Aloës 5. iij
Myrrhæ eroci ana 5, j.
Hellebori albi, azari ana D. iiij.
Cum theriaca veteri fiat massa, capiat D.
iiij. pro dosi, tribus horis ante pastum.
Les pilules de Rufus, dont nous auons parlé cy Geuant. sont propres pour donner aux moins forts et robustes pour vn remede gracieux, desquelles faut prendre vne dragme en pilules ou potion.
Les anciens ont fort loué Pagaric, par-ce qu'il attire les humeurs de tous les membres, et a vertu approchante du theriaque., par-ce qu'il renforce le cœur, et le purge de tout venin : on en peut donner deux dragmes aux robustes, yne aux mediocres, et demie aux delicats. Et par ainsi selon la force du malade, en sera donné en trochisques et bien preparé. Et vaut mieux qu’il soit baillé en decoction qu’en substance. par-ce que quelquesfois il n’est pas bien esleu et
LE VINGT-QVATRIÈME LIVRE
preparé : que s’il est bien esleu et preparé, on Le peut dire estre vne medecine diuine contre la peste causée par le vice des humeurs, de laquelle plusieurs experiences ont esté faites.
Quelques vns approuuent el recommandent fort l’antimoine , alleguans plusieurs experiences qu’ils ont veu.
Toutesfois, par-ce que l’vsage d’iceluy est reprouué par messieurs de la faculté de Medecine , ie me deporteray d'en rien escrire en ce lieu t.
Maintenant venons aux autres remedes, desquels 'on vse principalement lors que le vice gist en l’intemperature de l’airet non des humeurs :
lesquels ont la vertu d’esmouuoir les süeurs , lequel remede en tel cas est
1 C’est ici le fameux endroit où Paré, dans les premières éditions , s’étendait avec tant de complaisance sur l’usage et les vertus de l’antimoine. À ce propos, il importe que je revienne sur une assertion émise dans mon Introduction, page cerxxiu, où il est dit que ce morceau fut supprimé dans la première édition des OEuyrescomplètes. C’est une er= reur;.on le lit en 157 tout-à-fait semblable au texte de 1568. Ce ne fut donc qu’en 1579 que Paré consentit à le supprimer, sans doute par la même raison qui lui avait fait supprimer le livre des Fiéures, et pour se remettre en paix avec la Faculté. L'auteur avait laissé cependant en d’autres endroits de ses OEuwvres percer Vopinion qu’il avait de ce reméde: ainsi au chap. 48 du livre de la Generation, ainsi encore au chap. 21 du livre des Fenins (Voyez tome I, page 745, et tome III, page 312) ; et ces courtes phrases avaient échappé à la censure de la Faculté. Mais on ignorait que Paré eût eu l’occasion de se prononcer sur une question de pratique qui agita et divisa les médecins pendant près de deux siècles, et on me saura gré d’avoir reproduit ce long passage dans cebtie nouvelle édition ; on le trouvera sous le titre de Chapitre complementaire à la fin du livre de la Peste,
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le premier et plus excellent entre tous autres : entre lesquels celuy qui s’ensuit, est de merueilleuse vertu, et l’ay entendu de messire Matthias Rodler, chancelier de monseigneur le duc Georges , comte Palatin, homme de bien et d'honneur, demourant à Schimeren. Lequel m’a depuis n’agueres escrit qu’on a esté fort vexé de peste en Allemagne, et Le plus grand et singulier remede qu’ils ayent peu trouuer (par le moyen d'vn docte Medecin) estoit prendre vne brassée de l'herbe nommée Armoise, et de la cendre d’icelle on faisoit de la lexiue auec vne quarte d'eau pure, puis on Ja faisoit boüillir et consumer sur le feu dedans vn vaisseau de terre plombé , iusqu’à ce qu’elle delaissast yne matiere espaisse comme sel, et de ce on faisoit trochisques, chacun de la pesanteur d’vn florin d’or. Et lors qu’on se sentoit frappé de peste , on faisoit dissoudre l’vn desdits trochisques, ou deux, plus ou moins, selon la force et aage des malades, auec quatre ou cing doigts de bon via ou maluoisie : puis se pourmenoient aprés l'espace de demie heure, et se meltoient dans le lit, et suoient deux ou trois heures, plus ou moins, selon que la force et vertu des malades estoit grande, aussi vomissoient et alloient à la selle, comme s'ils eussent pris de l’antimoine : et par ce remede, ceux qui en ont vsé auparauant que le venin eust saisi lecœur, sont presque tous.eschappés : ce que ay experimenté depuis eu ceste ville de Paris, auec bonne issue. Les anciens ont fort loué l’Armoise prise par dedans et dehors, contre Ja morsure des serpens : et partant est à loüer donnée à la peste. - Aussi il m’a estéasseuré par maistre Gilbert Eroüard, docteur en Mede-
PESTE. 415 cine à Montpellier, que luy estant en Sicile, medecin du vice-roy d’icelle prouince, entra en familiarité et amitié auec vn Nauarroïis, qui auoit serui auec grande reputalion la religion de Malte l'espace de quarante ans : lequel estant à Rhodes, en l’hospital de ladite réligion , pour penser les pestiferés , à la grande instance et priere dvn patron de nauire Ragusois, malade de peste, auroit esté contraint luy permettre de boire vn grand plein verre de saumure d'anchois, pour ce que ledit malade disoit cela estre vn singulier remede contre la peste : duquel breuuage ,en moins de vingt quatre heures aprés lauoir pris, luy ayant succedé vne grande sueur , Se trouua sans fiéure, et enlierement guar: : et asseuroit ledit Nauarrois auoir donné depuis ce remede à plusieurs qui ont esté guaris.
