‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 299 sur 602 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DES ACCIDENS ET COMPLICATIONS DES MALADIES QVI ADVIENNENT AVX PES- TIFERÉS : ET PREMIEREMENT DE LA DOVLEVR DE TESTE:.

Il nous conuient à present traiter des accidens qui le plus souuent aduiennent en ceste detestable maladie, et de la correction diceux :

comme sont douleur de teste et de reins, eruptions et pustules faites au cuir, apostemes, charbons , flux de ventre, et vne infinilé d’autres: el commencerons par la douleur de teste, laquelle est fort commune en ceste maladie. Car sile venin est raui au cerueau, et que Nature ne l'ait peu expeller, adonc aduient en iceluy et en ses membranes inflammation , laquelle venant principalement à saisir et occuper la partie anterieure, le sens commun et imagination se troublent : si c’est au milieu, il ne ratiocine point : et sic’est en la partie posterieure, il perd sa memoire: dont le plus souuent , par faute d’y remedier, le malade tombe en delire, frenesie, manie et rage : laquelle ne vient seulement à cause de la qualité chaude, mais par vne particuliere malignité du venin.

Or ceste douleur si grande et extreme prouient d’vne trop grande et abondante quantité de sang, et de certaines vapeurs putrides qui montent des parlies inferieures à la teste.

Qu'il soit vray, on leur voit la face et jes yeux fort enflammés, rouges et

LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE

larmoyans, auec grande pesanteur et chaleur de toute la teste : partant il faut soigneusement subuenir à tel accident,

Donc pour la curation, il faut premierement ouurir le ventre par clysteres, et aprés saigner la veine cephalique du costé auquel sera la plus grande douleur, Et si pour cela la douleur ne cesse pas, alors on incisera les arteres des temples, et on tirera du sang selon la vehemence du mal et la vertu du malade. Et ne faut differer à ouurir telles arteres des temples, et tirer du sang, pour crainte qu’aprés on ne peust estancher le sang à cause de leur mouuement (qui est systolé et diastolé, c’est à dire contraction et dilatation) : car veritablement ie lay fait plusieurs fois, et n’ay trouué non plus de difficulté à l'estancher que des veines, ioint aussi qu’au lendemain on trouuoit l’ouuerture aussi tost consolidée qu’és veines. Parquoy ne faut craindre à inciser lesdites arteres : et vous puis asseurer qu'on voit grand effet du sang qui est vacué par icelles,

voire cent fois plus que des veines:

qui demonstre bien que la matiere putride et vaporeuse est plus contenue en icelies qu'és veines 1.

On pourra semblablement prouoquer la saignée par le nez, si on voit que Nature y tende : car elle profite grandement aux obstructions et inflammations du cerueau et de ses membranes, et peut par icelles estre vacué beaucoup de sang pourri et corrompu: car par telle vacuation,on voit delires et fiéuresardentes atiegées et du tout guaries : ce qui est aussi

1 Comparez ce passage sur l’artériotomie à ce qu’il en a dit au chapitre de la Migraine, tome IT, page 412.

DE LA PESTE

prouué par Hippocrates !, disant qu’à celuy qui a grande douleur de teste, la bouë, eau, ou sang decoulant par la boucheelparlenez,ouparilesoreilles, guarit la maladie. Par quoy faut que le chirurgien aide Nature à ietter hors ce qui luy nuit : à quoy elle paruicndra, en faisant que le malade s'efforce à moucher, et gratter auec ongle le dédans son nez, ou qu'il se pique auec soye de porc, et qu'il tienne sa teste en bas, à fin d’ouurir quelque veine de laquelle La matiere coniointe se peut euacuer.

Quelquesfois à aucuns le sang s’escoule de soy-mesme, par ce qu'il est chaud, subtil et bilieux, aussi que Nature veut faire sa crise : ce que i’ay véu aduenir à monsieur de Fontaine, cheualier de l’ordre du Roy (sa Majesté estant à Bayonne), lequel auoit vne fiéure continue et pestilente, accompagnée de plusieurs charbons en diuerses parlies du corps, et fut deux jours sans cesser de saigner par le nez : et par iceluy flux sa fiéure cessa auec vne tres-grande sueur : el tost aprés ses charbons suppurerent, et fut par moy pensé, et par la grace de Dieu guari. En tel cas faut laisser couler ledit flux : maïs si on voyoit que Nature fust desreiglée et iettast trop de sang,par la vuidange duquel les forces s’affoiblissent trop, adonc il doitestre arresté, tant par ligatures fortes faites aux bras et iambes , application de ventouses sous les mammelles et sur les parties honteuses, ou sous les aisselles, estouppes ou esponges imbues en oxycrat ou quelque autre liqueur froide, et appli-

quées froides et reiterées souuent.

Pareillement on luy fera tenir en sa

1 Hippocrates , Aph. 10. Lu. 6. -> À. P.

bouche eau froide, et dedans le nez du cotton, du saulx, ou quelque restrainctif fait de poil d’entre les cuisses ou la gorge du liéure, bol armene, terre sigillée incorporée auec jus de plantin et centinode, ou autre semblable: et le situer en lieu frais, et qu’il puisse atlirer l'air à son aise,

Et pour retourner à nostre propos, aprés la saignée, si la douleur perseueroit, et qu’on veist les veilles estre grandes, de façon que le pauure malade ne peust dormir ny nuit ne iour, à cause des vapeurs putrides qui ont eschauffé et desseiché le cerueau, alors il faut vser de remedes qui prouoquent le dormir, et ayent la faculté de refroidir et humecter, lesquels seront administrés {ant par dedans que par dehors. Et pour exemple, on pourra donner à manger au malade orge mondé, fait auec eau de nenuphar et d’ozeille, de chacun deux onces, opium six ou huit grains, des quatre semences froides et du pauot blanc, de chacun demie once.

En ses potages on mettra laictues, pourpié, semence de pauot,et des semences froides concassées. On luy pourra aussi donner vne pilule de cynoglossa, dans laquelle y entre de l’opium. Semblablement on luy pourra faire prendre vn peu de diacodion Sine speciebus. Et pour son boire , eaux de laictues et de nenuphar, ausquels on aura fait boüillir semences de pauot, à sçauoir demie once d’iceluy auec trois onces desdites eaux, ou vne once et demie de syrop de nenuphar, ou de pauot,auec trois onces de la decoction de laictues, ou la potion suiuante {.

1 Cette formule manque dans les éditions de 1568 et de 1575.

2%. Lactucarum recentium m.j.

Florum nenupbar, el viol. ana p. ij.

Caput vnum päpaucr. albi contusum cum seminib. pondere 5. ij.

Liquiritiæ, passul. ana 5. j. &.

Fja tdecoctio : in colatura dissolue :

Diacodij sine specieb. 3. j.

Fiat potio larga danda hora somni.

Outre-plus , on doit vser de clysteres dormitifs pour refroidir la vehemente chaleur qui est au centre du corps, faits en la maniere qui s’ensuit.

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