‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 34 sur 72 · i6 juin · texte numérisé non relu

i6 juin

chent, comme cela me pfH*ail avoir lieu maintenant presque fous les jours dans le Parlement, à envenimer jes sentiments fâcheux qui existent déjà à ce propos dans la nation. Gomment n'aperçoivent-ils pas par quelle suite de circonstances imprévues et déplorables nous avons été entraînés peu à peu, malgré notre profonde répugnance, à transformer en expédition guerrière ce qui n'était qu'une tentative pacifique et libérale? Gomment ne voient-ils pas avec quelle extrême modération nous conduisons cette malheureuse guerre, exposant notre armée et le bon ordre en France par la prolon* gation de ce long siège, plutôt que de nous tirer d'af* faire tout à coup par les moyens que la force met entre nos mains, et dont toutes les autres villes d'Italie ont fait répreuve? Comment n'aperçoivent-ils pas enfin tous les embarras, les gènes et peut-être les périls que l'état des esprits en France, au sujet de cette expédition, fait naître pour le gouvernement, et ne jugent-ils pas qne tout ce qui peut renverser ou même énerver ce gouverment met en péril la paix du monde et l'ordre social lui-même? Enfin, comment ne comprennent-ils pas que, malgré que nous ayons été contraints de prendre Rome d'assaut, nous sommes encore les seuls amis et les seuls garants de la liberté en Ilallc? Toutes ces choses peuvent passer inaperçues devant les yeux de la foule; mais que des hommes d^Etat pleins de modération et de lumière n'aperçoivent pas ces raisons et n'en soient pas touchés, voilà ce qui m'étonne profondément. Faites vos efforts, je vous pric^ pour ramener les esprits aux points

de vue vrais de cette affaire. Mille assurances d'estime et d'affection *•

Paris, i9 juillet 1849.

Mon cher ami, je ne serais pas sans quelques appré« hensions du résultat de la séance de la Chambre des lords qui doit avoir lieu demain vendredi, si lorateur du côté du ministère ne devait être le marquis de LansdovFne, dont l'habileté et la modération me sont connues. Je crois que quant aux intentions qu'a eues et que continue à avoir le gouvernement français, dans la' conduite de l'affaire de Rome, le cabinet anglais doit êti'e suffisamment édifié. J'ai mis dans la main de M. Drouyn de Lhuys des pièces qui prouvent avec la dernière évidence que nous n'avons aucun but secret dans cette entreprise, et que nous n'avons cessé de poursuivre, d'une part, le rétablissemen' de l'autorité tem*porelle du pape que nous considérons comme la condi* tion nécessaire de la liberté et de la paix des consciences dans le monde catholique; de l'autre, la garantie pour les États^Romains d'institutions libérales* Je suis convaincu d'avance que le gouvernement anglais nous ren^ dra sur ce point pleine justice; mais néanmoins son

i. LViginal de cette lettre porte écrite de la main de M. ReeVe IsL note suiTante : Showed this lo lord Brougham n)ho was much sttuk by it.

Jii COni;LSPO>DA>tK.

Iangd;^c fj^iurrail nous créer des emlian-a^^ s'il était do nature à faire croire qu'à ses yeux les résdltals de 0011*0 iotenrention doivent être nécmairemenl le rétablissement complet de toutes les institutions qui avaient été imposées au pape dans les derniers temps, c'est-a-dirc le ttatui. Nos adversaires, ici, tireraient certainement parti de ces déclarations pour nous pousser plus loin que nous ne voulons aller, ou du moins pour nous repnxrher de n'avoir jamais été assez loin : or, il est im- [lossible de savoir d'avance, dans la n^ociation épineuse dans laquelle nous sommes engagés, quel est le point précis où il faudra nous arrêter. Nous voulons obtenir des réformes libérales ti-ès-sérieuses, mais lesquelles? sous quelle forme ? Nous n'avons pas à le dire en ce moment. Ce serait nous gêner beaucoup que de créer dès à présent une sorte d'idéal dont la réalité ne pourrait plus s'écarter. Or, l'intérêt du gouvernement anglais (indépendamment des bonnes relations qui existent entre les deux nations) n'est pas de nous rendre h tiiche actuelle plus diflicile. Je vous proteste que nous ne demandons pas mieux que de sortir de Taflairc de Home, cl d'évacuer le territoire romain dès que nous le pourrons faire avec honneur; mais il Pdut que cette condition se rencontre, ou nous resterons en Italie, quel que soit le risque et les complications politiques qui puissent en résulter; je vous en réponds, du moins tant que je serai ministre. Tout le monde doit donc aimera nous faciliter une solution qui, loul en étant acceptable en Italie, le soit éghlcnient en France. Il faut donc se gar-

