‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 191 sur 602 · CYRE DES VERS · texte numérisé non relu

CYRE DES VERS

Toute l'intention de Ja cure est faire sortir Les vers vifs ou mortshors du corps ! : de tant qu'ils sont de ce genre des choses qu’on dit estre du tout contre Nature.

Il faut euiter toutes viandes qui engendrent corruption , comme fruits crus, fromages, laictages, et le poisson, et generalement toutes choses de difficile digestion et de facile corruption. La. boüiilie est bonne aux enfans, à cause qu’ils ont besoin d'vne nourriture humide, de grosseur conforme au laict, non de trop difficile digestion : lesquelles condilions sont trouuées en la boüillie, pourueu que la farine de froment ne soit crue, mais cuite auparauant au four, à fin qu'elle ne soit tant visqueuse et

grossiere, et aussi à fin que le laictne cuise pas si longuement : parce qu'il faut que pour donner cuisson à la farine, le laict cuise semblablement longtemps , en quoy il perd sa bonté, parce que le cuisant beaucoup, sa substance aqueuse se consume par le feu et engendre gros sang , comme il se fait par la boüillie, lors que la farine n'est cuite auparauant : car il perd en ceste façon sa substance de maigue et de beurre, y restant seulement la fromageuse, grosse, visqueuse et de difficile digestion, et par conséquent pesante, et faisant obstruction és premieres veines et au foye : qui souuentesfois cause qu’il s’engendre des vers à l’enfant, et des pierres et autres mauuais accidens ,

1 La fin de cette phrase est de 1575.

pour n’estre ladite farine cüite et le laict trop cuit:par quoy ceux qui ont des enfaps y prendront garde, si bon leur semble. Et ne sert de rien d’alleguer que par experience quolidiane on voit plusieurs enfans qui mangent boüillie sans que la farine soit cuite, se porter bien : car ie dis que cela se fait plustost d’aduenture ou de bonne nature, que de la bonté de ceste nourriture.

On doit donner souuent à manger aux malades de bonnes viandes, de peur que les vers ne piquent et rongent les intestins : et veu que de tels animaux sont souuent engendrés de pourriture , il faut purger le malade, el corriger icelle par remedes escrils cy aprés en la peste. Et pour les faire mourir et sortir promptement , le syrop de cichorée ou de limons , auec rheubarbe et vn peu de sucre, et theriaque ou mitbridat, est vn singulier remede, pourueu qu'il n'eust fiéure coniointe : ou en lieu de ce,on pourra vser de la medecine qui s’ensuit :

2. Cornu cerui.pulue. ras. ebor. ana 5. j. f. Seminis fanac. contra yermes ana 5. j.

Fiat decoctio pro para dosi : in colatura infunde :

Rhabarb.optimis. j.

Cinnam. D .j.

Dissolue syrupi de absinth. 3 . 8.

Fiat dos. detur manè trib. hor. ante pastum.

Outre-plus , l'huile d’oliue prise par la bouche faitmourir les vers, comme aussi l’eau de corrigiole: donnée à boire auec du laict : bref toutes choses amieres les tuent. Mais deuant que d'vser d'icelles, il faut donner vn clystere de laict auec miel et sucre, auquel on ne doit mettre huile ou

1 Corrigiole, c’est la renoüée. — A. P.

graisse ny choses ameres , de peur de les renuoyer contremont,parce queles choses doucesles attirent, et les ameres les repoussent. D’auantage, tu noteras qu’il faut tousioürs donner et mesler choses douces auec les ameres,

à fin que par la douceur les vers atti-

rent ce qui les pourra faire mourir.

Et partant faut donner l’espace de

deux ou trois iours du laict sucré au

malade , puis aprés y mesler choses ameres, comme semences de centaurée, aloës, rue, absinthe. et leurs

semblables. Aussi la corne de cerf a

grande vertu contre les vers : et en

doit-on baïller tant à boire qu’à manger, à sçauoir la mettant en poudre et la faisant boüillir en eau , laquelle on donnera à boire au malade : aussi onen mettra cuire vn petit noüet auec la viande. Pareillement le theriaque donné à boire en boüillon tue les vers. Le pourpié est semblablement bon en potage ou en decoction et breuuage , et le faut faire boüillir en eau, et en faire boire aux petits enfans : et aux grands on le pourra donner auec du vin. Le semblable est de la cichorée et de la menthe. Aussi le aïzoon minus et les sebestes sont

propres, en faisant vne decoction d’i-

ceux, et en éonnant à boire deuant

le repas auec vn peu de sucre.

