‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 115 sur 602 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DV DEGOVST ET APPETIT PERDVY.

Il y a deux accidens touchant le goust: l’vn est le goust depraué, lors que la langue iuge autrement des saueurs qu’elle ne deuroit : l’autre est l'appetit perdu ou inappetence , par laquelle le malade perd tout à fait la volonté de manger.

Pour le premier, quand il n’est point accompagné du degoust, c’est vn vice de la langue seulement, ou de sa tunique qui l’'enueloppe, pour estre imbeuë et arrosée ou de quelque mauuaise vapeur, ou de quelque humeur corrompue.Ceste humeur icy estant esmeuë par l'humidité des viandes et du breuuage, penetre iusques au nerf qui estespandu par la chair et par la membrane de la langue, et communique sa qualité et sa saueur à la

viande : sçauoir, l’'amertume quand l’humeur est bilieuse, la fadeur et saueur insipide quand elle est pituiteuse, la saline quand c’est vne pituite sallée, et ainsi des autres : ce qui trompe le malade, d'autant qu’il pense que telles saueurs viennent des viandes, et non pas des humeurs dont sa langue est abbreuuée. À cest accident icy, il faut souuent lauer la bouche auec eau et vin, ou auec du vinaigre ou verjus, suc de limon, d'orange, decoction d'orge, et autres semblables.

Mais quand le goust est depraué auec vn grand degoust et inappetence, alors Le vice n’est pas seulement à la langue et au palais de la bouche, mais aussi s’estend iusques au yentricule, qui est abbreuué de quelque humeur peccante laquelle assoupit tout à fait l’appetit, ou est alteré de quelque chaleur estrangere et extraordinaire. À ceux cy on doit permettre l’vsage des choses qu’ils demanderont à manger , pourueu qu’elles ne leur soient point tout à fait contraires, suiuant en cela le conseil d'Hippocrate, qui en l’aphorisme 38.

du 2. liure dit que les alimens desirés, bien que pires à la santé, sont à preferer à ceux qui sont meilleurs, mais qui sont en degoust au malade.

Au reste, si ceste inappetence vient de quelques mauuaises humeurs contenues au ventricule, il faut les purger doucement et nettoyer l’estomach de telles ordures : autrement il ne faut pasesperer que l’appelitreuienne.

Mais si ce n’est qu’à cause de la chaleur estrangere du ventricule, il faut se seruir de remedes rafraichissans et qui soient acides, à fin que lesdits medicamens penetrent mieux : tels sont le jus de citron ; d’orange et de grenades, le verjus, les cerises aigrettes , le vinaigre rosat, et autres.

Cependant attendant que l’appetit vienne, il faudra nourrir le malade de viandes liquides et aisées à prendre et à aualler, comme iaunes d'œufs mollets, boüillons, jus de chair de perdris, de veau, et de volaille, et de la gelée.

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