jouissances matérielles et les petits plaisirs. Si nous cessions d'avoir l'orgueil de nous-mêmes, mon cher M ill, nous aurions fait une perte irréparable.
Je ne voulais vous écrire qu'un mot, me voilà à la fin d'une longue lettre, bien confuse, écrite bien à la hâte, d'où il ne ressortira peut-être pour vous rien de clain mais où vous trouverez, j'espère, une nouvelle preuve de l'estime et de l'amitié que je professe et que j'ai pour vous.
P. S. — Venez donc nous voir cet été à Tocquevillo. De Southampton, le bateau à vapeur vous y mène en huit heures.
A il. LÉON FÂlCIIER
TocquoviUe, :> juillet \M\.
J'ai vivement regretté, mon cher ami, de n'avoir p» vous voir à Paris. Pendant le peu de jours que j'y m^ resté, je formais chaque matin le projet de vous nllrr chercher h Sainl-Ch)ud^ et mon teni|)s se trouvait si bien pris que le soir arrivait sans que je pusse réaliser mon projet. Ainsi je suis parti sans vous voir et même san<