M.VDâNE la comtesse de GRANCEY. 345

tler de placer à l'avance le but à alteindre trop haut; car on peut être assuré qu'en ce genre nous sommes ilôlcrminés à faire tout ce qui est praticable et posvsible. l/heure du courrier qui me presse mVm| êche de vous on dire plus long en ce niomenl *.

i MADAME LA COMTESSE DE 6RANCEY

Paris, 29 juillet 18i9.

Vos recommandations, chère cousine, seit)nt toujours bien ivçues à l'hôtel dos Capucines, tant que ce caravansérail m'aura pour habitant. M. *** me trouvera donc bien disposé à son égard. Le moyen le plus facile et le plus simple d'atteindre son but est de se faire agi*éer comme attaché par un chef de mission, ambassadeur ou ministre plénipotentiaiiw Je le nommerai aloi^ sans relard.

Vous me i*appelez d'anciens souvenirs, mais non des «souvenirs effacés, en me parlant de mon départ pour TAmérique. C'était aussi un temps de révolution ; mais j'avais alors toutes les illusions de la jeunesse ! et TOcéan sur lequel je m'embai*quais était moins dur et moins dangereux que celui sur lequel je navigue aujourdlmi.

Croyez, chère cousine^ à ma vive et sincère affection.

1. En note sur roriginal de celte lettre a été écrite par M. Rceve la mention suivante : Leiter receiwd before the debaie in the Lords on Ihe htman expédition and cofitaining Tocqueville s déclaration ofhisintentiona in Italy. l sent il to lord Lofiiidowne, and lord Carliste sufid the substance of il in his speech.

A M. GUSTAVE DE BEAUMONT, A VIENNE

Patrie, 5 octobre 4849. (Cabinet particulier du ministre.)

Mon cher ami, la grande af&ire du moment, quant à la politique étrangère, je n'ai pas besoin de vous le dire, c'est l'affaire d'Orient. Les pièces que je vous transmets vous font connaître le langage violent tenu par la Russie, les démarches et le langage des ambassadeurs de France et d'Angleterre, enfin la détermination prise et déjà en partie exécutée par le gouvernement britannique. Tout cela a un aspect bien grave. Je persiste à croire cependant que la guerre n'en sortira pas, si nous mettons les formes de noire côté et que nous n'engagions pas d'avance contre nous l'amour-propre de nos adversaires. Vous avez là le premier rôle, et vous ne pouviez débuter, à Vienne, par une affaire plus difficile et plus importante. J'ai d'abord à vous faire connaître l'état d'espiit dans lequel se trouve ici le cabinet. Nous sommes tous d'accord qu'il faut marcher dans le sens de notre ambassadeur à Constantinople : approuver et aider le sultan. Mais quant au degré et à la mesure, notre parti n'est pas encore pris* Un point qui est déjà certain et convenu de part et d'autre, c'est d'engager l'affaire ainsi que je vous le disais plus haut, très-doucement. Nous avons, à Vienne, beaucoup de facilités pour agir de celle manière. Le prince de Schwar2enberg

A M. GUSTAVE DE BEAUMONT. S41

a déjà tenu un langage qui nous sert naturellement d'entrée. Nous sommes d'ailleurs, en ce moment, vis-à-vis de lui, dans d'assez bons rapports pour qu'il nous soit possible de traiter d'abord avec lui la question sur un pied d'amitié, pour lui représenter l'intérêt qu'a toute l'Europe à ne pas amener de grands conflits pour un si misérable motif. Nous pouvons lui parler du sentiment pénible que nous éprouvons, nous trouvant forcés de ne point approuver la conduite d'une puissance avec laquelle, sur tant d'autres points, nous sommes d'acCoixl. Avec lui comme avec l'empei^ur de Russie, il faut reconnaître hautement le droit qu'ont, les deux puissances d'exiger de la Turquie Texpulsion des Polonais et des Hongrois. Il ne faut attaquer que la demande d'extradition, demande dans laquelle les chrétiens semblent les barbares et les mahométans les hommes civilisés.

