‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 31 sur 72 · A M. DUFAURE · texte numérisé non relu

A M. DUFAURE

tion en France se rencontrent dans les lois politicpies et adminislraliTes. Celles-ci sont non-seulanmt trèsdifierentes, mais contraires à tous nos principes : ce qui souvent est nécessaire et quelquefois parfaitement inutile. La plus grande garantie, la garantie-mère j qui me parait manquer à l'Algérie, et vers laquelle toute la population civile semble soupirer, c'est l'extension de la toi proprement dite aux principales affaires algériennes. Pensez à cela, je vous prie : quant à moi, j'a- Toue que, tout disposé que je suis à laisser une plus grande part à l'ordonnance ici qu'en France, je me persuade, de plus en plus, qu'il y aurait peu d'inconvénients et mille avantages à faire rentrer, dans toutes les choses principales, cette grande affaire sous le contrôle

des Chambres

Pardonnez-moi, mon cher collègue, ce long griffon^ nage écrit bien à la hâte : répondez-moi le plus tôt possible à Alger, et croyez à tous mes sentiments de bien sincère amitié.

Paris, 1X47.

Mon cher ami, M. Guizot est venu hier à mon banc me demander si, lorsque le moment sera venu, vous consentirez à être présenté au roiV «l'ai répondu de vos sentiments monarchiques et même dynastiques, et j^ai affirmé que vous accepteriez avec respect cette occasion d'entrer en communication directe avec Sa Majesté. Quoique M. Guizot m'en croie certainement sur parole, il m'a prié de vous adresser la question et de lui faire connaître votre réponse. Écrivez-moi donc, ou venez me dire deux mots aujourd'hui à la Chambre.

Vous comprenez, du reste, que ceci n'est pas fait pour vous, dont les opinions politiques sont connues. C'est, sans doute, un précédent qu'on établit pour avoir plus

1. M. Ampère venait d'être élu membre de rAcndéinio frr.nçai$i>.

A M. J >J. AMPÈRE I

tard un prétexte de refuser la sanction royale aux ennemis du prince et de l'État. Tout à vous.

Tocqueville, 25 août 1847.

;Ie vous remercie beaucoup, mon cher M. Senior, de m^avoir indiqué votre itinéraire: non pas que j'aie l'espérance de vous rencontrer hors de France ; mais ce que vous me dites me permet de m'arranger de manière à vous voir à votre passage à Paris. Je compte être dans cette ville du 1*^ au 15 octobre; par conséquent nous pourrons nous y trouver. Veuillez donc, je vous prie, dès votre arrivée, me faire connaître votre adresse; j'irai aussitôt vous chercher. Je demeure à Paris, rue de la Madeleine, n"" 30 bis.

J'aurai un extrême plaisir à vous revoir après cette longue absence et à causer avec vous de tout ce qui s'est passé et se passe dans le monde. J'aurai malheureusement peu de temps à rester avec vous ; je ne fais, à vrai dire, que traverser Paris pour me rendre chez mon père, qui habite près de Compiègne.

Vous trouverez la France tranquille et assez prospère,

mais cependant inquiète. Les esprils y éprouvent depuis

quelque temps un malaise singulier; et, au milieu d'un

s giand que celui dont nous avons joui depuis

, l'idée de l'instabilité de l'état de choses ac-

3!sente à beaucoup d'esprits. Quant à moi, quoi-

que je voie ces symptômes avec quelque crainte, je ne m'en exagère pas la portée; je crois notre société solidement assise, par la raison surtout qu'on ne saurait, le voul&t-on, la placer sur une autre base. Cependant cet aspect de Télat des esprits doit faire sérieusement réfléchir, Le système d'administration, pratiqué depuis dixsept ans, a tellement perverti la classe moyenne, en faisant un constant appel aux cupidités individuelles de ses membres, que cette classe devient peu à peu, pour le resie de la nation, une petite aristocratie corrompue et vulgaire, par laquelle il parait honteux de se laisser conduire. Si ce sentiment-là s'accroissait dans la masse, il pourrait amener plus tard de grands malheurs. Mais comment empêcher le gouvernement de corrompre, lorsque le régime électif lui donne naturellement tant de besoin de le faire, et la centralisation tant de moyens? Le fait est que nous tentons une expérience dont nous n'avons pas encore vu le dernier résullat; nous essayons de faire marcher ensemble deux choses qui n'ont jamais^ à ma connaissance, été unies : une assemblée élective et uû pouvoir exécutif très*centralisé. C'est là le plus grand problème du temps : il est posé, mais non résolu.

