DU TROISIÈME VOLUME
Voici le dernier volume de cette nouvelle édition , et, si cette expression m était permise, la dernière pierre du monument littéraire que j'ai voulu élever à la mémoire et au génie d’Ambroise Paré. Le piédestal aurait pu être plus digne de la statue ; le seul témoignage que je veuille me rendre, c’est que pendant deux années d’un travail assidu et opiniâtre, je n’y ai point épargné mes efforts. J'ai tâäché autant qu'il était en moi, et dans mon introduction, et dans mes notes, de peindre ce grand homme au milieu de son époque, de mettre ses doctrines en regard des doctrines rivales , afin que les lecteurs, embrassant d’un coup d'œil le point de départ et le point d'arrivée, pussent mieux mesurer le chemin qu'il avait fait. À l'égard du texte, je n'ai rien négligé pour le rendre complet, exact, purgé des additions et des altérations étrangères ; et j'ose le dire avec confiance, c'est par là surtout que cette édition l'emportera sur toutes les autres. ÎL n’est pas inutile de rappeler que la quatrième édition, publiée encore par Ambroise Paré lui-même, offre des lacunes notables ;
It PRÉFACE.
que la cinquième, plus complète, présente déjà quelques altérations provenant des éditeurs posthumes; que ces altérations ont été toujours en augmentant jusqu'à la huitième, plus complète que les précédentes, et bien moins complète encore que la nôtre. Quant aux éditions de Lyon, qui avaient, je ne sais comment, usurpé une certaine réputation dans la librairie, elles peuvent être mises sur le même rang que les plus honteuses contrefaçons.
J'ajouterai pour les chirurgiens qui citent Paré sur la foi des traductions étrangères, que ces traductions ne méritent qu'une médiocre confiance. Elles ont toutes été calquées sur la version latine, faite ellé-même d'après la deuxième édition française, et ne contiennent en conséquence que vingt-huit livres, y compris l'introduction ; quelques unes seulement y ont ajouté l'apologie et les voyages. Mais Ce qui est plus grave, la comparaison habituelle du texte français et du texte latin m'a fait voir qu'en un très grand nombre d'endroits, le traducteur avait pris des licences hors de toute mesure, sautant des phrases, des paragraphes et jusqu’à des chapitres entiers, et glissant en revanche de téinps à autre de petites intercalations de sa fabrique ; j'en ai cité dans mes notes de nombreux exemples.
Le texte de Paré paraît donc véritablement ici pur et complet pour la première fois; complet dans sa rédaction définitive, plus complet encore par l'addition des variantes fournies par les quatorze éditions originales. Ces variantes ont offert quelquefois tant d'intérêt et d’étendue, qu’elles ne pouvaient rester dans les notes; c’est ainsi qu'on trouvera insérés dans le cours de l’ou- vrage, la dédicace du discours de la mumie, le fameux chapitre dé l’Antimoine, et surtout La maniere de extraire les enfans tant mors que viuans hors le ventre de la mere, qui ne tient pas moins de dix pages dans le second volume.
S'il m'est permis cependant de dire un mot sur mes propres additions, sans parler de mon introduction , qui prend à elle seule près d'un demi-volume, un exemple mettra à même d'en