DES CAVSES DE LEPRE
Les causes de lepre sont trois, à sçauoir primiliue, antecedenteelconiointe. La cause primitiue est double, à sçauoir celle qui est introduite au ventre de la mere, comme lors que quelqu’vn est engendré au temps des menstrues, ou qu’il a esté fait de la semence d’vn pere ou mere lepreux, et partant on la peut asseurément dire estre vne maladie hereditaire : car vn ladre engendre vn ladre, veu que la semence ou geniture prouient de toutes les parties du corps :
partant les parties principales estans viciées , et la masse du sang alterée, corrompue et infectée, pour-ce il est necessaire que la semence le soit aussi, dont celuy qui est engendré est infecté. Pareillement ceste maladie peut venir d’autres causes, à sçauoir, pour faire sa demeure en lieux maritimes !, où l’air estant coustumiere-
1 Après cette première cause, l'édition de 1568 ajoutait directement : ou pour communiquer et frequenter auec les ladres ; les quinze lignes qui séparent aujourd’hui ces deux membres de phrase sont de 1575.
ment espais et nebuleux, rend par succession de temps telle toute l’habitude de nostre corps, seion le dire d’Hippocrates : Que quel est l'air, tels sont les esprits, tels sont nos humeurs.
Ou pour l'habitude des lieux et pays trop chauds, dont nostre sang deuient aduste et bruslé : ou lieux trop froids, dont il deuient espais, tardif et congelé: ainsi voyons nous en quelque partie d'Allemagne beaucoup de ladres , et en Afrique et Espagne plus qu’au reste du monde, et en nostre Languedoc, Prouence et Guyenne, plus qu’au reste de la France. Ou pour communiquer et frequenter auec les ladres , et coucher auec eux, pour ce que leur sueur et exhalation des vapeurs qui sortent hors de leurs corps, sont veneneuses. Ainsi est de leur haleine, et de boire aux verres et autres vaisseaux ausquels iis auront beu : car de leur bouche ils y laissent vne saliue sanieuse contenue entre leurs genciues et contre les dents, laquelle est veneneuse en son espece , ainsi que la baue du chien enragé est en la sienne. Pour ceste cause, les magistrats leur enioignent ne boire qu'en leur baril : et à la mienne volonté que tous les ladres le fissent, à celle fin qu’ils n’eussent occasion d’infecter personne par ce moyen.
Or icy se peut esmouuoir yne question, à sçauoir, si vne femme peut auoir compagnie d’homme lepreux, sans qu’elle soit infectée. Ce qui est possible , si bien tost aprés ses mois coulent, d'autant que nature se purge et nettoye par tel flux : mais au contraire l’homme à tard et difficilement se peut sauuer qu'il ne soit lepreux, s’il a compagnie d’vne femme lepreuse , ou qui recentement ait habité auec vn lepreux , et qu’elle ait
DE
encor quelque portion de la matiere spermalique demeurée aux rugosités du col de sa matrice, pour ce que l’homme est apte et prompt à receuoir le virus ou venin lepreux, à cause que la verge virile est fort spongieuse et rare, au moyen dequoy reçoit facilement le virus esleué des vapeurs de la matiere spermatique, qui est communiquée aux esprits par les veines et arteres, et aux membres principaux , et de là en toute l’habitude du corps , ainsi qu’on voit communément que la grosse verolle se prend par tel acte.
Or les lepreux desirent grandement le coït, principalement lors que leur maladie est en son commencement et en estat, à cause qu’ils sentent grande chaleur estrange aux parties internes de leurs corps, et partant bruslent du desir de dame Venus : mais tel deduit leur est fort contraire, d’autant que par iceluy les esprits et chaleur naturelle se resoluent, dont la chaleur estrange est fort augmentée et les brusle d’auantage.Aussiceste maladie peut aduenir pour auoir vsé de viandes trop salées, espicées et acres, grosses et crasses, comme chair de porc, d’asne, d’ours : aussi de pois, féues et autres legumes, laictages, poissons et semblables , tant alimens que medicamens, qui generalement engendrent sang cacochyme et melancholique, aduste et bruslé : aussi par trop crapuler, et boire de vins trop forts :
pareillement grand (rauail assiduel, soing et sollicitude, vie miserable et en perpetuelle crainte :
choses font vneintemperaturechaude et seiche, qui engendre yn sang melancholique, feculent, aduste et bruslé par vne chaleur immoderée, lequel
LA PETITE VEROLLE ET LÉPRE
lesquelles .
dela masse sanguinaire venant à s’es- Pandre aux parties exterieures, change toute l’habitude du corps, et de- Praue sa forme ou figure.
Autre cause de lepre peut estre assignée sur la retention des superfluités et excremens melancholiques, comme des hemorrhoïdes, flux menstruel , grosse et petite verolle , TOUgeolle, vieilles vlceres, fiéures quartes, oppilation de ratelle, excessiue chaleur du foye. Or il faut icy entendre que la cause de lepre par la retention des superfluités se fait à cause que le sang corrompu n’est naturellement euacué, dont il regorge par tout le corps, et corrompt le sang qui doit nourrir tous les membres :
Parquoy la vertu assimilatiue ne peut bien assimiler , pour la corruption et vice du suc dont la lepre est causée.
Les causes antecedentes sont les humeurs preparés à se brusler et corrompre, et conuertir en melancholie, par vne chaleur aduste et du tout es.
trange à nature 1: car és Corps possedés de telle chaleur, les humeurs par adustion sont aisément tournés en atrabilis : laquelle par long temps venant à s’enuenimer et corrompre , donne commencement et essence à la ladrerie.
Les coniointes, sont les humeurs ja pourris et veneneux, ja espandus par l'habitude, qui alterent et corrompent tout le corps par vne intemperature froide et seiche, contraire au principe de vie, dont la mort s’en suit : car nostre vie consiste en chaleur et humidité naturelle.
! La fin de ce paragraphe a été ajoutée en