SIGNES DE LA PESTE, PRIS DE LA COR- RVPTION QVI EST EN TERRE
Les signes de la peste à aduenir, pris de la corruption de la terre, sont, que l’on voit sortir d'icelle abondance de champignons ou potirons , et le froment produire guraye, et autre chose contre leur nature ?.
Aussi que sur icelle apparaissent grandes troupes de petits animaux, comme araignes, chenilles, papillons , cigales, hannetons, mousches et mouscherons, scorpions, escargots, limaçons, sauterelles, grenoüillettes, vers, et autres semblables, qui se procréent de pourrilure : pareillement les bestes sauuages laissent leurs cauernes et cachots : aussi en
1 Toute cette longue citation d’Aristote a été ajoutée ici en 1575.
2 Ces mots : et Le froment produire yuraye, elc., ont été ajoutés en 1585.
LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE
sortent plusieurs autres, comme taulpes, crapaux , viperes, couleuures, lezards, aspics, crocodiles, et autres de plusieurs et diuerses especes : toutes lesquelles bestes sortent pour la fascherie de la vapeur putride et veneneuse’qui est contenue és entrailles d’icelle, de laquelle mesme la plupart de telle vermine se fait : ioint aussi qu'on les trouue quelquesfois mortes en grandnombre. Ce que ne trouuera fascheux à croire celuy qui considerera que Dieu a distribué aux animaux quelque chose particuliere pour demonstrer et predire, non seulement la peste à aduenir, mais aussi le changement du temps, comme pluye, vent, gresle, tempeste, le printemps, l’esté, automne et hyuer, et autres choses semblables : et ce tant par gestes, chansons, cris, que par troupes et arriuées, sorties de la terre, laissans leurs petits, et fuyans en autre region , Comme nous auons dit : lesquelles choses viennent de leurs sens exterieurs, et occulte conuenance de leurs corps auec l'air. Et si quelqu’yn demande autre cause , ie le renuoy2ray au grand architecteur, duquel les thresors de science et sagesse sont cachés , et nous les manifestera quand bon luy semblera.
Or ces vapeurs pourries, lesquelles nous auons dit chasser les bestes de leurs cauernes , s’esleuent en Pair et causent grosses nuées, et tombent quelquesfois sur les fruits, et les corrompent, dont ceux qui en mangent sont espris de la peste. Elles n’infectent seulement les fruits, mais aussi. font mourir les arbres et les bestes, comme bœufs, vaches , cheuaux, pourceaux , moutons, poulailles, et autres volatiles, comme nous auons dit. Sur quoy tu dois obseruer, que les bestes à quatre pieds sont
DE LA PESTE
plustot saisies et frappées de ceste peste que les hommes, parce qu’elles paissent les herbes imbues des exhalations putrides de la terre : et partant on ne les doit faire paistre que le soleil n’ait premierement consommé la rosée, s’il est possible.
Qu'il soit vray, on a veu vn paysan de la Beausse auoir esté accusé en iustice d’estre sorcier, parce que ses brebis ne mouroient point, et toutes celles de ses voisins perissoient. Sur quoy estant interrogué deuant les iuges, il fit response, que iamais il ne permettoit que son bestail sortist hors, que premierement le soleil n’eust consommé la rosée, et que plusieurs petites bestioles qui estoient sur les herbes ne fussent retirées dedans la terre : et dit, que quelquesfois il lauoit declaré à aucuns de ses voisins : ce qui fut trouué vray, et fut absoult pour les raisons susdites.
Or pour ce qu'il est fait icy mention des bestioles qui nuisent aux troupeaux qui paissent, nous declarerons icy en passant, qu’il y a vne petite bestiole semblable à la cantharide, trouuée aux herbages, qui enfle si fort vn bœuf quand il l’a mangée, qu'il créue : et pour ceste cause est nommée de Pline, Buprestis ?.