QVELLES PARTIES FAVT PRESERVER DE LA VEROLLE
Entre les parties du corps qui sont fort suiettes à estre gastées et perdues de ladite verolle, les yeux, le nez, la gorge, les poulmons et intestins y sont fort enclins, dont quelquesfois la mort s'ensuit : parquoy il y faut remedier ?.
Et premierement, pour subuenir aux yeux qu'ils ne soient gastés : au commencement on doit mettre autour des paupieres eau rose, verjus, auec yn peu de camphre, ou faire vne decoction de sumach, berberis, escorce de grenades, aloé auec vn peu de saffran. Le jus de grenades aigres est bon à ceste intention : aussi on peut mettre souuent dedans les yeux, des blancs d’œufset eau de rose battus ensemble : pareillement du laict de femme eteau de rose autant d’vnque
1 Ce chapitre était confondu avec le précédent dans les premières éditions; il n’en a été séparé qu’en 1579.
2 La premiére édition posthume ajoutait ici : tant que possible sera. J'ai cru devoir préférer le texte de toutes les éditions faites du vivant de l’auteur,
d'autre, et les renouueller souuent.
Et pour le dire en vn mot, les choses froides et qui repoussent, sont bonnes : nean{moins si on voit les yeux fort tumefiés et rouges, il ne faut vser de simples repercussifs, mais ils seront meslés auec choses abstersiues, et qui ayent faculté de corroborer la veuë, comme l’eau d’euphrase, fenoil, et autres semblables. Et lors qu'il y a inflammation ou rougeur , il ne faut que le malade voye grande clarté ny choses rouges, de peur d'augmenter la douleur et inflammation. Et quand la verolle est en son estat, quiestson plus grand mal, et qu’il y à grande chaleur et rougeur aux yeux, adonc on doit vser de remedes desiccatifs et resolutifs douxet benins, et ayans vertu de roborer la veuë, comme sont aloé. tuthie, antimoine laués, eau de fenoil, d’euphrase et de roses.
…. Pour defendre le nez, on doit faire sentir au malade vinaigre et eau rose auec yn peu decamphre, ou verjus et vinaigre, et en moüiller souuent le nez auec.vn mouchoir : et aux parties superieures on doit appliquer des remedes repercussifs cy dessus mentionnés.
Pour defendre la gorge, et que la respiration ne soit empeschée, on fera des gargarismes d’oxycrat ou de vin de grenades aigres, et en conuient mascher, ettenir des grains souuent en la bouche : ou des noüets faits de psyllium, de coings, et autres choses froides et astringentes,
Quant est des poulmons, pour les defendre et empescher la courte ha-leine, le malade vsera souuent de syrops de iuiubes, où violat, ou rosat, ou de pauot blane, ou de grenades, ou de nenuphar,et autres semblables.
Et quand la verolle et rougeole
sont du {out sorties dehors, il ne faut tant tenir la chambre close, ny Si chaude comme on faisoit : ains alors quant à la verolle, la faut suppurer, puis l’ouurir, la desseicher, et faire tomber les croustes Mais là rougeolie ne se suppure point, on la fait resoudre et seicher seulément, On suppure la verolle auec beurre frais, ou auec vne fomentation faite de figues, Tacines de guymauuüe, oignons de lis, semence de lin, etieurs semblables.
Et quand les grains de verolle sont meurs, on les doit couper auec ciseaux, Ou autrement ouurir auec vne aiguille d'or ou d'argent !, de peur que la bouë et sanie ne face erosion à la chair de dessous, et que puis aprés D'y demeürent des pelites fosseltes el cicatrices caues, qui est chose laide, principalement en la face, Or aprés qu’elles sont ouuertes, il les conuient desseicher , puis les faire tomber, qui se fera auec orguent rosat, auquel on adioustera céruse, litharge, aloës subtilement puluerisé auee vn pêu de saffran : ce qui non seulement desseiche, mais aussi aide nature à engendrer chair. Et pour ce on peu dissoudre de la farine d'orge et de lupins deslayées auec eau rose, et auec vn linge bien delié on en oint les, parties malades. Aucuns les gressent de coënne de lard vn peu boüillié auec eau et vin, puis respandent dessus de la farine d'orge, ou de Jupins, ou toutes les deux ensem e:
les autres prennent du miel venant de la ruche, auec farine d’orge, et oignent les boutons pour les seich er et faire tomber : et quand ils sont du tout scichés, pour les auäncer de se separer, ils mettent del’huilerosat où
1 Ces ous ouurir auec vne aiguille d’or ou d'argent, ont été intercalés ici en ve
DE LA PETITE VEROILE ET LEPRE,
violat, où d'amandes douces tiede ou de la cresme.
