DV REGIME ET MANIERE DE VIVRE DV MALADE, ET PREMIEREMENT DV MAN- GER
En ceste maladie pestilente la maniere de viure doit estre refrigerante et desseichante, et ne faut tenir vne diete fort ténue, mais au contraire est necessaire queles malades se nourrissent assez copieusement de bons alimens : ce que plusieurs doctes Medecins approuuent, el tiennent que la maniere de viure ténue est dommageable aux pestiférés, à cause de la grande resolution d’esprits et debilitation des forces naturelles qui est faite par icelle maladie, et fait communément troubler le cerueau, rendant les malades frenetiques , ioint aussi qu’ils syncopisent souuent. Pour à quoy obuier, faut vser de grande et subite reparation, par alimens de bonne substance : ce que l’experience nous à enseigné: Car ceux qui en ceste maladie ont vsé d’vne maniere de viure assez ample, sont plustost eschappés que les autres, ausquels on a fait Lenir «‘iete ténue : et partant on y prendra garde. D’auantage faut euiter les viandes douces, humides, crasses et visqueuses, et celles qui sont forl ténues : parce que les douces s'epflamment promptement, les humides se pourrissent, les crasses et visqueuses font obstruction, et prouoquent les humeurs à pourriture :
celles qui sont de ténue substance subtilient trop les humeurs, et les eschauffent el enflamment, et font esle-
DE LA
üer vapeurs chaudes et acres au cerueau, dont la fiéure et autres accidens s’accroissent. Parquoy les viandes salées et espicées, moustarde, ails, oignons et semblables, et generalement toutes choses quiengendrent mauuais nourrissement ne sont propres. D’auantage les legumes seront pareiliement euités, parce qu'ils sont venteux, et causent obstruction : foulesfois leur boüillon n'est à reietter, parce qu’il est aperitif et diuretique.
On vsera doncques de la maniere de viure qui s'ensuit.
Et premierement le pain sera bien leué et bien cuit, et vn peu salé, et de bon froment, ou de meteil : et qu'il ne soit trop rassis ne (rop tendre, mais moyen entre deux. On vsera de chair qui engendre bon aliment et facile à digerer, et laisse peu d’excremens : comme sont ieunes moutons, veaux.chéureaux,lapereaux, poulets, hetoudeaux, perdreaux, pigeonneaux, griues, aloüeltes, cailles, merles, tourterelles, francolins, phaisans, et generalement tous oiseaux sauuages qu’on à accoustumé de manger, exceplé ceux qui viuent és eaux : {ous lesquels seront diuersifiés selon le goust et la puissance de la bourse du malade. Et faut que le malade masche fort ses viandes : pource que lors qu’elles sont bien maschées, elles sont à demy cuittes et preparées, et par ainsi les vapeurs montent moins au cerueau. La saulce d’icelles sera verjus, vinaigre, jus de limons , orenges, citrons, grenades aigres, espine-vinette, groseilles rouges et verdes, jus d’ozeille champestre et domestique. Or toules ces choses aceteuses sont fort loüées, parce qu'elles irritent l’appetit, et resistent à la chaleur et ebullition de la fiéure putride, et gardent que la viande ne se cor-
PESTE
rompe en l’estomach : aussi contrarient à la putrefaction du venin et pourriture des humeurs: mais ceux quiont mauuais estomach ou viceaux poulmons, en vseront moins que les autres, ou seront corrigées auec suCcre et canelle, EL quelquesfois aussi le malade pourra bien manger quelques viandes boullues auec bonnes herbes, comme laictue, pourpié, scariole, bourrache, ozeille, houblon, buglosse, cresson , pimprenelle, soucie, cerfueil, tormentille, quintefueille, scabieuse, semences froides, orge et auoine mondés , et leurs semblables, auec vn peu de saffran, qui pareïllement en tel cas est souuerain, d'autant qu'il corrige le venin.
Les potages ne sont à loüer, si ce n’est en pelite quantité, à cause de leur grande humidité (ausquels on fera cuire racines et semences aperitiues, lesquelles ont vertu de prouoquer l’vrine et desopiler) ny pareillement les choses grasses et oleagineuses, parce qu'elles s’enflamment promptement. Les capres sont bonnes, à cause qu’elles aiguisent Pappetit et desopilent, et doiuent estre bien dessalées et mangées, au commencement du repas, auec vn bien peu d'huile d’oliue et vinaigre : on en peut pareillement vser en potages.
Les oliues, prises en pelite quantité, ne sont aussi à reielter. Aux iours maigres , si le malade est scrupuleux et friant de poisson: ce que ie n’approuue, pour-ce qu'il est facile à se corrompre et engendrer mauuais SC) il en pourra vser : mais on luy eslira les moins nuisibles, comme sont les saxatiles, c’est à dire viuans en eau claire, où il y a force grauier, pierres et rochers : aussi ceux qui sont friables, c’est à dire aisés à commivuer et froisser, comme truictes, bro-
chets, gardons, perches, dars, loches, escreuisses principalement estouffées en laict, tortues, et autres sembla:
bles. Quant aux poissons de mer, il pourra vser de dorades, rougets, gournauds, merlus, celerins, sardines fraîches et non salées, mulots, merlans, esperlans, aigrefins, (urbots, et leurs semblables, lesquels serontcuits en eau et vinaigre, et bonnes herbes. Aussi les œufs pochés en eau, mangés auec jus d’ozeille et autres cy dessus mentionnés leur seront propres. L’orge mondé auquel on mettra graine de grenades aigres, esl pareillement fort excellent en tel cas, pour-ce qu’il est de facile digestion et de bonne nourriture : aussi qu’il rafraichit, humecte, deterge et lasche vn peu le ventre. On y pourra adiouster de la graine de pauot et semences de melons, si la fiéure est grande. Toutesfois aucuns ne le peuuent digerer, et leur cause vne nausée et douleur de teste : et à tels ne leur en sera baïîllé aucunement, mais en lieu d’iceluy on leur donn‘ra pa nades, ou pain gratté auec boüilion de chapon, auquel on fera boüillir les herbescy dessusmentionnées,auec des semences froides.
Quant aux fruits, ie malade pourra vser de raisins desseichés et confits | entre deux plats auec eau rose el succre, pruneaux de Damas aigrets, figues, cerises aigrettes, pommes de court-pendu, poires de bon-chrestien, et autres tels bons fruits. Et aprés le repas, on luy donnera coings cuits sur la braïize, ou cotignac, ou conserue de roses, de buglose, violettes, bourrache, et leurs sembla- | bles, ou ceste poudre cordiale :
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