P’auantage, ledit Ervüard m’a affirmé, qu'ayant oùy ce recit,il en a fait l'experience à plusieurs, et mesme en a donné à deux enfans de monsieur de la Terrasse, maistre des requestes du roy, qui estoient malades de peste, et ont esté guaris. De l'effet duquelremede luyayantdemandéquelle raison il en pourroit donner, il m’allegua que la peste n’est autre chose qu’vne espece de putrefaction et corruption insigne, à laquelle les medicamens grandement desseichans sont propres et vtiles : et partant le sel ( comme estant fort excellent à garder toutes choses suiettes à corruption) à force et vigueur de consumer lindicible putrefaction où le venin pestilentiel est attaché. Or'il faut icy au ieune Chirurgien noter, qu’il ne faut attribuer ce remede aux anchois, mais du tout à la salsitude.
Aucuns prennent le poids d’vne dragme de semence d’hiebles mises
en infusion en- vin blanc, qui fait presque semblable effet que lantimoine: ce que ie sçay par experience.
Autres prennent vne dragme de semence de rue pilée, y meslans le gros d’vne féue de theriaque, et donnent cela à boire au malade auec quatre doigts de maluoisie. Il y en a aussi aucuns qui prennent vne poignée de fueilles el sommités de genest, et les pilent auec demy-septier de vinblanc, et le donnent à boire : et tost aprés les malades vomissent, assellent et suent : ce que j'approuue, d'autant qu’on voit par experience , que ceux qui sont mords de bestes veneneuses, lians du genest dessus la morsure, ont gardé que le venin ne passe plus auant. Pareillement on en donne à boire, pour garder que le venin ne saisisse le cœur. Autres vsent de racines de enula campana, gentiane, tormenliile, graine d’escarlate et de genéure , limure d’iuoire et de corne de cerf, prenans de chacun d’iceux à la volonté, à sçauoir demie dragme pour l'ordinaire , et le tout concassé et mis en infusion en vin blane eteau de vie par l'espace de vingtquatre heures sur les cendres chaudes, coulent le tout, et d'icelle colature en donnent trois ou quatre doigts, plus ou moins , au malade de peste , selon qu’il est besoin : puis on le met dedans le lit, et on le couure bien. Icelle meslange prouoque beaucoup la sueur, et chasse le venin, d'autant qu'elle est cordiale, et a vne grande euaporation spiritueuse, ioint qu’elle est alexitere, comme on peut voire par ses ingrediens. F
Aussi la polion suiuante a esté experimentée auec heureux succés, et est principalement propre pour les rustiques.
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Prenez moustarde acre (et non faicte de moust), demi once; deslayez-la en vin blanc et vn peu d’eau de vie, et y meslez le gros d’vne feue de theriique ou methridat.
Puis l'ayant beuë, se faut pourmener et suer, comme dessus est dit.
Pareïillement le remede suiuant leur sera conuenable. Il faut prendre vn gros oignon et le creuser, et y mettre du theriaque ou methridat, demie dragme auec vinaigre , et faire cuire le tout ensemble, puis l’exprimer : et de ce on en baillera à boire au malade auec eau d’ozeille ou de chardon benist, ou autre eau cordiale, ou de bon vin : puis on le fera pourimener tant et si peu qu’il sera besoin, et aprés on le mettra dans vn lit pour suer, comme dessus : ou on fera comme s'ensuit.
