PRÉFACE. III
apprécier l'étendue. Les livres huitième , neuvième et dixième, qui commencent le second volume, occupent 239 pages, sur lesquelles les nôtes ont pris environ 105 colonnes. En faisant la juste part de la différence apportée par le caractère employé pour les notes, on trouvera qu’elles équivalent en réalité aux deux cinquièmes du texte qu'elles accompagnent. Je n’ai assurément déployé un pareil luxe d’annotations que pour les livres consacrés aux matières chirurgicales ; et si j'ai fait ce calcul, c'est bien moins par une vaine ostentation que pour me préparer une excuse contre ce reproche d'ailleurs mérité, de n'avoir point épuisé la matière, et d’avoir laissé en arrière des faits et des idées qui auraient pu aussi être cilés avec avantage dans cette revue générale de la chirurgie du xvi° siècle.
Du reste, si le soin d’amasser et de mettre en ordre les matériaux nécessaires à une telle entreprisé avait un peu retardé l'apparition du premier volume, le second et le troisième ont suivi avec assez de rapidité pour que le premier seulement ait pu jusqu'à présent passer à l'examen de la presse médicale. Comme il ne renferme que très peu des livres chirurgicaux, c’est mon introduction surtout qui à attiré les regards ; et je ne saurais témoigner ici assez de reconnaissance pour la bienveillance unanime et les encouragements dont on m'a comblé. On n’a voulu voir en quelque sorte que le but que je m'étais proposé, et l’on a épargné les critiques à l'exécution. Quelques remarques utiles m'ont cependant été adressées. J'avais moi-même quelques faits notables à ajouter à mon premier travail ; et afin de mettre quelque ordre dans ces additions, je les diviserai en quatre parties, qui se rattachent, suivant la marche de l'introduction même, 1° à l'histoire de la chirurgie au moyen-âge ; 2° à la biographie de Paré ; 3° à ses écrits ; 4° et enfin je consacrerai le dernier article au récit de l'inauguration de sa statue sur l’une des places publiques de Laval.
iv PRÉFACE.
$ 2. — Additions à l'histoire de la chirurgie au moyen âge.
M. Dezeimeris a relevé d'abord deux assertions émises dans imon introduction, pages xx1v et xxv, au sujet de Constantin l'Africain. Suivant lui, le Pantegni, qui est en vingt livres au lieu de dix, ne serait point un extrait de l'ouvrage d'Ali-Abbas, mais une traduction très complète et même plus longue que l’original. N'ayant pu me procurer alors le Pantegni, j'avais copié ces deux assertions, sous toutes réserves, dans le Dictionnaire historique de M. Dezeimeris lui-même. Aujourd'hui qu'il revient sur ce qu'il avait écrit, je m'en fie volontiers encore à sa rectification; cependant il y a une difficulté que je lui ai soumise et qu'il n'a point résolue ; c'est que dans le supplément de Gruner à l’Æphrodisiacus de Luisini, le texte du Pantegni qui a rapport aux affections vénériennes non seulement diffère de celui d'Ali-Abbas, mais est notablement plus court, attendu qu'il n’occupe que trente-six lignes là où l’autre en absorbe soixante-une. La question a donc besoin de nouveaux éclaircissements.
A la page xx, d'après Reinesius , j'avais rapporté à Gariopontus le premier emploi de ces mots nouveaux adoptés plus tard par la langue médicale, cauterizare, gargarizare, etc. ; M. Dezeimeris les a retrouvés dans Théodore Priscien, queGariopontus à copié en ceci comme en bien d’autres choses, ainsi qu'il a été dit.
