DE L'VSAGE DE L’ANTIMOINE
Quelques vns semblablement donnent aux robustes quatre ou cinq grains d’antimoine, preparé auec vn œuf, ou auec conserue de roses ou succre rosat, et aux foibles deux ou trois grains.
Vn Chirurgien , homme de bien, demourant à Bordeaux, nommé maistre Iean de Sainct Ilean, m'a affirmé en auoir baillé trois grains à sa fille, aagée de dix-sept ans, laquelle auoit eu apparence de tumeur pestiferée en l’aine, qui depuis s’en estoit retournée au dedans : et voyant les accidens continuer, et l'antimoine n’auoir rien fait, luy en bailla iusques à cinq grains, dont s’ensuiuit grand vomissement, flux de ventre, et sueur : et par ces vacuations, elle fut (dit-il) preseruée.
Par ainsi nous voyons qu'il n'y a
point de regle certaine à la dose des medicamens purgatifs : partant il les faut augmenter selon la nature du malade, facile ou difficile à esmouuoir.
Toutesfois qui ne voudra vser d’antimoine preparé, ne laissera d'en vser sans estre preparé, en prenant trois onces d’iceluy bien esleu, à sçauoir fort pondereux et lucide, et qui facilement se comminue : lequel sera sub-
1 Ceci est le fameux article sur l’antimoine extrait du chap. 27 des éditions de 1568 et 1575, et retranché en 1579 en même temps que le livre des Fiéures. Voyez ci-devant la note de la page 414. Dans l’édition de 1568, il occupe six pages pleines, de la 129° à la 135°.
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tilementpuluerisé, et misen vne phiole de verre auec vn posson de bon vin blanc ou maluoïisie : puis assez longuement agité et battu en ladite phiole : et aprés le faut laisser tremper ou infuser, et rasseoir six ou sept heures, et passer le vin sans aucune portion du corps dudit anlimoine : et soit donné à boire au malade, et verrez que ledit vin anlimonien fera tel effet que la poudre de celuy qui est calcinéet preparé : ce que ie sçay par experience.
Ledit antimoine est fort loüé en ceste peste, parce qu’en peu de temps, voireen demie heure, qu’il est entré au Corps. il prouoque levomissement, sueur et flux de ventre, ce qui se fait par sa force et vehemence: laquelleirrilela vertu expultrice à chasser la matiere veneneuse hors,et quantetquant l'humeur vicieux qui y est atiaché, chasse hors principalement les matieres acqueuses : toutesfois alors que Nalure se sent chargée d'autre humeur, il l’euacue aussi, voire en tous temperamens et à toutes heures, neantmoinsque l'humeur soit cuitou crud :et faif ce par vne proprieté occulte, laquelle (comme aussi à chacune chose naturelle) luy a esté donnée dés le iour qu'il a esté creé au monde, outre l’action des quatre qualités premieres et leurs dependances.
Qu'il soit vray, soit qu’on le calcine, ou brusle, ou donne crud en infusion, il purge tousiours les. aquosités: et encore que l’on baille l’infusion du calciné, il ne laissera pas de faire les
mesmes actions qu'il fesoit estant baïillé en corps, voire en aussi petite quantité. Il n’a aucune saueur ny odeur, et donne peu de tranchées au ventre : partant quelques-vns en donnent aux enfans ja grandelets en petite quantité.
Or si quelques-vns me vouloient obiecter, que plusieurs ont pris dudit antimoine qui n'ont esté gueris: ie leur responds pareillement, que tous ceux ausquels on a administré tous les autres remedes n’ontlaissé à mourir: parquoy il ne faut imputer la fauteaudit antimoine, mais au venin pestiferé, qui a esté plus grand et plus fort que la vertu du medicament:
ou qu’on ne l’a pas donné opportunément au parauant que le venin eust saisi le cœur, ou pour la diuersité des temperamens : car quelquesfois ce qui profite à Pvn nuit à l'autre.
Or dés le premier iour, ou du second, on doit prendre ledit antimoine, et diuersifier la dose, plus ou moins, selon la force des malades : entens ceux qui ont meslier d'estre purgés, ausquels 'aymerois trop mieux (si faire le falloit) baïller de l’infusion du crud que de celuy qui est calciné, comme estant moins veneneux. Les robustes le prendront auec bon theriaque, et les delicats auec vn iaune d'œuf, ou succre rosat, ou conserue deroses : etau parauant que le prendre, on doit baïller vn elystere ou suppositoire : puis deux heures aprés l'auoir pris , faut donner au malade van boüillon fait de chapon et vniarretée veau, auecques vne poignée!
d'orge mondé, à fin de lenir l’estomach et les intestins.
Aucuns mesprisent l’antimoine estant donné par dedans, pour purger les pestiferés, quoy qu’il soit calciné ou crud, affermans qu'il est poison,