Aprés que la verolle est sortie, il suruient vn grand prurit et demangeaison, et par se trop gratter quelquesfois aduiennent grandes escorcheureset vlceres, par ce que le gratter est cause de faire attraction à la partie, et y causer vlceres, dont les cicatrices sont puis aprés laïdes, et la face difforme : parquoy, si c'est vn enfant qui soit malade, il luy faudra lier les mains, et fomenter les lieux du prurit de la decoction de guymauues, orge, lupins et sel. Et quand le cuir est escorché, il y faut appliquer de l’'onguent dit album Rhasiscampbré,y adioustant vn peu d’aloës en poudre et de cinabre, ou de dessiccatif rouge, ou autres semblables remedes.
Que si la verolle s’est iettée aux yeux, nonobstant quelque defense qu’on ait peu faire, prermmierement il faut defendre la grande clarté et la veuë des choses rouges, et y appliquer collyres, les diuersifiant selon la diuersité des accidens. Et faut bien auoir esgard à la grande tumeur et inflammation qui y suruient quelquesfais : comme l’on voit à plusieurs enfans le malestre si grand, qu'ils perdent la veuë, et mesme à aucuns les yeux se creuent et sortent du tout hors de la teste : à quoy le Chirurgien pouruoyra,et y remediera tant qu’il luy sera possible.
Pareillement s’ilsuruientdes grains de verolle dedans le nez, qui deuiennent en croustes et vlceres, on y appliquera remedes propres, les y adaptant auec des tentes de linge ou de cotton.
. Aussi le plus souuent en la bouche et au gosier y viennent escorchures, auec enroùeure de voix, et grande difficulté d’aualler les viandes : et
pour y remedier, il la conuient gargariser auec eau d’orgeet de plantain, ou de cerfeüil, ausquelles on dissoudra du syrop rosat et diamorum :
aussi le malade tiendra souvent en la bouche sucre rosat, ou diatragacan{h froid, où pilules blanches, sucre candi, alphenie, et diaireos.
Et quant aux cicatrices ou marques qui demeurent au cuir, pour les oster il faut auoir esgard en quelle partie elles sont : car si c’est au visage, et qu'il y ait grande tuberosité, il les conuient couper auec ciseaux, ce que l'ay souuentesfois fait : aussi on y appliquera de l’onguent citrin recentement fait, ou de la pommade, ou ce liniment.
22. Amyli triticei et amygdalarum excorticalarum ana 5. j. $.
Gummi tragacanthi 5. fi.
Seminis melonum, fabarum siccarum excorticatarum, far. hord. ana 5, iij.
Pufuerisentur omnia subliliter, deinde incorporentur Cum aqua rosacea, et fiat linimentum.
Duquel en faut oindre la face auec yne plume, et le laisser toute la nuit :
et le lendemain la lauer auec eau de son de froment. Le laict virginal y est pareillement propre. La gresse d’oye, ou de canard, ou de poulaille, est propre pour lenir et adoucir l’asperité du cuir, comme l'huile de lis. Le sang dé liéure tout chaud, appliqué souuent, est souuerain pour remplir les cauités et faire le cuiregal, et corrige la noirceur qui demeure és cicatrices : pour cest effet aussi vne coënne de lard chaude est propre, froltant dicelle la partie. Pareillement l’eau distillée de fleurs de féues et de racine de lis est singuliere pour effacer et polir Les cicatrices : aussi l’eau distillée de racines de cannes et
de coques d’œufs, et mesme lJ’huile d'œuf, et plusieurs autres remedes semblables.