Prenez teste d’ail a quantité d’vne noix assez grosse, vingt fueilles de rue et autant d’esclaire, qu’on appelle en latin Chelidonium maius :
pilez tout auec vin blanc, et vn peu d’eau de vie, puis exprimez: elen beuuez cinq ou six doigts. Aucuns prennent du jus d’esclaire et de mauues, tiré auec quatre doigts de vinaigre, qu'ils boiuent auec deux doigts d’huile de noix : puis se pourmenent assez longuement, et tost aprés vomissent, et leur ventre s'ouure, et vont à la selle: et par ce moyen sont guarantis. Autres vsent de fueilles de laureole desseichées, le poids d’vn escu, plus ou moins, selon la vertu du malade, lesquelles ils trempent deux iours dedans du vipaigre . et en donnent à boire : cela les fait suer, vomir et asseller, et par ce moyen chasse le venin : qui est vn remede plus commode lors que le vice
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ést aux humeurs, comme aussi sont les suiuans !.
Matthiole, au liure de la Verole, dit que la poudre de mercure donnée auec vn peu de suc de chardon benist, ou electuaire de gemmis, chasse la peste deuant qu’elle soit confirmée, en faisant vomir, suer, et asseller.
Outre-plus ledit Matthiole conseille de donner de la coupperose dissoute en eau rose, le poids d’vn escu, aux pestiferés, parce qu’elle fait vomir et suer et asseller: et par ce moyen chasse le venin.
Autres donnent de l’huile de scorpions en petite quantité auec vin blanc, laquelle prouoque grandement le vomir, et peut attirer et vacuer auec soy le venin pestiferé : et mesmement en frottent la region du cœur , et les arteres des temples et
111 y a encore eu ici un retranchement, opéré cette fois dès 1575 sur le texte primitif, en effet, après ce paragraphe, on lisait :
« AuCuns ne craignent à prendre la pesanteur d'vn escu de poudre de mercure bien calcinee , et la mistionnent auec conserue de roses ou cotignac la quantité d'vne drathme, et la donnent à avaler comme autres pilules : puis font pôurmener le malade , et le gardent de dormir : et certainement la dicte poudre fait grande euacuation tant par haut que par bas, et fait ietter diuerses couleurs d’humeurs par les selles, ce que j’ay experimenté : aussi Mathiole le confirme au livre de la Ferole, disant qu’icelle poudre de mercure, donnee auec vn peu de suc de chardon beneit, etc. »
Je ne saurais comprendre pourquoi Paré a supprimé cette mention d’un remède qu’il dit avoir lui-même experimenté ; mais, quoi qu’il en soit, on est frappé de voir avec quelle hardiesse il essayait les médicaments les plus nouveaux et les plus héroïques ; et l’on comprend qu’il n’avait pu voir employer autour de Jui l’'antimoine sans chercher à en apprécier directement la valeur,
JII.
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A1 7 du poignet. Et d'autant que ce venin pestilent est ennemy mortel de Nature, partant il faut le combattre, tant par qualités manifestes, que par antidotes.
Or telles grandes euacuations ne sont loüées pour cure reguliere, mais irreguliere, et ne sont aussi à reietter, pour ce qu’ils diuertissent et vacuent l'humeur veneneux, tant par le ventre, vomissement, que par sueurs. Et ne faut vser de medecines trop debiles en maladie si cruelle et forte, pource qu’elles ne font gueres d'action, ains seulement esmeuuent les humeurs sans les euacuer, dont souuent la fiéure s’augmente. Et partant si on connoist que tels remedes purgatifs n’ayent fait suffisamment leur deuoir, tu les dois reiïterer et augmenter: car (comme nous auons dit; aux fortes maladies il faut vser de forts et soudains remedes ‘. Toutesfois se faut donner garde que la medecine ne soit trop forte, parce qu’elle prosterneroit et abbattroit les vertus, lesquelles ne pourroiïent batailler en vn mesme temps contre deux, à sçcauoir, contre la medecine et Le venin : et par ainsi on pourroit empescher le mouuement de Nature à ietter le venin hors: partant sur toutes choses la vertu et force du malade doit estre recommandée. Et pour ceste cause, ie conseille que les remedes ainsi forts et violensne soient donnés qu'aux forts et robustes, comme laboureurs, mariniers, crocheteurs, chasseurs, etautres de forte complexion, sice n’est en pelite quantité. Et aprés auoir vsé de medicamens laxatifs, il faut donner des choses qui roborent l’estomach, et repoussent le venin du cœur, et ap-
1 Hippocrates, Æph. 6, liu, 1.— A. P,
paisent l’agitation des humeurs, comme la composition d’alkermes, ou autres choses cy dessus mentionnées au chapitre des Alexiteres.