‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 278 sur 602 · CHAPITRE XVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL

SIGNES QVE LE MALADE EST INFECTÉ DE LA PESTE PROVENANT DE LA CORRYP- TION DES HVMEVRS.

Nous auons par cy deuant declaré les causes de là corruption des humeurs de nostre corps , laquelle se fait comme d’vne trop grande plenitude, ou par obstruction des vaisseaux des visceres ou entrailles, causée par

humeurs espais et visqueux, ou par

intemperature ou maälignité de ma-

LE VINGT-QVATRIÈME LIVRE

tiere, toutes lesquelles choses se font par la mauuaise maniere de yiure : il faut maintenant declarer les signes par lesquels on peut connoistre vn chacun humeur dominant estre infecté et corrompu, à fin de contrarier à iceluy,

Quand donc on verra la couleur de tout le corps estre plus iaune que de cousiume , cela demonstre que le corps abonde en cholere : si elle est plusliuide et noire, en melancholie: si elle est plus blanche, en pituite ou phlegme : et si elle est plus rouge, et :

les veines sont fort enflées, il abonde en sang : aussi les aposiemes et pustules tiennent semblablement la couleur de humeur qui cause icelles:

pareillement les excremens, comme vomissemens , les selles et yrines.

Aussi si le malade est fort assoupi et endormi, cela demonstre la pituite :

au contraire, s’il a veilles, demonstre la cholere, Semblablement la nature de la fiéure demonstre l'humeur qui abonde : car la fiéure tierce demonstre la cholere, la quarte la melancholie, la quotidiane la pifuite, la conlinueie sang. Le temps le demonstre pareillement : car au printemps le corps accumule plus de sang ,; en esté de la cholere : en automne la melancholie, en hyuer la pituite domine. Aprés s'ensuit le pays, lequel s’il est temperé, le sang abonde : s’il est chaud et sec, la cholere : s’il est froid et humide, la pituite, D’auantage, l’aagele demonstre : car les ieunes abondent plus en sang, et les vieux en phlegme. Finalement l’art et maniere de viure: car ceux qui cuisent les metaux, et fabriquent ouurages metalliques, comme mareschaux, serruriers, orféures, affineurs, fondeurs de lettres, abondent plus en cholere :

lessedentaires, estudians,et pescheurs,

DE LA

en pituite. Voila les obseruations qu'on doit auoir pour connoistre vn chacun humeur dominant en nosire corps, à fin de le purger quand il en sera besoin. Or pour desboucher les orifices des vaisseaux, tant du foye, que de la rate et des reins, les medicamens doiuent auoir faculté et puissance Wd’inciser, penetrer, attenuer, ef deterger : ce que ie laisse à faire à messieurs les medecins. Et faut icy noter , que communément les humeurs se pourrissent en temps de peste, dont se font non seulement des fiéures continues, maïs aussi des intermittentes, c’est à dire qui laissent le malade vn iour ou deux, plus ou moins, sans fiéure, puis l’assaillent de rechef, comme font les fiéures tierces et quartes : ce qui se fait selon la diuersité de la pourriture de l’humeur dont elles sont faites, comme nous auons dit par cy deuant.

Pareillement on les peutconnoistre par les accidens : comme si la peste .est en l'humeur cholerique, elle oceit la plus grande part des hommes, el meurent promptement : el ont vomissemens assiduels de couleur iaunastre et flux de ventre, auee extremes douleurs et desir perpetuel d'aller à la selle, parce que la cholere pique ef vlcere les boyaux : aussi ont vneinappetence, et tout ce qu’ils boiuent et mangent leur semble amer, S'ils ont quelques eruptions ou tumeurs Contre nature, elles sont trouuées auec peu d'enfleure, et de couleur citrine, Quand elle est aux grosses humeurs, et au sang aduste, elle occit plus tard, et les malades ont grandes sueurs, flux de ventre de diuerses couleurs, et principalement sanguinolentes, et iettent souuent le sang pur : ils ont communément bubons et charbons, ou eruptions par tout

PESTE

le corps, auec grandes tumeurs enflammées, fiéures continues et delires, et l'haleine puante. Lors qu'elle est à l'humeur pituiteux, ils ont lassitudes de tous les membres , et tout le corps bien fort appesanti, et sont grandement endormis et assoupis, et à leur resueil ont un tremblement vaiuersel de tout:le corps, qui se fait pour l’obstruction des conduits clos aux esprits : et s’il y a quelques bubons, charbons ou eruptions, elles sont laxes et de couleur blanchastre, et difficiles à suppurer. Et quand l'humeur melancholique en est vicié, les malades sont fort attristés, ayans grande pesanteur et douleur de teste, et ont le pouls petit et profond, et la couleur de leur aposteme, voire de tout le corps , plombée et noire : car chacun humeur donne sa couleur au cuir, Or qui demonsitre encore les humeurs esire corrompus, c’est que les vrines des malades sont troublées et semblables à celles des iumens :

aussi quelquesfois sont veuës noires auec vn cercle verdoyant, qui signifie grande pourriture estre aux humeurs : Car il est impossible que les humeurs puissent estre corrompus, que les vrines ne le soient. Aucuns ont grande soif, les autres nulle, parce que la piluite putride abonde à l'orifice de l’estomach , et luy change son temperament, et le rend languide anec inappelence, Semblablement aucuns on fiéure grandement ardente, et se disent brusier au dedans : ce neantmoins les parties exterieures sont trouuées quelquesfois fort froides.

Que si la peste prouient du vice de l’air, el des humeurs compliqués, comme ils sont le plus souuent, on ne les peut bien distinguer, et les signes sont fort confondus ensemble,

Page 1