‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 292 sur 602 · Radicum gentianæ et cyperi ana 3. iij · texte numérisé non relu

Radicum gentianæ et cyperi ana 3. iij

Cardui benedicti, pimpinellæ ana m.j. $.

Oxalidis agrestis et morsus diaboli ana

p. ij.

Baccarum hederæ et iuniperi ana 3. f.

Florum buglossi, violarum, et rosarum rubrarum ana p. ij.

Le tout soit mis en poudre grossement, puis le ferez tremper en vin blanc et eau rose par l’espace d’vne nuit seulement, et aprés on y adioustera :

Boli Armeniæ 3.)j, Theriacæ 3. $.

Cela fait, on distillera le tout au bain marie, et on le gardera en vne phiole de verre bien bouchée : et lors qu’on en voudra prendre, on y mettra vn bien peu de canelle et saf

fran : et si le malade est delicat, comme sont les femmes et enfans, on y mettra du succre. La dose sera six onces aux robustes, aux moyens trois, et aux delicats deux, plus ou moins, selon qu'on verra estre necessaire. Et aprés l’auoir prise, on se pourmenera et suera comme dessus.

Les eaux theriacale et cordiale, cy dessus mentionnées, sont aussi de merueilleux effet pour ceste intention, et en faut prendre quatre, cinq, ou six doigts en vn verre. Semblablement celle quis’ensuit est bien approuvée.

2L. Oxalidis agrestis minoris m. vj.

Rutæ p. j.

Pistentur et macerentur in aceto xxiiij.

horarum spatio, addendo theriacæ 3.

jiij.

Fiat distillatio in baineo Mariæ.

Et incontinent que le malade se sentira frappé, il en boira quatre 6nces, plus ou moins, selon sa vertu, puis se pourmenera el suera, comme ila esté dit cy dessus. Le temps de faire cesser la sueur est, ou qu’elle se refroidisse, ou qu’on ne la peut plus endurer par foiblesse ou autrement :

alors faut essuyer le malade auec linges vn peu chauds. Et note qu'il ne le faut iamais prouoquer à la sueur, l’estomach estant plein ! : car par ainsi la chaleur est dissipée , ou pour le moins reuoquée du ventricule en l'habitude du corps, dont s'ensuit crudité.

D'auantage, faut garder le malade de dormir pendant qu’il suera, et principalement au commencement qu’il se sent frappé et atteint de ce mal : parce que nostre chaleur na-

1 La phrase finissait ici en 1568; le reste est de 1575.

LE VINGT-QVATRIÈME LIVRE

turelle et esprits en ce faisant se retirent au profond du corps, et partant le venin que Nature tasche à chasser hors, est porté au cœur et autres parties nobles auec iceux : et pour ceste cause faut que le malade fuye grandement le dormir : ce qui se fera en l’entretenant de parolles ioyeuses, luy faisant des contes pour le faire rire, s’il peut : et pour ce faire, luy dire et asseurer que son mal n’est rien, et qu’il sera bien tost guari :

pareillement on fera bruit en la chambre, ouurant les portes et fepestres. Et si pour tout cela il vouloit dormir, on luy fera des frictions aspres, et luy liera les bras et iambes assez estroitement : aussi on luy tirera les cheueux par derriere le col, et le nez, et les oreilles. D’auantage on dissoudra du castoreum en fort vinaigre et eau de vie, et on luy en appliquera dedans le nez et les oreilles. Aïnsi on procedera par toutes manieres selon la grandeur du mal et qualité des personnes, à fin que le malade ne dorme, et principalement le premier iour, iusques à ce que Nature, aidée par les remedes, ait ietté le venin du dedans au dehors par sueur, vomissement, ou autrement.

Donc ne suffit defendre seulement le premier iour, mais aussi iusques à ce qu’ils ayent passé le quatriéme, pendant lesquels ne leur sera permis de dormir que deux ou trois heures par iour, plus ou moins, selon la vertu :

car en ce faut tenir mediocrité (comme on doit faire en toutes choses) et considerer que par trop veiller les esprits se dissipent, dont souuent s’ensuit grande debilitation : et Nature, estant prosternée et abbatue, ne peut vaincre son aduersaire. Partant le Chirurgien y aura esgard : car si les sains sont attenués et affoiblis par

DE LA PESTE

veilles, combien plus se trouueront mal ceux qui sont malades, leurs forces estant ja abbatues et diminuées.

Or pour conclure nostre propos, aprés que le malade aura bien sué, il le faut essuyer et changer de draps, et ne mangera de deux ou trois heures aprés : mais pour conforter les verlus, On luy pourra donner vn morceau d'escorce de citron confit, ou de la conserue de roses, ou vne petite rostie trempée en bon vin, ou vn mirabolan confit, si le malade est riche.

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