‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 18 sur 602 · PRÉFACE. XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIX

sances ; partout même justesse de vues, même sagacité, mêmes succès ; à ce point qu'il est l'idole de l’armée, et que, raffermi par sa présence, le soldat se sent plus intrépide , et ne craint ni les dangers ni la mort. Une foi si vive, Paré l'inspirait par ses découvertes, par son habileté, par l’ardeur de son zèle à servir les hommes. Dans les grandes amputations, où l'ouverture des artères rend les hémorrhagies si dangereuses, quelle soudaine inspiration le porte à fermer les vaisseaux par la ligature, au lieu de les fermer, comme on le faisait, par la cruelle application du feu ! D'un trait de sa lumière, il change encore sur ce point toute la face de la chirurgie. Dans le traitement du Balafré, que de hardiesse, de prudence et de fermeté! et dans le traitement de ce soldat blessé de douze grands coups d'épée, que Paré prend moribond sous sa garde, et qu'il rend à la vie en se faisant son médecin, son chirurgien, son apothicaire et son cuisinier : quelle patience, quel dévouement et quelle humanité ! Personne, dans nos temps modernes, si j'en excepte l’illustre Larrey, qui l'avait pris pour modèle, personne n’a porté plus loin l'oubli, l'abnégation, le sacrifice de soi-même, et les nobles et touchantes vertus du chirurgien.

» Dans le tumulte d’une vie si agitée, au milieu des déplacements qu’exigent la guerre et les fonctions qui l’attachaient à ses rois, une belle et noble pensée préoccupait ce grand homme, Frappé du vide de la chirurgie française , il voulait qu'après lui un corps de doctrine rendit plus facile aux-hommes de sa nation, l'étude d’un art si nécessaire. IL voulait que ce corps de doctrine fût son ouvrage, parce qu'il se sentait seul en état de l'exécuter ; et de là sont néstant d’écrits si divers, qui, accrus d'année en année, et perfectionnés parle travail le plus opiniâtre, composent la riche collection qu'il a léguée à la postérité. Tout n’est pas de lui dans ce grand ouvrage, mais le nombre et l'excellence de ses propres vues et de ses découvertes en sont l'âme, pour ainsi dire ; elles en forment la partie essentielle, capitale et dominante ; elles seront la leçon de tous les siècles.

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