J'aurai probablement à vous écrire par un courrier extraordinaire d'ici à deux ou trois jours. Je supprigno donc les détails sur notre situation parlementaire qui s'assombrit. *^* a le diable au corps pour qu'on aban-< donne et l'Angleterre et la Turquie dans la question des réfugiés hongrois.

24« COnnESPONDANCE.

A IHADAMK DE BLIC (DENISE DE TOGQUEYILLE)

Paris, 10 novembre 1849.

J'ai reçu avec un grand plaisir, ma chère enfant, ta petite lettre, et je t'en remercie. Ces témoignages de ton affection me sont chers. Tu sais que j'ai toujours mêlé un peu de tendresse paternelle dans l'amitié d'oncle que j'ai pour toi.

Ainsi que tu le dis, il est difficile de savoir si je dois me féliciter ou mê plaindre de l'événement qui vient d'avoir lieu. Je n'hésiterais pas, pour mon compte, à en être très-satisfait (car j'ai échappé à un vrai péril) si je pouvais remplacer immédiatement une occupation par une autre. Malheureusement je n'ai pas l'art de substituer sur-le-champ une grande activité d'esprit nouvelle à celle qui finit. Il en résulte qu'un certain désœuvrement assez pénible a suivi Tagitàtion fébrile au milieu de laquelle j'ai vécu durant cinq mois; mais cette impression ne tardera pas à passer, et la politique viendra bientôt me tirer de moi-même.

Je suis heureux de ce que tu me dis de ton bonheur. Je crois que tu ne te trompes pas en pensant que tu as un bon mari. Il m'a paru avoir le cœur bien placé et l'esprit droit : deux grandes conditions pour se faire aimer f't se bien conduire. Je me réjouis de te voir entrer dans l:i vie avec un si précieux appui. Nous vivons dans un rpmps où d'un jour à l'autre les malheurs publics peu-

vent venir troubler les existences privées, et où l'on «n souvent besoin de trouver en soi et à côté de soi des ressources d'esprit et de cœur dont la nécessité ne se serait pas fait sentir à des époques plus calmes et plus heureuses.

15 Novembre 1849.

Mon cher ami, je n'ai pas répondu plus tôt à votre lettre, quoique n'étant plus ministre, parce que j'ai eu, en sortant du ministère, beaucoup de petites affaires à terminer, et surtout de devoirs de société à remplir; tout mon temps s'est trouvé pris : notre chute nous a rendus fort

populaires dans la majorité Je me suis donc trouvé

plus de visites* à recevoir et à rendre que je n'en avais eu durant mon ministère : de là ma paressé épistolaire.

Je vous remercie, du reste, de tout ce que vous me dites d'amical et de flatteur dans votre lettre. Je crois avoir fait tout ce qu'il y avait à faire dans le temps où j'étais au pouvoir; j'ai fait, en tout cas, tout ce que j'ai pu : on ne peut rien demander de plus à un homme. Je crois avoir contribué à sauver l'ordre au 13 juin, h maintenir la paix générale et à rapprocher la France de l'Angleterre. Ce sont là des souvenirs qui me restent de ce court ministère : ils me suffisent pour me faire prendre aisément mon parti. Nous ne sommes pas tombés, du reste, devant un mouvement de l'opinion publique

250 CORRESPONDAUCEL

OU un effort parlementaire. Je n'ai pts bedoiii dke \knis (lire, je pense, quelle a été la signiâcaticNo du change ment de cabinet. Le président a voulu gouTenicar seul, et n'avoir dans son ministère que des agents el des créatures. Il a peut-être raison de vouloir cela; je n'examine pas la question : mais nous ne pouvions consentir à le servir à ces conditions.

Je n'ai pas trouvé que la presse anglaise, et en particulier le rimes, ait rendu justice au cabinet qui a succombé le 51 octobre : elle était plus aimable quand nous étions au pouvoir; et il me semble notamment que co nVlait g^m^re le moment de tomber sur M. Barrot, loi^qu'il so reliinil des af&ires, après y avoir fait d'adniirtil>li>:î i^îti^ïis jwur rétablir Tordre et sauver en noén»^ lomp:^ Il )il>fTlé tx^irtdière dans œ pays el quand il sucoomlviil dov^n) un caprice impérialiste. Si,daoslajx)litiquo do M. Rim^ avant la révolution de févrî^, il y a ou «)n^ f^utos^ tt«i ass4iréroent n'âait plus ytapre h le« ofi>iVr quo Sf>n ministère des dix derniers mob : il est fèo)>o«x quo do xioille*: rancunes se KÂent fini sentir îiT<5qno <^o r^iîiîi^e cèle de la Mancbe pf»Tir kd refoser la }n<i}ee cm hn êifi]\ ^«o.