Une discussion plus intéressante est celle qui concerne la personne et les ouvrages d’Albucasis. J'avais dit, page rx, que l’auteur du Ziber Servitoris, id est liber ææxviiy Bulcasim Benabenazerim , était Espagnol, et n'avait rien de commun avec le chirurgien Albucasis, dont nous possédons une Chirurgie en trois livres, plus une Médecine en quarante-huit traités (et non en trente ou trente-deux livres), attendu que le vingt-huitième livre en question n'a rien de commun avec le vingt-huitièmé
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traité de ce derniér ouvrage. M. Deseimeris m'a fait observer d'abord que, depuis les recherches de Casiri, on savait qu’Albucasis était né à Alzahara, près de Cordoue, ce que je ne saurais accorder; car j'avais lu fort attentivement Casiri, et n’y avais pas même trouvé l'apparence d'une démonstration. Mais M. Dezeimeris ajoute que mes deux Albucasis n'en font qu’un; que ce vingt-huitième livre du Serviteur est la dernière partie d'un grand ouvrage comprenant ainsi tout l’art de guérir, médecine, chirurgie, pharmacie ; et il a montré par un certain nombre de citations un rapport réel entre cette troisième partie et les deux précédentes. Bien qu'il reste à résoudre plusieurs difficultés, il faut avouer que cette hypothèse, si c'est une hypothèse, a quelque chose de séduisant; et, sans être acceptée encore d’une façon définitive, elle appelle certainement toute l'attention des érudits.
A la page Lvur, à propos de Richard et de Gilbert l'Anglais, j'avais dit qu'il y a moins de chirurgie dans ce qui nous reste de ces deux auteurs que dans le Zilium de Bernard de Gordon, qui n'était certes pas un chirurgien. M. Dezeimeris assure au contraire que l'ouvrage de Gilbert est rien moins qu'un traité complet de médecine et de chirurgie, et même le plus complet que nous ait légué ce siècle. Je crains que M. Dezeimeris ne se soit ici laissé emporter un peu trop loin par un enthousiasme , d’ailleurs assez naturel, pour un auteur dont il a fait ure étude approfondie. Il a montré que Gilbert avait parlé des hernies de la ligne blanche et des carnosités de l’urètre, ce qui fait remonter au x siècle les premières notions de ces affections, auxquelles j'avais assigné une date bien postérieure !. Gilbert, d’après les mêmes recherches, aurait pratiqué de sa main le cathétérisme , le taxis et lincision des hernies, la suture des plaies, etc. Malgré cela je n’ai pu me ranger cette fois de l'avis
1 J'ai retrouvé depuis la mention des carnosités urétrales dans les Arabes et jusque dans Rhasès,
VI PRÉFACE
de M. Dezéimeris. Je n'ai pu en aucune maniëre retrouver dans Gilbert un traité complet de chirurgie. J'ai accordé facilement que Gilbert avait abordé plusieurs questions chirurgicales, comme Gordon, comme Arculanus, et bien d'autres; mais, comme ces deux écrivains par exemple, il ne saurait être classé que parmi les médecins de son temps.
Je ne veux pas omettre de dire que M. Dezeimeris a fixé l’époque où avait vécu Gilbert, et sur laquelle on n'avait aucune certitude. Gilbert avait entendu , à Salerne, au plus tard vers le milieu du x siècle, les leçons de Platearius (le jeune), de Jean de Saint-Paul, de Ferrari et de Maurus ; et c'est lui-même qui nous l'apprend.
Au xv' siècle, M. Dezeimeris m'a averti que j'avais donné à Arculanus deux procédés pour l’ectropion qui ne lui appartenaient pas (voyez page Lxxxvin). Cette critique est parfaitement juste pour le deuxième procédé, qui remonte à Celse; mais pour le premier, qu'Arculanus donne comme sien, il lui appartient en réalité, bien que se rattachant à une méthode générale indiquée également dans Celse.
Nous arrivons à Jean de Vigo, sur qui M, Dezeimeris avait donné, dans son /rctionnaire lustorique, des détails dont il n'avait pas indiqué la source. Il nous la donne aujourd'hui, et je ne saurais mieux faire que de transcrire tout ce passage. — « Ils sont pris d’une histoire du siége de Saluces, écrite par un témoin oculaire, Bernardino Orsello, l'ami intime de Battista de Rapallo, dans laquelle se trouvent des détails sur l’organisation du service médical et chirurgical de la ville assiégée. On y voit. que Battista de Rapallo, chef du service chirurgical, avait sous ses ordres quatre chirurgiens, dont un état son propre fils, Jean de Vigo.» Voilà pour la paternité de Battista et pour la date de 1485. Quant à celle de 1495, c'est l'époque où écrivait Orsello ; or, dans le passage qui vient d’être cité, rendant hommage à l'habileté incomparable de Battista de Rapallo, il ajoute entre parenthèses : « La ville de Saluces regrette aujourd'hui