‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 31 sur 602 · EXEMPLE DES MONSTRES QUI SE FONT PAR IMAGINATION · texte numérisé non relu

EXEMPLE DES MONSTRES QUI SE FONT PAR IMAGINATION

Les anciens qui ont recherché les secrets de Nature t, ont enseigné d’autres causes des enfans monstrueux, et les ont referés à vne ardente et obstinée imagination que peut auoir la femme ce pendant qu’elle conçoit, par quelque obiet, ou songe fantastique , de quelques visions nocturnes, que l’homme ou la femme ont sus l'heure de la conception. Cecy mesme est verifié par l’authorité de Moyse, oùil monstre comme Iacob deceutson beau-pere Laban, et s'enrichit de son bestial, ayant fait peler des verges, les mettant à l’abreuuoir, à fin que les chéures et brebis regardans ces Semblablement , de recente me- verges de QU NE HEDER ; : : sent leurs petits marquetés de diuermoire , on a veu à Paris vne femme ; u. di nel à ses taches?! par-ce que limagination sans bras, qui tailloit et cousoit, et u ut : : a tant de puissance sus la semence et faisoit plusieurs autres actions. J geniture, que le rayon et charac- 1 Rueff donne exactement la figure de | tere en demeure sus la chose enfan- Yhomme, mais sans les instruments dont il tée. se servait, ouvr. cité, fol. 43 ; et il dit l'a- Qu'il soit vray, Heliodore escrit yoir vu se servir des pieds comme il aurait | que Persina, royne d’Ethiopie, conpu faire des mains. Lycosthènes a copié la ceutfdu roy Hydustes, {ous deux figure, en y ajoutant le fouet, la hache, les Ethiopiens, vne fille qui estoit blandans ofe four. cé, pe 536); Le conte che, et ce par l’imagination qu’elle que no Pa a RU 3. attira de la semblance de la belle Ja rapporte à l’an 1528. On peut conjecturer g É que Paré en copiant la figure a cependant Andromeda , dont elle auoit Ia peinvoulu parler d’un autre individu ; il disait dans son édition de 1573 : on a veu w agueres 1 Aristote, Hippocrates et Empedocle. =

à Paris, ete.; il a remis, depuis quelque temps | A.P. eu ça, dés édition de 1679, à Moyse, 30 chap, = A Pi

ture deuant ses yeux pendant les embrassemens desquels elle deuint grosse f.

Damascene, auteur graue, atteste auoir veu vne fille veluë comme vn ours , laquelle la mere auoit enfantée ainsi difforme et hideuse, pour auoir trop ententiuement regardé la figure d’vn sainct Iean vestu de peau auec son poil, laquelle estoit attachée au pied de son lit, pendant qu’elle conceuoit-

Par semblable raison Hippocrates sauua vne princesse accusée d’adultere , par-ce qu’elle auoit enfanté vn enfant noir comme vn more, son mary et elle ayans la chair blanche :

laquelle à la suasion d'Hippocrates fut absoute, pour le portrait d'vn more semblable à l'enfant, lequel coustumierement estoit attaché à son lit 2.

D’auantage, on voit que les connins et paons qui sont enfermés en des lieux blancs, par vertu imaginatiue engendrent leurs petits blancs à.

Et partant faut que les femmes, à l'heure de la conception, et lorsque l'enfant n’est encore formé ( qui est de trente ou trente-cinq iours aux masles, et de quarante ou quarantedeux, comme dit Hippocrates, liure Denatura pueri, aux femelles) n’ayent

1Heliodore, liu. 10 de son Æistoire Æthiopique. — À. P. — 1572.

2 Ces deux histoires ont été empruntées à Boaistuau , ouvrage cité, fol. 14, ainsi que deux figures qui suivaient sous ce titre :

Figure d'une fille velue et d’un enfant noir

faits par la vertu imaginatiue,

J'ai retranché sans scrupule ces figures, fort inutiles et d’ailleurs tout-à-fait fantastiques. J’ignore du reste où Boaistuau a été chercher cette histoire d'Hippocrate, qui i est absolument apocryphe.

3 Cetle phrase manque jusqu'à l'édition de 1585.

à regarder ny imaginer choses monstrueuses : mais la formation de l'enfant estant faile, iaçoit que la femme regarde ou imagine attentiuementchoses monstrueuses, toutesfois alors l’imagination n’aura aucun lieu, pour-cequ'’il ne se fait point de transformation depuis que l’enfant est du tout formé.

En Saxe, en vn village nommé Stecquer , fut né vn monstre ayant quatre pieds de bœuf, les yeux, la bouche, et le nez semblables à vn veau , ayant dessus la teste vne chair rouge, en façon ronde : vne autre par derriere, semblable à vn capuchon de moyne, ayant les cuisses dechiquetéest.

L'an mil cinq cent dix-sept, en la paroisse de Bois le Roy, dansla forest de Biere , sur le chemin de Fontaine- Bleau, nasquit vn enfant ayant la face d’vne grenoüille, qui a esté veu et visité par maistre Jean Belianger, chirurgien en la suite de l’Artillerie du roy , és presences de messieurs de la iustice de Harmois : à scauoir honorable homme Iacques Bribon, procureur du roy dudit lieu, et Estienne Lardot , bourgeois de Melun, et Iean de Vircy, notaire royal à Melun ,et autres : le pere s'appelle Esme Petit,

1 Toutes Jes éditions ajoutaient : comme tu vois par ceste figure ; el faisaient suivre en effet le texte d’une figure intitulée :

Figure d’un monstre fort hideux ayant les mains et pieds de bœuf, el autres choses fort monstrueuses.

Cette figure monstrueuse, qui a pu avoir cependant un original réel, mais défiguré par le dessinateur, dans quelque anencéphale, a.été donnée d’abord par Rueff, ouvr. . cité, fol. 46, verso , et copiée par Lycosthènes, ouvr. cité, p. 530.

Le chapitre se terminait ici en 1573; l’histoire qui suit a été ajoutée en 1579.

DES MONSTRES

et la mere Magdaleine Sarboucat.

Ledit Bellanger , homme de bon esprit, desirant sçauoir la cause de ce monstre, s’enquit au pere d’où cela pouuoit proceder : luy dist qu’il estimoit que sa femme ayant la fiéure, vne de ses voisines iuy conseiila pour guarir sa fiéure , qu’elle print vne grenoüille viue en sa main, et qu’elle la tint iusques à ce que ladite grenoüille fust morte : la nuit elle s’en alla coucher auec son mary, ayant tousioursladite grenoüilleen sa main:

son mary et elle s’embrasserent , et conceut, et par la vertu imaginatiue ce monstre auoit esté ainsi produit f.

Page 1