Loriî L?jTis^rm'W' fi liie.n vouln vcdît me AanAer, J'ai 4t*^ Ae infiT, eh'î h^w irv^c nii xrrand ibiijiii wiiiaL Je ^ a T^et'-fiL'vf^ h TD TOf bfimmt ont PpTai* &jamm : Vm u^ îiumm^*?- Cùa: ir* t»1u^ édairé.. le* tu» mmmjk et ks ujusaimajii'^ nu. -^^ THii^ftn' ren^ont^^ûani^Mana ShSBpi

u^*^ au'îuï vt}y^, I. fsî vent na?&sr ii«r hk partie

K hvir^ ti\*if îiot? ^/ nnof pTom 9\t eiaesKs te loi

Paris, 22 décembre i849.

Je ne Teox pas, chère cousine, laisser partir la leltre de ma femme sans yous demander la permission d'y joindre on moi. J'ai grand besoin de me faire humble vis-à-vis de vous avant de vous écrire; car je me sens terriblement coupable à votre égard. Je viens de relire Taffectueux et gracieux billet que vous m'avez adressé aussitôt après ma sortie du ministère, et j'y ai vu avec remords la date du 2 novembre. Comment ai-je pu rester six semaines sans repondre à ce charmant témoignage de votre amitié? Je n'en sais rien moi-même, et au lieu de chercher des excuses qui seraient toujours très-insuffisantes sinon très-mauvaises, j'aime mieux vous crier miséricorde et vous prier de me pardonner.

Yous avez bien voulu regretter que je ne fusse plus ministre. Je crois que j'aurais tort de le regretter moimême. Avant de se mêler de conduire les autres, il faut savoir où l'on va soi-même : or, qui le sait, en ce moment? L'avenir est comme une nuit de décembre, saus lune, et doublée de brouillards. Non-seulement on n*aperfioit pas l'horizon, mais on ne voit pas -où l'on met le pied. Les gouvemanls sont des aveugles qui conduisent au milieu de fondrières une société qui n'y voit goutte. Je voudrais que vous puissiez me dire, ma chère cousine, quand le jour viendra. Ce en quoi heureuse-

r*i CORRESPONDANCE

nu^nt je vois plus clair que dans la politique, c'esl dans l«*s afTeclions de famille. Je crois donc apercevoir que vous avez un peu d'amitié pour nous, et je suis $ûr que nous vous aimons beaucoup vous et les vôtres.

A X. DU il RE

Torques iUe, 33 jum I8C1O.

J^aî appris jiar les journaux, mou cher ami, voire retour à Paris; mais je sens le besoin de savoir de vousmême dans quelle disposition de cotais el d'espril vous nevenei de ce grand vopge* ; je veux enfin rentrer en coromonication avec vous après ce long silence cause (lar la maladie el Tabsence. Écrivet-moi donc, je vous ]irie, ce que vous faites et ce que vous penseï sur Félat des afTaîrvs, sur voire famille el sur vous-même. Voilà bien des questions, el pour mériter qu'on y ré|ionde comme je le souhaiterais, c^esl-à-dire longuement, il faudrait pouvcàr de mon coté vous dire quelque chose. Mais que vooleZ'Vous qu'ait à dire un solitaire tel que moi? Je n'ai

I. y. Duliore^ rapporteur de ren«|iiè!e stir la iiianue^ rvteoaîl de T<MiWii el de MineilV» doni il cUît alk^ tî:^îter le> po^t:^.

de nouvelles h donner que des nouvelles de ma santé. Celle-ci se rétablit bien lentement; les organes qui ont été malades vont assez bien, mais les forces générales du corps continuent à être comprimées par je ne sais quelle cause intérieure que je ne puis découvrir. Cette cause n'est autre peut-être que le nombre déjà assez élevé de mes années. A quarante-cinq ans que je vais bientôt avoir, les convalescences sont plus longues qu'à vingt. Il n'y a que vous qui , à cinquante ans, soyez capable, si vous l'entrepreniez, de fatiguer toute l'armée d'Afrique. Je ne sais si, parmi plusieurs choses que je vous envie, celle-ci n'esl pas la première. Votre santé n'est pas assurément votre qualité la plus brillante ; mais que faire des qualités qui brillent dans un corps maladif? A tout prendre, j'aimerais encore mieux votre corps que votre esprit, quoiqu'à vrai dire je m'arrangeasse très-bien des deux.