On donnera aux enfans à manger de la poudre de la semence contre les vers dedans leur boüillie ,ou auec vne pomme bien cuite. D’auantage, on pourra faire suppositoires comme cestuy :

Prenez du coral qui lire sur le blanc, des racleures d’yuoire, de la corne de cerf bruslée, et d'iris, de chacun deux scrupules :

Du miel blanc, deux onceset demie :

Et de l’eau de corrigiole, autant qu’il en faut pour incorporer le tout ensemble, et faitessuppositoires.

Dont on en appliquera tous les iours vn qui soit du poids de deux dragmes aux enfans,et plus pesant aux grands.

De tels suppositoires faut principalement vser lors que ceux desquels le malade est tourmentésont du genre de ceux que l’on appelle Ascarides, parce qu’estans attachés et logés dans le boyau appelé droit, ils peuuent par telsremedes estre promptementtirés!.

Quant aux petits enfans qui ne peuuent rien prendre par la bouche, il leur faut appliquer sur le nombril cataplasmes faits de poudre de cumin, incorporée auec fiel de bœuf et farine de lupins, absinthe, aurosne et tenasie , fueilles d’artichaut, rue, poudre de colocynthe, semence de citron, aloés, persicaria , mentastrum , fueilles de perfiguier, costamer, zedoaire, sauon mol. On applique telles choses non seulement sur le nombril, mais sur tout le ventre et sur l’estomach: toutesfois on y doit mesler des astringens, de peur de le trop relascher, comme sont huile de myrtiles, de coings, mastic, et autres semblables. Outre-plus, on leur peut appliquer sur le nombril vn gros oignon, lequel on creusera, et sera rempli d’aloës et theriaque, puis on le fera cuire sous la braise : et le tout chaud pisté auec amandes ameres et fiel de bœuf, D’auantage on leur pourra faire emplastres de choses ameres, comme cestuy :

Prenez du suc d’absinthe et du fiel de bœuf, de chacun deux onces, adioustant de la colocynthe huit dragmes: le tout soit broyé et meslé ensemble, et incorporé auec farine de lupins.

Et de ce soit fait emplastre, qui sera appliqué sur le nombril de l'enfant :

1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE

ou on pourra faire onguens et linimens de semblables maticres pour leur frotter le ventre. Les pilules communessontpareillement fort bonnes à en faire emplastres pour appliquer dessus le nombril. Et pour les faire encores plustost debusquer et sortir hors, faut oindre le siege du malade de miel et de sucre, parce qu'ils fuyent l’amertume et courent à la douceur : et partant sortent plustost du ventre.

Pareillement faut prendre des mesmes vers, et les faire seicher sur vne pelle de fer fort chaude , puis les puluerisér et en donner à boire auec vin ou autre breuuage, et promptement mourront. Aussi le jus de citron en petite quantité donné à boire dans vne cuilliere auec huile d’amendes ameres , ou huile d’oliue t.

D'abondant, on pourra faire bains contre les vers, comme le suiuant.

Prenez de l’absinthe et noix de galle autant qu'il en faudra, faites boüillir le tout en eau, mettez l’enfant dans icelle, et le lauez chaudement. Finalement on peut baigner l'enfant dans de l’eau en laquelle on aura fait boüillir des fueilles de pescher et d’absinthe : ce qui est principalement propre contre les vers qui sont appellés Ascarides ?.

Or en toute ceste curation, faut auoir esgard que le mal des vers est souuent compliqué auec maladie plus grande et principale, comme auec

1 Ce paragraphe est encore une addition de 1575.

2 L'édition de 1568 termine ici ce qui a rapport à la variole et à la rougeole; elle ajoute : Z{ nous faut maintenantescrire des incommoditez de la peste et du souuerain remede ; et passe au ch 55, qui est le 51 du livre actuel de la Peste. La fin du chapitre à paru pour la première fois en 1575.

fiéure aiguë et ardente, auec flux de ventre, et semblables accidens : esquels cas si, pour exemple, vous donniez incontinent semen contra, ou theriaque vieille, myrrhe , ou aloës, vous augmenteriez l’ardeur de la fiéure et flux de ventre, d'autant que les choses ameres sont contraires à la guarison de ces deux accidens : comme au Cas pareil, siayant esgard au flux de ventre, par lequel les vers sont reiettés, vous ordonnez du corail, pourpié, farine de lentilles, vous rendez la fiéure plus difficile à guarir, de tant que toutes choses astrin gentes et seiches rendent la matiere de la fiéure plus contumace. Parquoy il faut estre diligent à considerer si la fiéure est dependante des vers, ou bien si elle est cause propre, comme estant fiéure premiere, propre, essenlielle, et non symptomatique : et tousiours ordonner medicamens qui combattent la maladie principale.

Autrement on peut choisir medicamens qui combatent l’vn et l’autre :

comme laxatifs, et quelque peu amers en la fiéure et vers : amers, et quelque peu adstringens en vers joints auec flux de ventre.

Page 1