CHAPITRE XXX VII
DE LA SANGSYE OV SVCE-SANG!.
Les sang-sues sont venimeuses, et principalement celles qui sont nourries és eaux bourbeuses : et celles qui sont és eaux claires moins. Et pour ceste cause, lorsqu'on s’en veut seruir, il les faut premierement faire desgorger en eau claire, trois ou quatre iours pour le moins : autrement elles laissent le plus souuent des vlceres où elles seront attachées, lesquelles puis aprés seront difficiles à curer : ce qui se fait encore d’auantage si on les arrache parforce, pour-ce qu'elleslaissent leurs dentsenla chair.
Or si quelqu’yn en a avalé vne par inaduertence, il le faut interroger pour seauoir l'endroit où il la sent tirer. Et si elle demeure au gosier, ou au milieu d’iceluy, pour la faire desmordre faut que le malade se gargarise plusieurs fois de vinaigre auquel on aura dissout yn peu de moustarde : et si elle estoit prés de lorifice de l’estomacb, il faut qu’il aualle peu à peu d'huile auec vn peu de vinaigre : et où elle seroit descendue au fond de l’estomach, le malade la sentira tirer et succer, et quelquesfois crachera le sang , et tombera en vne peur, comme ayant perdu le sens : et pour la faire detacher, boira bonne quantité d'eau tiede auec huile, Et où elle seroit opiniastre, pour la faire
1 Ce chapitre est textuellement le même que le chap. 23 du livre de 1575, à l’exception du dernier paragraphe, qui sert seulement de transition aux chapitres suivants.
LE VINGT-TROISIÉME LIVRE
encore plus promptement débusquer, on y meslera vn peu d'aloés, ou quelque autre chose amere, et par ce moyen elle sera detachée et vomie :
ce qui se connoist en celles qui sont attachées ex{erieurement , car on les fait demordre et quitter la place en mettant telles choses sur leurs testes.
Puis on donnera quelque chose astringente pour estancher le sang de la morsure , comme conserue de roses,auec vn peu de terre scellée, et bol
-armenie, et autres chôses plus astrin-
gentes, s’il en est besoin. Car si elles s’attachent contre vn gros rameau de veine ou artere, le sang coulera en plus grande abondance, et par consequent sera plus difficile à estre estanché qu’en vn petit rameau t.
Les animaux venimeux ne sont seulement sur {erre,et és cauernes d’icelle : maïs aussi ils se trouuent en la mer des poissons venimeux, comme la murene, la pastenaque, la viue, la torpille , le liéure marin, desquels nous faut à present parler, commencant à la murene.