Vous savez que nous vivons dans un temps où de bien grands événements sont amenés sans cesse par de bien petites passions, de bien petites intrigues et, en somme, de bien petits hommes. Dès qu'on est hors de ce petit monde, on n'est plus en état de rien deviner ni de rieu prévoir. C'est ce qui ni'arrive. J'ai quitté Paris depuis trois semaines, et déjà je ne vois plus goutte dans les affaires, si ce n'est que leur aspect général est triste cl sombre. Je ne sais quelles dispositions vous avez rencontrées dans la portion de la France que vous venez de parcourir; quant au pays que j'habite, l'esprit des populations rurales au milieu desquelles je vis peut se résumer ainsi 2 profonde indifférence pour le n omeni

 M. GUSTâTË de BEAUMONT. ifô

preseni; profonde incertitude sur l'avenir, ou plutôt tranquille croyance que la république n'a point d'avenir.

Quoique ce tableau ne soit pas réjouissant à voir, j'espère cependant et surtout je désire vivement que vous veniez le ccHisfdérer de près en passant quelques jours sous mon toit. Faites, je vous prie, que vos campagnes maritimes aient au moins cela de bon de vous faire visiter un de vos plus fldèles et plus zélés amis, que le hasard a placé auprès d^un grand port. C'est une petite compensation que vous lui devez pour le consoler du chagrin que lui donnent ces longs voyages. Jamais, mon cher ami, vous n'aurez été reçu par des gens plus heureux de vous posséder. Venez donc et restez avec nous le pli^s longtemps possible.

A M. GUSTAVE DE BEAIMOJHT

^ujfies, 5 déo^nbre 1850 '.

Mon cher ami, j'ai décidément renoncé au voyage de Sicile. Nous allons toutefois quitter Naples, mais pour nous établir à Sorreiite, délicieuse résidence en été et encore bien belle en hiver. Nous attendons Ampère aujourd'hui. Nous ne \T)ulons prendre aucun parti déCnitifavant

1. Lors de la pl^mière édition de la Correspondance de Tocque^dle, OD atmit, à dessein, omis celte leUre, parce que le moment où avait lieu b [«blicalâoo était atissi celui où le roi de Naples venait dëtie renTersé de scn trône. Le jugement sérère qu elle contient sur ce prince eût été alors peu opportun.

256 COllUESPONDA.NCE.

d'avoir son avis ; mais je crois que Sorreaic lui plaira

loul autant que Palernic.;.. '' *

.... J'ai vécu depuis que je ^uis à Naples dans la retraite la çlus absolue : notre minisire a été la seule pei-sonne que j'y aie vue. On m'avait suggéré la pensée de faire une visite au roi de Naples; j'ai cru devoir "^m'en abstenir. Il m'a paru qu'il y aurait une sorte d'inconvenance à me montrer dans des cours étrangères, loi>que je m'éloignais de mon pays et me dérobais aux devoirs de la vie publique en France par raison de santé. J'avoue de plus que l'inclination et le désir ne m'y portaient pas. Je ne trouve pas, dans tout le dictionnaire do la langue française, de mots qui expriment suflisammenl la pitié et le mépris que m'inspirent ces misérables gouvernements de ritalie qui ne savent même pas se servir de ce despotisme qu'ils adorent; qui n'emploient les ressources du pays qu'à se procurer des soldats, et leui-î? soldats qu'à comprimer stupidement les bonnes passions aussi bien que les mauvaises, les intérêts légitimes comme les désordres, et la civilisation comme la liberté. Ce qui serait plaisant, si les grands malheurs de l'humanité pouvaient jamais l'être, c'est la prétention de ce gouvernement-ci d'être singulièrement doux pt clément iiarcc qu'il ne tuQ personne, et se borne à laisser périr dans Iqs prisons six ou sept mille prisonniers d'État. Je suis porté à croire, en effet, que le roi de Naples a de la douceur et de la bonté naturelle; mais il a peur, et la pire de toutes les tyrannies est celle des poltrons. Cette vérité est de tous les temps

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