Il me tarde beaucoup de savoir ce que vous pensez de ce que vous venez do voir en Allemagne et de ce que vous voyez en ce moment en Italie,

Adieu,

Paris, 17 ayril 1848.

Mon cher monsieur Senior, j'ai reçu avec grand plaisir les documents que vous m'avez envoyés; ils sonl trèsprécieux pour moi, comme tout ce qui vient de vous. Je n'ai pas encore pu aller voir M. Rogei*s : dans ces temps de troubles, on n'est pas maître de ses moments. C'est ainsi que pendant toute la journée d'hier j'ai eu à la main le fusil au lieu de la plume. La journée, du reste, a élé excellente et serait décisive, si le parti modéré avait à sa tête un homme d'action. Le parti violent a tenté de faire une émeute. Les nouvelles qui arrivent des départements, annonçant le triomphe certain des modérés dans lea élections, faisaient sentir la nécessité d'un coup de main dans Paris. On a donc essayé un mouvement hier pour l'enverser le gouvernement provisoire : trente ou quarante niîlle ouvriers se sont réunis au Champ de Mars ; aussi-

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tôt le tambour a ballu dans Paris. En une demi-heure, cent mille gardes nationaux ont été sous les armes; les bataillons se sont formés en un clin d'œil et ont couru à l'Hôtel de Ville, aux cris de : Vive le gouvernement provisoire! à bas les communistes! Au bout d'une heure, Paris était dans leurs mains; et le rassemblement, après avoir vainement essayé de pénétrer à l'Hôtel de Ville, se dispersait. Voilà la première victoire bien nette remportée par le parti modéré depuis deux mois. Dieu veuille qu'il sache en tirer l'avantage qu'il pourrait en faire sortir !

J'ai appris avec une grande joie que vous avieî repris le projet de venir à Paris : c'est là que doivent venir ceux qui, comme vous, sont curieux des grands spectacles que présentent de loin en loin les choses humaines. Je vous serais Irès-obligé de vouloir bien m'apporter quelques documents qui me paraissent très-utiles en ce moment : l"" le premier est relatif au règlement de la Chambre des communes, c'est-à-dire à tous les procédés que suit cette Chambre pour mener les affaires. Nous aurons peut-être beaucoup à y apprendre pour notre assonibléo.

T Ce que je désirerais en second lieu, ce sont des documents de nature à faire connaître de quelle manière el suivant quels procédés fonctionne wXre mcome-tax. Nous lie pouvons guère éviter une taxe de cette espèce, et nous avons un grand intérêt à savoir comment on l'établit cl comment on la lève chez vous. Ainsi : je voudrais connaître qui t'élablit; d'après quelles règles elle s'établît;

A M. BOICUITTÊ U5

quds sonl les firais de perception; ce qu'elle a {Nrodoil le plus réœmmenl ; quels onl élé ses eflels économiques ou autres; quelles exceptions y sont apport^?...

Je ne tous en dis pas plus long, parce que je suis extrémonent pressé. Je quitte Paris aujourd'hui pour retouniâr en Normandie où les élections m'appellent ; je serai de retour dans dix jours. Adieu, mon dier monsieur Senior; présentez mes hommages à ces dames et erofez à ma sincère amitié.

A 11. BOrCBITTE

l^ins. r mai Iî<l8.

Mon cher ami, j'ai i*eçu de vous ce matiu une lettre lient je TOUS remercie. Comme vous le dites, il ne faut pas sfw hâter de féliciter ceux qui font partie de cette ;)s$emblée. Jamais il n'a été plus sage d'ajourner un compliment

Je ne vous parle point poUtique. 11 y aurait trop long à en dire, et, d'ailleurs, l'obscurité qui enveloppe Tavcuir le j^us prochain est, quant à présent, impénétrable. La nation vient de se montrer bien digne de la liberté; mais où sont les hommes qui sont dignes de conduire une nation libre? Je mets sous bandes deux de mes discours et je vous les adresse. Yous avez raison de dire que vous craignez les intérêts matérialistes de la révolution qui vient de s'opérer. La révolution de 1789 est sortie du cerveau et du cœur de la nation ; maù^ celle-ci a pris

35« CORRËSl'ONOANùfi.

en partie naissance dans son estomac; et le goût des

jouissances malérielles y a joué un rôle immense.

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