‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 237 sur 602 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

DE LA MORSVRE DE COVLEVVRE :.

Quant est de la morsure de la couleuure , ie produiray icy vne histoire.

Le Roy estant à Moulins, M. le Féure Medecin ordinaire du roy, M. faques le Roy, chirurgien ordinaire dudit seigneur, et moy, fusmes appellés pour medicamenter le cuisi-

1Jci finissait le chapitre en 1575; le reste est de 1579.

2 Ce chapitre est entiérement le même que le chap. 15 du livre de 1575.

LE VINGT-TROISIÉME LIVRE

nier de madame de Castelpers, lequel en cueillant en vne haye du houblon pour faire vne salade, fut mords d’vne couleuure sur la main, et sucça le sang de la playe, dont tost aprés la langue s’enfla si fort qu’il ne pouuoit qu’à bien grand’peine parler ny estre entendu. P’auantage tout le bras iusqu’à l’espaule s’enfla et boursouffla grandement, de façon qu’on eust dit qu'on l’auoit soufflé : et disoit le patient y sentir vue extreme douleur, et tomba en nos presences deux fois en defaillance de cœur, comme estant mort, et auoit la couleur äu visage et de tout le corps iaunastre et plombine. Nous , voyans tels accidens, disions la mort estre prochaine : neantmoins il ne fut laissé sans secours : qui fut luy lauer la bouche de theriaque destrempé en vin blanc, puis luy en fut donné à boire auec eau de vie. Et sur son bras boursoufflé, ie luy fis plusieurs searifications assez profondes , et mesmement sur la morsure , et laissay suffisamment fluer le sang (qui n’estoit qu’vne serosité) : puis aprés furent lauées d’eau de vie en laquelle rauois fait dissoudre du theriaque et methridat. Et aprés le patient fut posé dedans vn lit bien chaudement , et le fit-on suer, le gaïdant de dormir, de peur que le venin ne se retirast auec la chaleur naturelle au cœur. Et veritablement le lendemain tous les accidens furent cessés, et fut tost aprés guari desdites scarifications.

Toutesfois l’vlcere de la morsure fut tenue longuement ouuerte, y appliquant tousiours du theriaque auecles autres medicamens. Ainsi ledit cuisinier receut entiere et parfaite guarison.

Et te suffise de ceste histoire pour preuoir à la morsure de la couleuure,

DES VENINS

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