DE LA DIFFICVLTÉ D'AVALLER
Voicy vn accident quiestonne grandement les malades, quand ils sentent que les viures ne peuuent presque passer , et qu’ils se persuadent qu'il y a quelque chose en l’œsophage qui les veutsuffoqueretestouffer. C’est pourquoy il faut auoir quelques remedes pour les soulager promptement.
Ce symptome icy arriue par vne vapeur espaisse ou humeur pituiteuse, qui tombant du cerueau, ou esleuée del’estomach, s'attache à lœsophage, et peu à peu par l'ardeur de la fiéure s’y endurcit : si bien que partie à cause de sa viscosité , partie à cause desa grande seicheresse, elle estoupe et estrecit ea sorte le passage, que le febricitant a peine d’aualler.
I faut donc à ce mal partie deterger et nettoyer, partie humecter et amollir. Ce qui se fait auec les syrops violat, de iuiube, sucre candi, suc de reglisse, vinaigre, verjus: on peut faire vn gargarisme auec reglisse re-
DES FIÉVRES,
cente, orge, betoine, sauge, hyssope, marjolaine , figues grasses, semence d’anis, dans lequel on delaye vne once de syrop aceteux simple pour quatre ou cinq onces de decoction. Quelques vas en font vn plus aisé, auec decoction d'orge seulement, el syrop de grenade, miel rosat, ou oxymel.
Au reste il y a vne difficulté de respirer qui suruient aux fiéures, où il n’y à point de remede : elle vient de la luxation des vertebres du col excitée par la conuulsion des nerfs desdites vertebres, ou d’vne grande foiblesse et imbecillité du malade : en ce cas il ne faut esperer que la mort, veu que la conuulsion qui vient de la seicheresse est mortelle : et lors que les forces du malade manquent, les remedes n’ont plus de lieu.