A MADAME PUILLIIIORE ROSE MARG
facle unique et vraiment grand parce qu'il était simple. Ijc lendemain, m'ctant rendu à l'hôtel de H. Philipps, j'ai appris que celui-ci avait quitté Paris le soir même de rinstallation du président.
Je ne vous parle pas de nos affaires publiques; les journaux vous en apprennent autant que moi. J'ai été non étonné, mais affligé de Téchec du général Cavaignac, lequel a agi jusqu'au bout de manière à honorer ses amis. Le mouvement populaire qui Ta écarté du pouvoir ne s'adressait pas, du reste, à lui, mais aux républicains de la teille^ dont le gouvernement, depuis février jusqu'à juin, a si fort compromis la cause de la république. L'élection du 10 décembre est, avant tout, une réaction aveugle, mais honnête, contre eux. Je ne les plains guère ; car, je vous l'avoue, madame, je diffère un peu de vous quant au goût des couleurs en politique; je trouve le rose charmant, quand il se transforme en nom propre; j'aime infiniment à l'apercevoir sur une jolie figure comme la vôtre ; mais en opinion, je vous le confesse, je le repousse. Continuez donc, madame, je vous prie, à être Rose de nom et rose de feint ; mais ne le soyez pas en politique : on peut aimer la république sans cela. Je n'ai point été à Bruxelles, comme vous paraissez le croire, et même je n irai pas. J'ai donné, dès que le résultat du vote sur la présidence a été connu, ma démission. C'est ce qu'a fait aussi mon ami Gustave de Beaumont, notre ambassadeur à Londres. Veuillez, madame, me rappeler au souvenir de H. Phillimore et agréer l'hommage de mon respectueux dévoûment.
ANiNÉK \fi'i9
A KliOK.NE STOFFKLS
Th l<Htn; rn'a aniHc un vrai plaisir, tiiun cher ami. en m'appn^fiant ({iie TcUil si pcnihie dam lequel lu »<» panm; tout Thiver commençait h n'améliorer. J'espën* que le beau ti'mpf^^ »1l mt te donne une forte santé, tr rendra du moins une vie extérieure et sup|K>riablr. Comme tu me le dis, le mauvais côté de la vie i^l alui-Ui... J^ai moi-môme^ de ce coté, souvent lieaucoup d'ennuis. Ce^^endant avec l'Age ma santé se fortilie w;fisiblement, quoique je sois sujet h bien des incommodités. C'est ainsi que, depuis deux mois, je ne sais quel malaise mal défini me jelti; dans une sorte de lorpcfur qui me réduit h une sorle de sommeil intellectuel. Il semble que depuis que la propriéti'; et la vie ne soni plus en question, je ne puif^se plus m'intéresser h ricu.
A EUGEMi STOFFELS. 259
Gest le mal des révolutions qui, comme le jeu, Unissent par donner Tbabitude des émotion^ et par les faire aimer pour elles-mêmes, indépendamment même du gain. Ta lettre est pleine d'un sens profond et qui prouve que, si ton corps est malade, ton esprit gagne en vigueur ; je ne dis pas en justesse; car il a toujours eu cette qualité-ci à un degré rare. Ce que tu me dis de l'état des esprits à Paris et en province est vrai. Les effets que tu attribues au vote universel sont les effets réels. Ne sommes-nous pas cependant bien heureux de Tavoir? Où trouver une autre fahique^ dans laquelle on puisse forger des pouvoirs? Or, ce dont cette société qui ne croit plus ni à un homme ni à une idée, où tout est mobile et faible, a besoin, c'est moins d'un pouvoir bien organisé et sage que d'un pouvoir quelconque : sans quoi elle tombe en dissolution. Le vote universel est quant à présent la seule source que je connaisse où l'on puisse allei* puiser de la force gouvernementale : voilà son grand et pour ainsi dire, son seul mérite à mes yeux. Quant à ce qu'il fait en ce moment, il y a là beaucoup d'accidentel et «le passager, et ceux qui croient y voir des signes de son cviraclère permanent sont des gens qui ont la vue bien courte. Comme tu le dis aussi avec un grand sens, audessous de ces volontés actuelles qui aspirent à un gouvernement fort et presque absolu, il y a des mœurs, des habitudes, des idées^ des intérêts démocratiques et révolutionnaires qui se retrouveront tôt ou tard. .
Ihi reste, un voile épnis dérobe aux regards Ta-
240 CORRESPOND \NCF. .
venir le pins prochain. La nation n'a plus d'aulre passion dominante que celle du bien-être : et, chez un peuple en cet état, tout est possible. Adieu.
A M. ODILON BAUROT
pnéi'lltKNT UU CONSEIL DES VIKISmES
Fatiis, 4 mai I8i9.
Mon cher ami,
J*ai vu hier dans le Moniteur que vous m'aviez nomme d'une commission qui doit s'occuper de la question des prisons en l'envisageant surtout par son côlé pénal. Jo vous remercie d'avoir pense à moi, et je me félicite surtout que nous devions travailler sous votre présidence ; car, vous le savez, personne n'a pour vous plus que moi d'estime, et, malgré les misérables petits tiraillements de la fin du dernier règne, plus de sincère cl véritable affection. Nous étions tous les deux de la minorité dans la commission de Constitution, sur les deux capitales questions de la centralisation et des deux Chambres. J'e^ère, cette fois, que nous allons être ensemble de la majorité dans la commission des prisons et que nous y ferons de bonne besogne. J'aurais été causer avec vous un peu longuement, ce dont j'ai depuis longtemps grande envie, si je ne partais pour un petit voyage. Ma santé est tellement ébranlée par les agitations el les travaux de l'année qui vient de se passer, que quelques
A M. IIE.NRV KEEVE, KSlj. 241
jours tie dislraclion cl de i\^|h>s inc sont iiidisjiensableineDt nêcessiiires.
A M. nE>RY REEVK. ESQ.
Pans. 50 juin |84î>.
Mon cher ami, je vous remercie de voUc dernière kHIre. Le temps me manque pour y répondit; avec une eîHrlaine étendue.
J'ai été ti*es-sensible à Tinipression qu^a paru pi-otluire mon discours * sur la priasse britannique et dans le |)ublic anglais. Vous savez quelle estime je professe pour votre pays, et combien j'attache de prix à être jugé comme je crois mériter de Têtre par les honnêtes gens el les gens de cœur. Ce sont ces mêmes s;*ntiinents qui me ivndent ti*ès-pénible en ce moment Tespèce de violeiK^ et d'irritation génénde que cause en Angleterre Texpédition de Rome, bien que cette irritation ne puisse guère m'atteindre personnellement, puisque je ne suis entiv aux aflaii^es qu'au moment ou le sit^e était ci>mmencé et Poitiœ d'attaquer envoyé depuis six jours. Cependant il ne m'est piis moins pénible d en êti*e le témoin. Je comtois encoix^ cependant que la masse du public se livre, en cette matièi*e, à des impressions aveugles; mais ce que je ne conçois jkis et ce que je déplore, c'est que des hommes plitiques cher-