‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 239 sur 602 · DE LA PIOVEVRE DV SCORPION TERRESTRE · texte numérisé non relu

DE LA PIOVEVRE DV SCORPION TERRESTRE

Le scorpion ést né pétile beste ayant le corps èn otiallé, ét à plusieurs pieds, et la queuë longté, faite en maniere de patenostres attachées bout à bout l’yne contre lautre, la derniere plus grosse que les autres et vn peu plis longrie, à Féttrémité de laquelle il y a vn aiguillon, et aucuns en ont deux, lesquels sont creux, remplis de venin froid, par lesquels ils iettent leur venin dedans la playe qw’ils piquént.Ila de chaque cosié einq iambés fourchues en maniere de tenailles:

les deux de deuant sontbeaucoup plus grandes que Îles autres, et faites en maniere de celles d’vne escreuisse. Il ést de couleur noirästre , comme de coüleur de suye : il chemine de biais :

il s'attache si fort auec le bec et pieds contre les personnes, que bien diffi- Clement on le peut arfacher. Aucuns ônt des ailes semblables à celles des säüterélles qui mangent les bleds, qui ne sont trouués en France : et iceux volent de region en autre, ainsi qu’on voit des fourmis volans. Ce qui ést vray-semblable, parce que les paysans de Castille (ainsi qu’escrit Matthiolus) enlabourant la terre, trouuent souuent en lieu de fourmiliérés, vne bien grande quantité de scorpions qui s'y retirent l’hyuer.

grand pays desert pour raison des

1 Ce chapitre répond presque mot pour | mot au chap. 17 du livre primitif, qui por- |

tait seulement pour tilre + De la piqueure du seorpion, 2 Pline, liu. 8. chap, 29. — À. P.

scorpions ; qui n’y ont laissé ny gens ny bestes.

Les anciens font plusieurs especes et differences de scorpions , lesquels sont distingués selon les diuersités de couleurs, comme iaunes, roux, cendrés, verds, blancs, noirs : les vns ayans des aïles, les autres point. Ils sont plus ou moins mortels, selon les regions où ils habitent, comme en la Toscane et en Scythie sont fort venimeux : en autres regions comme en Fisle de Pharo et à Trente t, leur piqueure n’est venimeusé, et n’en adüient aucun mauuais accident.

I suruient inflammation en la partie offensée, auec grande rougeuür, dureté, tumeur et douleur , laquelle se change, à sçaüoir , tantost chaude et tantost froide : aussi accroïst intempestiuement, et par interualle cesse, puis tost aprés accroist : pareillement le malade a vne sueur et frissonnement, comme ceux qui ont la fiéure, et a vne horripilation, c’est à dire que les cheueux luy dressent.

Il sent aussi des ponctions parmy le corps, comme si on le piquoit aüec aiguilles, et grande quantité de vents par le siege : il a volonté de vomir, et aller à ses affaires, et n’y peut toutesfois aller : et tombe en defaïllance de

| cœur, fiéure continue, et deuient en-

flé : et sion ne luy donne secours, la mort s'ensuit.

Antonius Beniuenius au liure 1, chap. 56, dit auoir eu vn seruiteur ;

| lequel fut piqué d’vn scorpion, et tout : SERRE | subit luy suruint vne sueur froide it 2 e É L Li Pline escrit? qu’en Ethiopie, y a vn [comme glacoifat preserué ‘de la

| morten beuuant du theriaque dissout

en vin ?.

1 Édition de 1575 : et aux regions froides, comme à Trénté.

2 Cette citation de Penivenius est une ad-

| dition dé 1585.

Dioscoride liure 2, chapitre 10 t, dit que le scorpion terrestrecrudescaché ou broyé, et mis sur la piqueure, ou l'huile d’iceluy, est son vrayalexitere.

On le mange aussi rosti et bruslé pour ce mesme effect, de quoy Pexperience fait foy.

Autre remede. Prenez laict defiguier, et instillez en la playe : tel remede guarit promptement.

Autre. Prenez calament broyé, et appliquez dessus. Aussi la farine d'orge incorporée en decoction de rue et appliquée dessus.

Et pour remede excellent, il se faut ietter dedans vn bain, et se faire tresbien suer. Pour seder la douleur promptement, il faut piler des escargots auec leur coquille, et les apptiquer dessus la piqueure. Aussile soulphre vif puluerisé, et incorporé auec terebenthine, est souuerain remede.

La rue pilée , et appliquée dessus, est bonne. Aussi pour vn singulier remede on y applique l’herbe nommée Scorpioïdes, dont on a pris le nom.

Autre remede. Racine de couleurée boulue, et pilée auec vn peu de soulphre.

Autre. Les auix pilés, soulphre et huile vieille meslés ensemble el applipliqués dessus.

Autre. L’agaric puluerisé ou en decoction, cure leur piqueure.

Pour les chasser, il faut faire suffumigation de soulphre et galbanum.

L'huile aussi faite d’iceux, appliquée aux trous où ils habitent, garde qu'ils n’en peuuent sortir. Autant en fait le jus de raifort?. Et pour les garder qu’ils n’approchent el piquent per-

1 L'édition de 1575, au lieu de Dioscoride, citait: Matheolus, liure deuxieme.

2 Lelivre de 1575 ajoutait : et de laict, et huille faite d'iceux. Je ne sais ce qu’il enten-

LE VINGT-TROISIÉME LiVRE,

sonne, il se faut frotter de jus de raifort ou d’aulx : car par ce moyen iamais n’approchent de celuy qui s’en sera fro{té.

Plusieurs autres remedes ont escrit les anciens, mais ie n’ay pris que ceux qu’on peut aisément recouurer, et

sont grandement loüés par dessus tous autres.

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